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La ville parolante

Avec l'hiver, tout arrive, les amitiés les froidures, la vie du feu. On commence à intercepter quelques désirs, et puis les retrouvailles parfois. Avec l'hiver, tout commence, tout tombe, belle chute, et c'est à partir de là que tout surgit, quelle surprise. C'est quelque chose l'hiver, on se croirait dans un somme, et pourtant ce grondement, ce bouillonnement qui te parle. Même si "rien ne nous paraît préférable au repos" (proclament les Tahitiens dans le discours de Diderot...), l'écriture s'envisage comme une transe, une parenthèse qu'on s'octroie dans la nuit, dans toutes les nuits, quand tout plie en soi. La solitude si exiguë nous brûle, avec cette brutalité inouïe de l'isolement. Mais la rue est là qui entoure, enrobe, cerne et roule devant soi... et parfois parle, et roule en même temps. Notre revue Les Villes en Voix vous propose une forme de divagation de paroles ourdies dans la ville... comme quand on frotte le granulé des murs pour faire surgir des chemins, des jaillissements, diableries paraverbales, insistantes ou lentement dévalées...

Alors conversons ce soir avec les choses de la ville.

Ici, tout d'abord avec le Diptyque pariétal de Caroline DIAZ.

Sur son blog Les heures creuses, Caroline Diaz publie un journal hebdomadaire mêlant textes et photographies. Un livre en attente de publication. Et toujours, la chaîne youtube.

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Thérèse CIGNA

texte et toile

La musique dans le métro 

À fleur de peau

Ça commence à cogner

Dans le bus ou le métro

Les gens sont trop serrés.

Musiques  cuivrées, 

balancées rythmées 

Dans les bouches surpeuplées

De gens affolés.

La vie  se cache

Derrière mes mots,

 Collée  dans mon dos

La musique des ghettos.

Il y a quelque chose du peuple,

L’envie de voyager,

Dans les partitions musicales,

Perchées dans les Halls.

Thérèse Cigna, écrivaine et plasticienne, est animatrice de la rubrique art et culture -TV Royans Vercors et Gresivaudan
Membre du comité d’organisation Drôme -Isère de la BASI -Saint-Etienne https://cigna.book.fr

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Virginie SEBA

"7h dimanche matin"

7h dimanche matin
la ville devrait dormir
Les trottoirs assoupis
gainés de crasse endormie
Quelques mégots à pied porte d'immeuble
petits bouts suçotés recrachés
petits tronçons Camel estropiés
Dis mon fils c'est toi qui traîne
comme ça en bas de l'immeuble
Merci de ne pas jeter tes mégots
7h la ville devrait dormir
7h un bruit rond aigu de moteur vrombit
Cogne à l'asphalte Cogne au bitume
Cogne aux trottoirs
Petit véhicule trapu
flanqué de têtes chercheuses
Démarche entêtée à ras des trottoirs
à ras des grilles du square
à ras des murs d'immeuble
Petits Mégots seront aspirés
Mécanique de la propreté en marche
Il bruite bruite le petit véhicule vert
de la propreté parisienne

- Pas des oreilles
Il bruite bruite la propreté à l'œuvre
7h dans la nuit de mes draps
Le vrombissement se fait gras
Un gras qui poisse les oreilles
Un gras qui interroge
Dans la nuit noire de mon sommeil
Attraper le téléphone
Regarder l'heure
7h
Dimanche
Ça marche dans la tête
Ça tourne la ville
se retourne la nuit

Virginie Séba écrit, dit, publie, anime et intervient pour des projets artistiques en milieu scolaire et culturel.

