Les amulettes (shamanes qui marchent sur toi)
- Collectif Les Villes en Voix
- 27 déc. 2025
- 22 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 heures
Ici nous rencontrerons des voyages, à deux pas de chez soi, le temps d'une courte balade dans un froid gaillard et tranchant, on pourra alors se baisser et saisir comme une seconde main, recueillis de ci de là, un souvenir piégé dans les herbes, une forme de main trouvée, un salut, un instant donné au feu, porté à la bouche, au bois, aux raclures d'un coin de meuble, débris de pierres, coquilles écrasées dont la forme nous inspire, et ces bouts de branche conservés dans la poche, ce que porte en travers soi l'histoire d'un objet, son secours, sa revanche sur l'inespérable. Accessoire de chemin, au hasard d'une petite vie au long cours, il attire les oreilles et pourquoi pas, saurait déplacer les cordes... un grand chambardement...

Texte de la poétesse Zohra Mrimi, auteure de "Le Jour fait l'adieu" (Editions Z4)
Pour épargner le monde,
Une amulette en forme de cœur
Elle est dans ma main, on a vu grossir la lune déjà si ronde
Un vœu
Tu découvres l’hiver avec un autre nom
Nous avons marché dans la neige, il faisait si chaud !
Nous avons vu un lion
Et puis un ou deux curieux ont entendu des folles
Fous rires pour elles, le crocodile a perdu ses dents de scie dans la neige fragile
Nos semelles géniales ont écrasé la peur, la fatigue
et quelques gestes ont trinqué la nuit
Deux sœurs fébriles
À Karima
Texte d'Emmanuelle Cordoliani, scénographe et librettiste pour l'opéra (Paris)
Amulettes / "Mains froides, coeur chaud"
Roland, dans la cave, fait silencieusement l’élégie de la vieille chaudière, tandis que les chauffagistes la débranchent. Pour la sortir de là, par l’escalier étroit, il faudrait entièrement la démonter. Ce n’est pas leur travail. Ils lui ont signifié avec tact, cependant. Avec une certaine retenue, précisera-t-il à Nadine quand il lui racontera. Ils sont les mieux à même de comprendre la difficulté de ce moment, pense-t-il. Nadine lui dira qu’ils étaient simplement polis, et probablement un peu inquiets devant la sombre mine qu’il affiche depuis qu’ils sont arrivés avec la chaudière flambant neuve. Il notera le jeu de mots avec un petit sourire, mais en vérité, il n’a pas le coeur à plaisanter. D’ailleurs, il n’en parlera probablement pas à Nadine : ce qui se passe dans la cave lui échappe. C’est une femme de grenier, elle l’a toujours été. S’il gêne les installateurs, c’est que l’espace est réduit et bas de plafonds. Les deux chaudières se font face. La dernière fois qu’il a vu sa grand-mère à l’hôpital, elle regardait 30 Millions d’Amis. Il s’était assis tout près d’elle sur le lit. Une famille exemplaire présentait un jeune chien aux oreilles pendantes à une vieille Labrador afin de déterminer si l’adoption était souhaitable. Vers la fin, elle ne regardait plus que des documentaires animaliers. Elle y cherchait confusément quelque chose, il le sentait, quelque chose de fondamental. Il aurait aimé pouvoir lui apporter, la rassurer, mais comment offrir une chose dont on n’a pas d’idée précise ? Il venait avec de petites tartelettes aux framboises qu’elle adorait. Elle mangeait les fruits et la crème et lui, la pâte. Par instant, elle était à nouveau sa grand-mère, mais le plus souvent, elle était trop occupée à batailler avec la douleur, à prendre garde à ne pas s’étouffer en mangeant, à calculer savamment ce qu’elle pouvait encore dire ou faire avec le peu d’air qu’elle était encore capable d’ingérer. Un dé à coudre d’air, avait dit le docteur pour qu’il se fasse une idée de l’exploit de chaque respiration. Elle avait tapé un grand coup dans ses réserves pour rire avec lui devant la perplexité partagée du chiot et de la vieille bête… La comparaison s’arrête là : les deux chaudières n’ont rien de commun, seule l’ancienne est dotée d’une âme, la nouvelle n’est qu’un tas de métal technologique. Au retour du Japon, Nadine lui avait rapporté qu’on attribuait là-bas une âme aux objets les plus usuels après un certain temps d’usage… C’est un peu comme le mariage, plaisantaient-ils en racontant cette anecdote à deux voix, comme ils aimaient à le faire quand ils voyaient du monde. Et Roland se dit que tout bon mariage a ses secrets et c’est désormais à la vieille chaudière qu’il viendra les confier, dans la tranquillité de la cave, à la lumière rare du soupirail et de l’ampoule qu’ils n’ont jamais changée. Elle clignote tout à coup en signe d’approbation et le coeur plus léger, Roland ferme la porte de la chaufferie, jusqu’à la prochaine fois.
Ce texte est extrait d’un projet en cours intitulé "Les Retraitants"
Emmanuelle Cordoliani joue, écrit, enseigne, met en scène et raconte des histoires.
Son blog : https://www.lecafeeuropa.com/blog