En solo ou à plusieurs, accompagnée de musicien.nes, Virginie a créé 3 spectacles dont le dernier est un hommage vibrant à Sister Rosetta Tharpe, pionnière du rock’n roll. Retrouvez toute son actualité sur www.slamchante.fr

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Françoise RENAUD

Texte et photographie

"cette nuit"

 

ça ressemblait à un souffle au cœur inaudible

silence animal d'un genre qui n'a plus cours nulle part ailleurs que dans les forêts à cause de l'élargissement des villes, silence des arbres fouettés bousculés tissés de poussières sauvages, murmures, cris de corbeau, attente aussi

tout ce blanc cristallin de la neige nichée dans les parties intimes de la terre des mousses des fruits

plus de repères sinon le touffu des bosquets, le creux des rus

 

ça ressemblait à un souffle éphémère

 

il y avait une odeur d’humide, de champignon presque sucré

ça émanait des feuilles décomposées ensevelies

 

la neige s’était invitée comme cadeau de janvier, parenthèse entre deux journées, loin des précipitations et du hurlement des sirènes

la blancheur et le flux du silence sans appréhension de ce qui va advenir

Françoise Renaud, 

Nombreux ouvrages publiés depuis 1997 (roman, poésie, jeunesse, beau livre) et publications en revue. Biblio ici: 

https://www.francoiserenaud.com/bibliographie/bibliographie-complete/

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Aline RECOURA

texte et photographie

Le silence retombe petit à petit 

après 3 h de cris 

voix hommes voix femmes 

s'enflamment nombreuses 

sur les paliers du premier 

tirée du sommeil au début je comprends pas 

puis j'ai peur qu'une femme se fasse 

comme il y a deux ans 

par le voisin du premier alcoolique 

il y avait du sang 

un fenêtre avait été brisée

souvent en passant je regarde 

toujours du plastique à la place du verre 

la police vient mettre fin à cette dispute 

collective 

je communique avec un gentil voisin par sms

il passe en ce moment les examens pour être conducteur de train lui il est sobre 

je crois que tout a démarré 

parce qu'un couple 

faisait l'amour trop fort et trop longtemps 

les appartements sont très mal insonorisés

une femme parle encore 

dur de s'arrêter quand on est bourré 

le gars maintenant il invite plus de femmes 

mais des copains 

ils boivent tous et font du bruit 

les gens sont pas contents ils veulent dormir 

d'après le voisin 

il comprend pas ça 

le silence palpite dans mes oreilles 

tellement les cris ont envahi

mon sommeil 

Aline Recoura

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Aline RECOURA 

texte et photographie

Je ne savais pas 

que ce serait toi 

je ne savais pas qu'une histoire 

ça se construisait comme ça 

dans ce qu'on  comprend 

sans faire exprès 

dans ce qu'on entend 

sans faire exprès 

je ne savais pas 

que ces mots prononcés 

après notre premier rendez-vous 

lui je voudrais rester tout le temps avec lui 

c'est flou c'est un pari c'est l'instant c'est éphémère 

c'est sans savoir l'autre 

c'est un hasard 

et  pas forcément 

lui il avait l'air de savoir 

tout de suite 

ce que je ne savais même pas moi-même 

tout ces paumés que j'avais rencontré 

je me croyais paumée 

on parle pas beaucoup on se sent 

on parle quand il faut 

il est là 

je suis là 

il sait 

je sais 

pas besoin d'images de fleurs d'oiseaux 

et autres sublimations de puissance 

c'est aussi simple qu'un œuf au plat 

le soir quand il est pas là 

parce qu'on habite pas ensemble 

et qu'on a appris la patience 

je me promène sur tous les sentiers 

qu'on a parcouru 

je suis encore plus étonnée 

que tout cela 

j'ai failli le perdre 

en me donnant justement l'illusion 

des fleurs des oiseaux des rivières 

que peut-être il y avait ailleurs 

j'apprends 

j'apprends l'amour 

l'oeuf au plat 

la promenade en forêt 

le mystère reste entier 

pourquoi on arrive à s'écouter 

à se sentir bien 

reconnu l'un et l'autre 

quand c'est si peu évident 

si rare 

Aline Recoura a été publiée à La lucarne des écrivains,  avec un nouveau livre "Des jours et des bleus". Celui-ci retrace la traversée d'une femme sur une quinzaine d'années, maternité, monoparentalité, solitude et rencontres. Un quotidien décortiqué, sublimé, raconté. 