"Fantastique"
J'ai perdu mon œil
pas bien réveillé
je l'ai mal remis
Le bougre était parti sous l'oreiller
chercher un œil
remettre un œil d'un œil
c'est pas simple
Je voulais faire rire
et puis finalement
y'a que moi qui ris
Parce que le monde
d'un œil de travers
est bien plus rigolo
Aline Recoura
Aline Recoura est née à Saint-Germain-en-Laye en 1975. Elle est professeure des écoles en banlieue parisienne. Cofondatrice de la scène ouverte de poésie, Les Daronnes, avec Virginie Séba, elle est notamment l'autrice de Banlieue Ville (2020), Pichenette dans les mots (2022), Des jours et des bleus (prix Maram Al-Masri, 2022) et de Magasin de porcelaine (2024).
Toile de l'artiste peintre Maïpo, créée dans le grand nord (Pas-de-Calais)

Milène Tournier, et ses textes aux mille pieds volants
Prix Paul Verlaine, recueils aux éditions Lurlure, pièces aux éditions Théâtrales
Il me disait qu'il savait parler aux animaux
Et que les arbres déracinés l'étaient parce qu'il avait
éternué trop fort.
Près de mon père, ma mère trouvait en silence et sans
fierté trois rêves à quatre feuilles
J'avançais, avec mes jambes réelles,
Entre les magies.
Création graphique et poème chamanique du poète malgache Jean-Luc Raharimanana

Mes mots chiens la gueule sans balles toujours prête à aboyer le feu sans balles la bave aux lettres sans balles toujours aux lèvres vibrantes sur monde mur à coucher sans balles toujours éparpillements en gouttelettes de possible toujours possibles toujours oui séjourner dans les limbes de cet infini qui source de soi-sol soi-seul soi-île quelques dépendances et annexes du vide. Asiles. U, cycles, j’ai voyagé, mes mots en besace.
Jean-Luc Raharimanana a reçu avec sa pièce "Le prophète et le président" le Prix du Théâtre interafricain Tchicaya U’Tamsi (RFI) en 1990. Il est aussi l’auteur de nouvelles et de romans tels que "Lucarne", (1996), "Rêves sous le linceul" (1998), "Nour", 1947 (2001) publiés au Serpent à plumes ou encore "L’arbre anthropophage" publié chez Gallimard en 2004. Remarqué et salué par la critique, il reçoit nombre de distinctions littéraires comme le Grand Prix Littéraire de Madagascar (ADELF) pour "Rêves sous le linceul".
Vidéo-poème de la poétesse et romancière Gracia Bejjani
elle —
vitesse friable
tout à cran
leur langue trop près
trop de souffle sur le cou
et leurs gestes s’imposent
bruit
accélérer pour rester entière (...)
Gracia Bejjani est née à Beyrouth. Elle quitte son pays à 20 ans, elle fugue sans vraiment quitter. « J’écris, je filme, je photographie » dit-elle pour résumer sa démarche. Autrice du recueil "J’ai appris à parler sur tes lèvres" (La Kainfristanaise) et d’un premier roman, "Sobhiyé", corps de femmes (Accro Éditions, janvier 2026).
Ses textes sont publiés en revues: la NRF Gallimard, l’anthologie Printemps des poètes 2024 (Castor Astral), Décharge, Wam, Lettres d’hivernage ainsi que sur des plates-formes en ligne: Courrier International, Hors-Sol et Poema. Elle a présenté ses œuvres au Festival Extra Littératube à Beaubourg, à la Maison de la Poésie de Paris et au Festival international de Poésie de Roulers.
Elle tient une chronique dans Ici Beyrouth et une page dédiée sur remue.net.

Juliette Derimay, poétesse petite soeur de nous tous, écrivaine qui tend la main depuis ses si hautes montagnes...
"Le petit carnet noir"
Vivre sans lui n’est pas envisageable. Il n’a aucun pouvoir, aucune magie. Mais quand même. S’il faut parler de A, alors il est A6, environ. Il passe sans problème dans les poches de pantalon, poches de veste, poches de sac, poches de pull à capuche, toutes les poches. Noir, couverture souple et d’une matière qui n’absorbe pas trop l’eau et peu sensible aux taches. Pour l’empêcher de s’ouvrir, un élastique retient ses pages et pour avoir toujours un crayon sous la main, il a sur le côté un bricolage maison, une sorte d’étui construit en ruban adhésif, noir sur celui-là pour que les couleurs soient assorties. Il est bientôt fini, lui restent quelques pages blanches, les autres sont écrites. Une sorte de journal, pas journal de ce que je vis, journal de ce que je vois, le décor sans le sujet, dehors autour de moi, le temps qu’il fait, les arbres, les animaux et les plantes, surtout les plantes. Parfois des réflexions, mais des réflexions sur ce dehors autour de moi. Parfois j’écris beaucoup sur ses pages, toujours en commençant par la date, année, mois, jour en chiffres et jour en lettres. Pour rappel. Parfois j’écris très peu, jusqu’à une semaine sans. Mais pas moyen de faire sans, sans sa présence, sans son poids dans ma poche, sans ses pages qui défilent sous mon pouce et puisqu’on est en automne, sans les feuilles glissées entre ses feuilles. L’égarer, le perdre de vue ou de toucher devient tout de suite un drame, en changer quand il n’a plus de pages blanches, un événement majeur. Il m’est indispensable, il me ramène toujours, quand l’égarement me prend, à l’essentiel d’écrire. L’eau, l’air, le petit carnet noir. Vivre sans lui n’est pas envisageable.
Juliette Derimay vit actuellement dans les montagnes de Savoie et travaille dans un labo photo de tirages d’art, activité qui assure le quotidien ainsi qu'une bonne partie de son inspiration pour l'écriture. Ses textes laissent toujours une grande place au dehors, vous pouvez les retrouver sur son site https://www.les-enlivreurs.fr/ . Publications : « Voyage en Irréel » avec le photographe Nicolas Orillard-Demaire (https://nod-photography.com/) et nombreuses participations à des ouvrages collectifs.

Perrine Le Querrec, et son sublime dérèglement des sens
OBNUBILATION
Mains jointes sur le ventre
En leur fente, petit crayon
Petit crayon entre les mains
Contre-pouvoir
Discret-tranchant
Il sera, par exemple
Flash-charbon
Slogan-brindille
Il sera, par exemple
Bleu-sombre
Ventre-noir
Il sera un exemple
Perrine Le Querrec a publié de nombreux recueil "Ruines", "Les Tondues", "Rouge Pute", "Le Prénom a été modifié"... et le très remarqué "Warglyphes" (comment écrire la guerre ?) aux éditions Bruno Doucey.
Son dernier recueil rend hommage au danseur Vaslav Nijinsky... Elle rejoint actuellement les éditions Les Inaperçus.

Virginie Séba, performeuse et poète de la banlieue nord, guide des soirées endiablées Les Daronnes, scène ouverte de création poétique, dans un Lieu Unique ouvert à tous
A moi je dis je t’aime
et je t’aime comme ce ventre
qui gonfle qui enfle
la terre la chair
au centre
ça grouille ça moove
la terre meuble
la chair tendre
et j’attends
j’attends ce qui vient
là dans le sombre le meuble
le grouillement
de ce qui parle
silencieusement
et j’attends ventre imprévisible
comme la guêpe surgit et te pique
comme l‘enfant paraît
comme la langue se met à parler
comme le corps prend forme
comme la mère s’émerveille
du champ fleuri de sa prairie
et je t’aime ventre
comme tellement tu donnes
tellement jusqu’au bout tu donnes
et je t’aime comme jamais en finir ventre
car les fleurs de ton ventre refleurissent
ici là ou ailleurs
dans l’iris de tes yeux
dans les larmes que tu verses
dans l’amour qui pousse au-delà
Et grandir de toutes ses racines
Poétesse slameuse engagée, Virginie Séba écrit, déclame et anime des ateliers slam centré sur l’oralité posturale, une méthode originale développée au fil du temps. A son actif, un clip Dame Chique Tache et plusieurs créations de spectacle dont l’incroyable Sister Rosetta Tharpe, pionnière du rock’n roll, qui se jouera de nouveau au festival off d’Avignon juillet 2025. A publié Familles sur table, en duo avec Aline Recoura, poétesse plasticienne, aux éditions L’Ire de l’Ours, avril 2023. Et marche nage Vole aux Editions Lunatique, février 2024. Présente sur la scène internationale, a été invitée au FISPA en octobre 2024 (festival de slam poésie en Acadie) et en février 2025 au mois de la francophonie à la Bibliothèque d’Alexandrie.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.slamchante.fr