Fabienne SWIATLY

"Jusqu'où la ville"

 

Jusqu’aux hommes-tortues courbés sur leur vélo, sac à dos chargé de victuailles. Ils transportent à domicile de quoi apaiser toutes les fringales. Slalom entre les voitures, les piétons et les autres vélos tellement plus lents. L’élégance de leur style, l’arrogance de leur vitesse et sur le tee-shirt imprimé le nom de l’entreprise qui exploite. Pâtes asiatiques, hamburgers végans, salade XL et son choix de sauces. La nourriture s’avale chez soi et le reliquat des emballages finira dans la poubelle de tri. De quoi avons-nous vraiment faim ?

Jusque dans le ventre des bus qui transitent l’habitant de son lieu de vie à son lieu de travail. Ceux du tôt le matin et tard le soir qui vont à l’ouvrage, un journal jetable à la main. Têtes penchées sur l’écran du portable. Regarde quoi ? Les usagers, carte d’abonnement rangée dans le sac, s’installent derrière le chauffeur dont on voit les yeux dans le rétroviseur. Dehors les camionnettes, banquettes trois places, clignotent en double file. Artisans et femmes de ménage se lèvent tôt. A l’arrêt demandé, le bus expire son lot de passagers par la porte automatique, puis  achève son parcours dans l’en dehors de la ville. Terminus des transports en commun.         

Jusqu’à la périphérie de la ville avec ses entrelacs de routes, de sorties, de rails et de voies de chemin de fer. Espace hostile aux piétons. Sur le terre-plein à côté du rond-point, aucun aménagement floral mais un éparpillement de frusques, de souliers, de sacs mouillés et d’ordures. Il y a quelques jours encore, des gens vivaient là sous de la bâche, de la tôle et des planches clouées. Des femmes, des hommes et des enfants déplacés du jour au lendemain, et pas une âme vivante pour dire où ils sont passés. L’automobiliste pressé referme vivement les vitres de sa voiture tant l’air semble irrespirable.

Jusqu’au soudain de la nuit et aussitôt on allume. La ville ne connait pas l’obscurité. Lampadaires, néons, phares, enseignes, lumignons – étoiles tombées du ciel. Plus besoin de lever les yeux. Chacun rentré en lui ou entre ses murs. La nuit bruyante a laissé place au repli et au silence. Les noctambules s’oublient devant d’interminables séries télévisées. L’aube hésite derrière les immeubles. Respiration en suspens après le dernier bus, avant le premier tramway. L’heure jaune ou bleue selon les saisons. La ville se tait, plus rien à vendre. Elle baisse le rideau pour un bref moment.

 

Extraits de  Jusqu’où la ville ?

éd. Le Clos Jouve, 2021

Fabienne Swiatly latracebleue.net

Dernières publications :

Saïd, éd. La Fosse aux ours –

Mère éléphante, éd. des Lisières. 

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Catherine SERRE

"Parlure"

Photographie de Carlo de BOISSET

Se tenir. Se tenir. Se soumettre à la tentation.

La ville dit Avance

Se tenir droite. Pieds posés, juste équilibre, sans la pensée de se tenir.

La ville dit Regarde là-haut

Les deux pieds dans le sol, les deux pieds, et du poids réparti sur chacun.

La ville dit Je te vois, tu avances, tu regardes là-haut

Partager sur chacun des deux pieds le poids nécessaire, le poids juste.

La ville chante Trop tard, trop tard

Les bras, les tenir juste, posés doux sur les épaules

La ville ressasse Reste encore. Ne t’en va pas

Léger les bras, non pas la gravité, mais l’ouverture, non pas des ailes et pourtant.