Tristan Mat et Linda Sorrenti
Objet, tu es objet de l'élection. Tu es le complémentaire du monde, minime refus absolu. On te pose dans la main qui s'est courbée, qui se refermera. On t'assigne un fond de poche, un soufflet de sac, le rivage boisé entre la falaise des livres dressés et le vide de la chambre, l'autel de la dernière image avant le sommeil. Tu es l'objet d'un regard secret paré de peur et d'abandon qui t'enveloppe, t'enroule et t'avale presque. À ta forme singulière, le désir assigne une âme arbitraire. Dans la petitesse, ton sexe n'est qu'une perle qui n'a pas choisi.
Tristan Mat
https://www.tristanmat.net/https://www.facebook.com/tristan.mat.735https://www.instagram.com/mat.tristan/
Linda Sorrenti, https://www.instagram.com/lapidalagallina_0.2/

Perle Vallens, poétesse marseillaise, autrice du recueil "Solo" (éditions Tarmac).
Je n’ai pas de patte ni de dent d’animal à toucher, pas de gri-gri à secouer ni de médaille miraculeuse, pas non plus de chapelet à égrener ou prier. Ni croix, ni pentacle, ni sceau. Je n’ai pas de fer à cheval ou de trèfle à quatre feuilles, pas de main de Fatima, pas d’œil Matiasma, pas de branche de gui au-dessus de mon lit. Je n’ai rien de tout ça. Je ne crois pas aux objets porte-bonheur. Je crois aux signes que la vie nous envoie. Ou les morts.
Mes amulettes ce sont les voix de mes proches qui caressent mon oreille. Entre tympan et vestibule, celles qui sonnent, attestent, consolent mais la voix c’est dans les veines et le cœur qu’elle reste. Je la porte en moi comme une odeur.
J’immortalise les voix en mp3 ou sur bande audio, à l’ancienne. Il m’en manque une, disparue avec la dernière cassette du dernier enregistreur téléphonique. Quand même toujours fugacement présente, ressaisie, captée par moments avant de s’évanouir, cette voix d’une ange protectrice surgit toujours quand je m’y attends le moins. Mais si elle manque à l’appel, si elle ne me répond pas, j’avale ma langue.
Perle Vallens est l'autrice du recueil "Attrape rêves". Au cœur d'une Provence d'adoption, Perle Vallens écrit et photographie. La poésie se tisse de mots et d'images, les uns nourrissant les autres. Ecrire c'est explorer l'intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 avec "Toucher à la hache" au Diable Vauvert. peggy m, récit poétique et choral, est son dernier livre (ed la place, 2024).

Mariroc Partorski, son texte explore le lien entre mémoire et objet du quotidien, à travers le souvenir d’un chien et de son jouet (cette amulette). L’illustration qui l’accompagne cherche à prolonger visuellement cette atmosphère douce et nostalgique.
"Amulette"
Je l’ai trouvée au fond d’un carton, entre une bille ébréchée et un vieux nounours, une petite chose en plastique, usée comme un chewing-gum oublié.
Quand je l’ai serrée dans ma main, le souvenir est revenu.
Mon petit chien, ni noble ni dressé, un peu crotté, joyeux, l’oreille cassée.
Celui qui me suivait sans rien demander, qui écoutait, comprenait sans un mot prononcé.
Chaque fois que je lançais ce jouet, il revenait, toujours.
Son jouet dans la gueule, son jouet dans son panier, son jouet — mon jouet.
Parfois, je l’appelais pour rien, juste pour sentir quelqu’un venir.
Il trottinait jusqu’à moi, la queue levée et soudain le monde devenait moins vaste, moins bruyant, moins con.
Je n’avais peut-être pas l’amour, ni les amis fidèles, ni de grandes batailles à mener mais j’avais ce jouet et j’avais ce chien.
Et franchement, ce n’est pas rien.
Aujourd’hui encore, si je brandis cette amulette, il revient et moi je respire à nouveau.
Mariroc Partoski
Méditactivation artistique en couleurs et en mots. Jeux de lumière et d’expression, entre peinture et écriture. Autodidacte, je laisse mes ressentis guider mon exploration artistique, tissant un dialogue entre la peinture et les mots. Mon univers oscille entre la spontanéité brute et la douceur naïve, un mariage singulier où les couleurs et les lumières s’entrelacent aux récits. Je parle de « méditactivation » artistique : une création éveillée par la méditation, qui se déploie vers celles et ceux prêts à accueillir ces fragments de lumière, de sens et d’émotion.
Proposition graphique de l'incroyable artiste plasticienne Erika Bournet Delbosc

Un lien qui mène à son site : http://erikabournet.fr
Sacré–Cœur en Sauvegarde
Gaëlle-Bernadette Lavisse
1er novembre 2025
Un fil de lin tissé, deux carrés de tissus rouge symbole de la passion, un cœur divin qui écoute, un bout de ciel froissé, la larme de sang d’un Christ en marche, le soupir d’une femme qui sait.
Sur la peau, dans le creux de la main, sous l’oreiller, elle murmure : « Je suis là. » avec toujours le même appel qu’à Marguerite – Marie il y a des siècles : « Aime, adore, vénère ce Cœur brûlant d’amour pour l’humanité entière
Un souffle de Madeleine, un éclat de Golgotha, le mystère de la croix, le tissu garde mémoire du cœur en sang qui aime encore.
On la touche quand tout vacille, on a peur comme un mot interdit, on la serre contre soi comme un Graal de pauvre, comme un pardon cousu main.
Les petites mains des visitandines se mettent au travail, pour glorifier le Cœur divin et répondre à l’angoisse vague qui étreint les âmes en ces heures sombres. Et le vent noir s’incline, des ténèbres de nos vies pécheresses. Et la peine recule, quand la lumière et la joie s’invitent. Quand l’âme se souvient qu’elle est faite pour aimer en actes et en vérité.
Et de porter avec soi son amour qui anime toute notre vie.
Gaëlle-Bernadette Lavisse, est présentée dans l'A propos du site.
Gaëlle parcourt toutes les régions et les écoles avec son bel atelier d'écriture "Dis Petite".
Isabelle Becker, artiste peintre de Strasbourg
Présentation de son exposition
"A l'horizon chante la mer"

Françoise Renaud, poétesse et animatrice d'ateliers d'écriture
"Guerrière"
magie blanche ou noire
petits objets consacrés dans le giron d’un chaman
d’abord façonnés de rien ou presque rien : brindilles, morceaux d’os, coques vides, coquillages, algues séchées, plumes, fruits secs, feuillages aux couleurs insolentes, oui objets peu à peu composés pour être pendus au cou tels mobiles naturels ou accrochés à un membre ou à un vêtement, en tout cas pas loin de la peau, et ça invente une nouvelle musique, ça vibre dans le vent quand le corps marche, et pareil au cou des statues, ça crie parfois parce que ça pousse à bout, ça pousse le corps au bout de lui-même dans l’exploration de sa propre terre et de ses propres rêves
elle
est là, tout près de moi, la femme archétypale sculptée en Nagaland
tout près, là, au pied de mon bureau
guerrière chasseuse cueilleuse, figure de femme au regard hardi et à l’ossature solide — elle a dû porter des enfants, plus d’un c’est sûr —, et flottant sur sa poitrine un genre de collier constitué de fragments d’os comme on en voit chez les gens d’Amazonie, certains fragments veinés fendus, d’autres taillés polis, objet protecteur qui m’a été confié alors que je voyageais corps et âme dans ce continent éloigné, portée par l’étrange magie des plantes
Françoise Renaud
Romancière, poète, bloggeuse, jardinière attentive…
Nombreuses publications depuis 1997.
Tout sur www.francoiserenaud.com


ETTELUMA du poète tunisien Mokhtar El Amraoui
Je suis esprit des foudres protectrices qui pulvérisent tous les malfaisants qui chercheraient ton malheur
Okamiromtom youla youla hooooo
M'ont confectionnée les patients doigts d'or de la vierge immolée par la tribu pour avoir aimé l'étranger errant des sables
Elle revient au fleuve vert à chaque lunaison et y déverse ses larmes que la masse pense pluie
Je suis ETTELUMA herbe armure qui a poussé en ces nuits j'ai récolté ces précieux diamants de ses yeux d'amour
Je suis née des gigantesques houles lunaires aux sismiques vociférations qui transforment les lions en pleutres chats et les dragons en souris des innommables fuites
ETTELUMA je te serai toujours fidèle servante suspends-moi à ton cou et tu oublieras ce que sont peurs et dangers
Les pires des forêts aux voraces fantômes s'écarteront toutes tremblantes de ton chemin et t'accompagneront avec de suaves mélodies
Les crocodiles dans tes traversées des plus tumultueuses eaux se feront dociles lézards
Kombilaka zelogronta ya ouuuuuh
Invincible imprenable l'envie et ses chapelets de mauvais oeil ne pourront plus rien contre toi grâce à mes vertus
Moi ETTELUMA l'amulette des amulettes
Demande-le à mes anagrammatiques miroirs des hautes cachettes
PS. Vous pouvez me commander sur Zonama
Si vous m'achetez deux fois de bleus gris-gris nés de mes entrailles vous seront offerts
J'attends vos espèces
Soyez chics pas de chèques sinon ça serait choc sur choc
Yongtsi houba louk dom re dzonk
Qu'attends-tu pour ne plus être vulnérable cassable friable
Que je t'arme que je te protège et rende invisible je serai ta fidèle alliée et complice de toujours moi ETTELUMA contre perfidies et écueils
Yaoulala baba bouche yoyo yéyé
J'attends ton cou coucou
Yonkssa lovksilove yoyiyoyé
© Mokhtar El Amraoui

Errances de Piero Cohen-Hadria, proposition de trois textes aux trois voyages visuels
"Chambre 32"
La première et seule fois où je suis allé en Turquie m'a fait un choc - comme quelque chose ou quelque part que je connaissais depuis toujours : j'aurais le même sentiment en allant à Beyrouth, c'est certain. D'ailleurs je n'y suis jamais allé, le plus à l'est du monde fut Nicosie ou la partie turque de l'île (à l'ouest ce serait Londres ou Lisbonne). Le voyage et rapporter quelque chose, rien. Un objet, un souvenir come on dit. De Séville je n'ai pas d'objets, mais de partout des images.