La ville s’inquiète Tu reviendras tôt ou tard

Transmettre aux mains qui tiennent la stabilité, la délégation de l'oeil

La ville se rengorge Miroir, miroir dis moi qui est la plus belle

Épanouir le long des épaules jusqu’aux doigts, un flux à irriguer les mains,

La ville exulte Je ferme les yeux tu vois bien mieux

En équilibre le squelette, autour le musculaire, et le cou en pivot,

La ville murmure Passe les jours, passe les semaines

Se tenir. Voir les aplats et les rapports de diagonale

La ville tourbillonne Talon pointe, et pas de polka

A l’œil la liberté de voir ce qu’il regarde.

La ville silencieuse continue de parler

Catherine Serre : De l’écriture au montage son, de la vidéo à la performance, des mots aux arts plastiques, elle est bougée par une langue rythmée qui tente de revisiter ce monde désarticulé. "La maison de Mues" aux Editions L'Arbre à paroles paraît en février 2023.

Carlo de Boisset conte pour les enfants et les adultes, puisant ses histoires chez les grands collecteurs du XIX et XX° siècle, en occident et parfois, au delà. Sensible aux grands espaces, ce sont les détails qui lui tapent dans l'oeil lorsqu'il s'empare de son appareil photo. 

Ci-dessous, photographie de POL DU BOT, artiste de Mayotte, ici photo prise en Belgique.

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Juliette KEATING

Texte et photographie

"Les langues de la grande ville"

 

quand je me promène dans la grande ville, je croise des gens venus de très loin

qui parlent des langues que je ne connais pas

quand le bus me conduit à travers la grande ville je voyage avec des gens qui parlent ces langues venues de loin

je ne les connais pas

j’écoute les sons des langues qui disent des choses que je ne comprends pas

c’est une musique enveloppante autour de moi

dans le cocon du bus

à travers la grande ville pleine de gens

qui viennent de loin

du pays des langues que je ne connais pas

j’imagine ce pays

avec les couleurs

avec les parfums

avec la douceur

des mots que parlent les gens voyageant avec moi

dans le bus de la grande ville

où sont toutes les langues de la terre

réunies

sang os peau

de la grande ville ces gens venus de loin

que je ne connais pas

que je connais si bien

parce qu’ils sont un peu moi

aussi

 

Juliette Keating a publié récemment aux Éditions Le Ver à Soie : La Venelle suivie de Après les pins, deux nouvelles l'une sombre l'autre plus lumineuse où il est question dans la première d'une femme d'âge mûre engagée dans le raccourci compliqué vers un ultime entretien d'embauche, la seconde est le récit aquatique d'une renaissance. Marie Capelle, est un dialogue à travers le temps avec cette jeune femme du XIXe siècle injustement condamnée pour avoir empoisonné son mari et qui découvre en prison la puissance de son écriture. 

Le Ver à Soie est une maison d'édition indépendante, voir la page sur le site : https://www.leverasoie.com/boutique/index.php/les-auteurs/category/111-juliette-keating

Danièle GODART-LIVET

"Ma ville muette"

 

Dans ma ville personne n’écrit des mots sur les murs ni ne colle des affiches hors des panneaux réservés à cet emploi, c’est tout juste si quelques grapheurs se risquent sur la barrière antibruit et les ponts de l’autoroute, car ma ville est traversée par une autoroute. On y rencontre aussi de vrais muets, vous savez ces voisins qui ne vous saluent pas ou se détournent quand ils risqueraient de vous croiser sur le parking.

Peut-être ma ville muette bruit-elle, de mots sourds, de haines croupies, de ressentiments féroces ; peut-être, mais ce n’est pas cela que l’on ressent d’abord, ce qu’on l’on ressent c’est l’entre-soi paisible de groupes étanches créés par les hameaux, les lotissements, l’histoire des gens, la date d’arrivée dans la commune, l’âge des enfants, la fréquentation ou non de l’Église et, entre ces groupes, des réseaux où quelque chose circule qui ne se dit pas avec des mots, que seul le périmètre des invitations à la fête des voisins permettrait de deviner si elles existaient encore, dont seule l'entrée dans les cercles privés rendrait lisible la géographie.