Souvent. Beaucoup. Mais celle-ci je l'ai faite ici, ce genre de bazar (après on l'a repris et ramené ici) dont on trouve des millions d'exemplaires qui arrivent par containers entiers je suppose.

Y apparaît assez distinctement un petit esprit sur l'épaule d'un homme en cape rouge - l'envers montre Marie probablement avec son petit jésus de fils dit-on -

De colifichets, on les repère et on les attrape, on les paye, on les garde dans des sachets de papier dans une des poches du sac - on les offre en revenant - voilà tout : qu'est-ce qu'un souvenir ? Elle, elle était là dans sa chambre, la trente-deux, elle était penchée en avant, un tout petit bout de bonne femme, appuyée à la commode de même facture que l'armoire, il y avait là un petit bouquet de fleurs (elle aimait les fleurs) elle faisait une prière il m'a semblé, on est entrés elle nous a souri, on lui a tendu ce petit sac de papier bleu, elle s'est un peu redressée, une douleur au dos, et à nouveau nous a souri.
Piero Cohen-Hadria
Blogueur impénitent (http://www.pendantleweekend.net/ collectif au départ), je soutiens des aventures participatives : je travaille avec des artistes écrivains : au sein du collectif L’Air Nu - https://www.lairnu.net/) (avec Anne Savelli et Joachim Séné) où je défends, entre autres, un certain cinéma; au sein du collectif maison[s] témoin (http://www.maisonstemoin.fr/, (avec Christine Jeanney) plus librement blogueur (écritures, cinémas, voyages, images); commentant les poèmes-express de Lucien Suel (http://academie23.blogspot.com/) cinéma encore prépondérant (mais aussi chansons); j’aime aussi beaucoup travailler avec mon ami Denis Pasquier, (hélasilnous quittait en décemre22- mais reste toujours avec moi cependant) (à moi que ce ne soi tmoi qui reste avec lui) photographe (https://denispasquier.com/fr/accueil) où il éditait ses ouvrages, auxquels je collaborais par l’écrit – je reste mais je n’oublie pas – beaucoup d’autres encore, en commentaires, images, ou cinéma – parcours personnel sans doute (je suis aussi sociologue indépendant), mais avec les autres aussi, toujours.
Le poète Philippe Minot nous propose un "détroit", où le vers tente de prendre son envol en 3, puis 6, puis 9 syllabes avant de s'étrangler en 3 syllabes.
Débraillé
l’abraxas en pendant
dépoitraillé le talisman
bénit l’homme
Après des études de Lettres à Paris et à Lyon, Philippe Minot entre dans l’enseignement et est actuellement professeur à Reims. Publie poèmes et photographies, dispersés dans de nombreuses revues ou recueillis en volumes, dont les plus récents : Terreaux, haïkus, chez Encres vives (2025),
L’œil ébouriffé, haïshas, préface d’Audrey Louyer, chez L’altérité (2024)
Nathalie Holt écrit des nouvelles extrêmement marquantes, construites comme intrigues à mystères, enquêtes à failles et à peaux, les jeunes les boivent en cachette, elles sourdent et secouent les meninges : deux recueils, aussi percutants l'un que l'autre "Ils tombaient", et "Averses". Elle nous envoie cette nuit des photographies très originales...

Nathalie Holt, scénographe de théâtre et d’opéra, vit près d’une forêt, dans la banlieue nord de Paris. Ici, Louise extatique, chanteuse du groupe Ceylon, tangue comme ombre de branchage sur un rideau d'hiver. Quand on cherche à occulter le jour, l'arbre revient à elle, joliment festif et désarticulé....

Depuis les terres du grand froid, il surgit la nuit sur les réseaux, peintre furtif et fier de son art, libre en toute urgence, c'est Claude Bolduc, génial pastoral des sens et de l'érotisme, tout droit venu des terres glacées du Québec.
Paul Laurendau, professeur de l'Université Denis Diderot (Paris VII) : "Claude Bolduc est un peintre dont la production, volumineuse et diversifiée, construit des univers complexes et tourmentés. Bolduc se rattache à l’école picturale de l’Art Singulier, courant artistique contemporain dont une des fonctions essentielles est une subversion active des canons réguliers, notamment sur la question cruciale de l’anecdote picturale. Outre ses qualités plastiques spécifiques, le travail de l’artiste déploie une grande richesse narrative. Le trait précis, voire ciselé, construit des univers interactifs complexes, peuplés de figurines étranges aux modus operandi multiples. Les œuvres de Bolduc, sont souvent des fresques polymorphes, faisant appel à un large héritage ethnoculturel. Mythologie, paganisme, imagerie judéo-chrétienne, etc. Toutes ces facettes visuelles et symboliques sont mobilisées et forment régulièrement le fond allusif ou la trame centrale de ses tableaux. Plusieurs toiles se répondent entre elles, comme le ferait, par exemple, un chemin de croix ou une tapisserie médiévale. Claude Bolduc lui-même a, dans certains cas, produit des textes descriptifs et explicatifs visant à fournir le décodage herméneutique des fables ou des trames de ses propres œuvres. Parfois hermétiques, parfois explicites, il est indéniable que ses œuvres sont logogènes (en ce sens qu’elles sont des déclencheurs de parole, verbale ou textuelle)."

Claude Bolduc est né le 1er janvier 1955 à Alma, au Québec (Canada). Il a vécu à Chicoutimi jusqu'en 1997. C'est le 4 janvier 1987, date de naissance du peintre primitif Arthur Villeneuve, son premier inspirateur, que Claude Bolduc commence à peindre en autodidacte. L'artiste met alors en scène ses propres souvenirs autobiographiques et des sujets politiques ou sociaux, dans un style que l'on pourrait qualifier de naïf, si l'on n'y décelait déjà la folie onirique de son univers où abondent les références à une symbolique qui lui est propre.
Pour expliquer sa toile, Claude Bolduc nous dit avec malice qu'elle représente un arbre contre lequel il avait achevé sa descente en tricycle lorsqu'il était enfant... Son site : https://www.claudebolduc.com/

Mon grand-père ne croyait ni en Dieu ni au diable. Il n’accordait aucune importance aux superstitions, aux croyances de toute sorte qui cependant ponctuaient la vie de tous ceux qui habitaient au village. On lui disait qu’il avait tort d’être aussi sceptique. On lui présentait quantité d’exemples issus des plus diverses situations. Assis au coin du feu, mon grand-père écoutait ces histoires un sourire aux lèvres. C’était une bonne manière de passer le temps les longs soirs d’hiver. Il perdit ses six chevaux par un beau jour de printemps. Ayant profité d’une brèche dans la haie, on n’en discernait plus aucune trace dans la terre mouillée par les dernières pluies d’avril. Il désespéra, c’étaient ses économies qui s’enfuyaient d’un coup, et par la même occasion ses possibilités de labourage, son indépendance financière. Il fit semblant de dédaigner les conseils de ses amis qui lui disaient d’aller voir Maria, il écouta d’un air railleur toutes les preuves de ses dons divinatoires, des histoires qu’il connaissait par cœur et qu’il se vantait de mépriser. Quand il s’approcha de la petite ferme où elle habitait, il l’aperçut aussitôt, assise sur une pierre, profitant du soleil printanier. Tranquille, elle attendit qu’il fût suffisamment proche pour lui souhaiter la bienvenue. Je sais pourquoi tu es là, lui dit-elle en souriant. Il se tenait devant elle, un peu penaud, intimidé sans doute. Viens, reprit-elle, je vais te montrer où ils sont. Elle se leva et il la suivit. S’approchèrent tous deux d’une bassine remplie d’eau claire. Lorsqu’ils s’y penchèrent, l’eau se mit à tourbillonner, devint vert glauque et progressivement laissa se dessiner dans ses replis les plus obscurs six taches brunes qui prirent lentement la forme des bêtes disparues, broutant tranquillement l’herbe d’un pré que mon grand-père reconnut comme la propriété lointaine de l’un de ses voisins. Je ne sais s’il la remercia, je ne sais ce qu’ils se dirent. Mon grand-père ne le confia jamais. Ses chevaux récupérés, il racontait cette histoire à ses amis réunis devant la grande cheminée, affirmant de façon un peu trop véhémente qu’il restait mécréant malgré les évidences adverses. J’ose timidement affirmer cependant, j’ose peut-être y croire, que chaque fois qu’il regardait d’un air un peu plus pensif les flammes qui tourbillonnaient devant lui, c’était à une eau particulière qu’il songeait, capable de révélations surprenantes, incapable néanmoins d’éteindre un certain feu qui s’échappait de ses yeux sombres.
Helena Barroso
Helena Barroso écrit bien humblement sur son parcours : Après plus de trente de vie citadine, je vis actuellement à la campagne, dans un petit village au sud du Portugal.
Catherine Serre, poétesse à l'affût de toutes les explorations
(lire son recueil "Soleil Ogre"...)
maléfice, tu vois ça se verbe
maléficier
la conséquence se conjugue
je t’en conjure évite
de dire ça
nous sommes et avons été maléficiées
je t’en conjure évite
de répéter trop fort
nous aurons et avions été maléficiées
garde dans ton poing serré l’amulette
une taille de crayon rouge enroulée
ce rien d'écrire qui protège
fais trois pas sur ta gauche et creuse
maléficiées nous le sommes
les coups pleuvent tu tombes d’un balcon
rien ne m'atteint que le choc une seconde
de l’entendre dire et le verbe et la règle
des chutes et des silences
l’esprit voyage, écrire précipite
nous sommes te dis-je maléficiées
prises te dis-je
dans l'embrouille
une taille de crayon rouge
amulette cousue serrée
cordelette de soie autour n’y suffit pas
ni les tentative de sorts
ici le dire au vent
maléficiées cherchent déensorceleuse

Texte de la romancière Astrid Waliszek, auteure de Topolina (Editions Grasset)
Le truc
Jamais sans mon truc. Je peux tout oublier, les pommes de terre pour le dîner, le foulard pour éviter d'avoir froid, les croquettes du chat, la clef de la maison ou le téléphone, que sais-je ? Et où les ai-je oubliés, au supermarché ou au bistrot ? à la maison ou chez mon amoureux ? Dans la voiture ? Dans mon sac, peut-être. Justement c'est là qu'il est. Tout au fond ? Il ne prend pas de place. Il est dans la poche de chaque veste, de chaque manteau. Dans ma paume quand je marche la main dans la poche. Et au fond de chaque sac, bien entendu.
Je me demande si ce n'est pas une sorte d'objet transitionnel, mon taille-crayon. Dix fois, quinze fois mon taille-crayon.
Astrid Waliszek
Auteure de romans, de recueil de nouvelles, de poèmes "A peine assez de mes bras", "Ombres nomades", "Les lucarnes de désir" ... Souvent mis en voix et en musiques dans nos vidéo-poèmes (notre chaîne youtube Les Villes en Voix).
Texte et photographies de l'écrivaine Gwenaëlle Abgrall
Je le regarde chaque jour quand je prends place à mon bureau, pour écrire lire ou rêvasser - repousser à plus tard les taches administratives, rébarbatives ou plus plaisantes et m’atteler enfin au début d’un récit.
Je lui fais un clin d’œil et pense à celle qui l’avait choisi, était-ce en Irlande ou ailleurs, un cadeau peut-être reçu d’une amie chère ou disparue au détour de l’histoire du siècle.
Je lui adresse mon bonjour reconnaissant, aujourd’hui encore je peux être là, assise et écrivant encore alors qu’elle n’est plus des nôtresimage0.jpegimage1.jpegdepuis longtemps, mais m’a légué une force étrange et envoûtante, un viatique pour l’ailleurs rêvé de la compagnie des livres.
Je le regarde et je pars à Dublin, j’ouvre Joyce à nouveau et tente de voyager tel Ulysse. J’ai honte de ne pas dépasser la trente-quatrième page, je dois reprendre au début et sais que jamais je ne saurai l’histoire entière et j’ai bien peur de ne jamais écrire l’histoire complète non plus de celle qui a laissé ce petit chat au trèfle à quatre feuilles entre linges et archives de son passé à raconter.
Mais chaque jour il me sourit, alors je continue d’écrire. Et me voilà.


Texte de la poétesse Fabienne Savarit et illustration de Anne-Marie Pamelard
Sa voix chante haut
Sa voix chante haut
dans la nuit noire,
sur les routes de terre,
au calme des rivières.
Sa voix danse,
comme un jour de pluie,
un cri au fond des bois.
Son corps ronde,
et embrase l’horizon.
Sur ses lèvres,
le tumulte des vents,
et parmi les herbes,
repose son pas scintillant.
Elle y berce des rêves,
fascinants et brûlants,
ensorcelle les cœurs,
adossée aux pierres.
Au soir, sa peau flamboie
d’orangés vibrants,
et elle danse et elle chante,
frissonnant, paume ouverte
à l’émerveillement.
Son corps flotte,
et, au-dehors, le monde se colore.
Fabienne Savarit
Je me nourris des couleurs du littoral et laisse les histoires m'emporter dans leur sillage poétique. J'aime la douceur des mots et cheminer à la lisière du rêve.
En ligne :
Instagram : @fabienne_savarit / Facebook : fabienne savarit
Anne-Marie Pamelard
Souvent je dévisage des inconnu-e-s
Avec ma gouache et mes crayons de couleur je voyage sur leurs visages.
J'aime faire cohabiter les inattendus et composer des chimères.
En ligne :
Instagram : @365zanne








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