 

Dans ma ville muette, on construit plus de clôtures opaques qu’on anime de débats ouverts. On isole beaucoup par l’extérieur et de l’extérieur. Nulle culture ouvrière qui n’a jamais existé, nulle culture paysanne depuis longtemps disparue. La méfiance remplace la solidarité malgré des exhortations à l’humanité, à la confiance et en l’amour de l’autre, au respect, à l’écoute et à l’entraide tous ces mots qui composent les vœux de Nouvel An. Aller à l’essentiel, élever le débat. Essentiels en lettres capitales et lumineuses, tel était le vœu du maire en forme d’acrostiche qui commençait par Engagement et se terminait par Solidité, engagement et solidité, une devise de promoteur immobilier ; de ceux qui parcourent ma ville à l’affût des histoires tues et des terrains qui se libèrent.

 

Car ma ville est vieille, très vieille, certaines familles sont là depuis qu’il existe des registres, quelque chose comme dix générations, mais jeune aussi, très jeune ; les écoles sont pleines des enfants de ces couples qui s’installent dans une campagne proche de la grande ville, toute proche., de ces territoires qui plaisent tant aux agents immobiliers.

Ma ville vote dans le secret des isoloirs, vous devinez comment, plus que vous pouvez l’imaginer, bien plus. Ma ville aime les spectacles d’illusionnistes, ma ville rêve des années trente, des spectacles de claquettes, de Paris et de New York au temps de leur splendeur. Ma ville croit qu’elle aimerait parler, elle lance des enquêtes, fait appel à des consultants pour établir des diagnostics et de programmes prospectifs, invite à poser des questions, organise des rencontres, croit en la communication et en l’animation. On y accuse la pandémie, les écologistes, les règles administratives, les restrictions budgétaires, la métropole, les temps incertains qui viennent et la guerre en Ukraine.

 

Ma ville muette respire la prospérité et le bon air. Elle cherche ce qui pourrait lui servir de centre, de projet-sens comme on dit. Désormais, elle se confie aux accompagnateurs de vie, réflexologues, sophrologues, ostéopathes (y compris pour animaux), dresseurs et accompagnateurs de chiens, praticiens en soins énergétiques, naturopathes, praticiennes en technique de toucher et massage détente, coach, thérapeutes, psychogénéalogistes, praticiennes en relation d’aide, conseillères en aromathérapie et détox , vendeurs de vrac et de produits d’entretien respectueux de l’environnement, psychothérapeutes, décorateurs d’intérieur, animatrices de cercles de paroles et de gratitude, clubs hippiques ou clubs de théâtre, car il faut bien que les mots sortent et que les corps exultent ; car ma ville étouffe, de trop taire ses maux.

 

Danièle Godard-livet, janvier 2023.

Danièle Godard-Livet, retraitée, photographe et raconteuse d'histoires s'intéresse actuellement à l'histoire et à l'évolution de sa petite ville de Lissieu. Tient un blog http://www.lesmotsjustes.org

Ingénieure agronome et philosophe de formation s'est toujours passionnée pour l'évolution des paysages et des idées, la vie des gens qui y vivent aussi.

Pratique depuis 30 ans et enseigne l'aïkido, art martial sans compétition qui apprend à ne pas craindre le conflit et à vivre en harmonie avec les autres.

Composition graphique de la peintre Isabelle BECKER.

Isabelle nous présente ainsi son travail : 

"Le mouvement est depuis toujours au cœur même de ma pratique artistique et de ma démarche. J’aime dessiner l’humain en mouvement, qu’il parle, bouge, soit concentré sur un livre ou son portable ou joue ou danse. Carte "Michemin" : une carte routière de marque Michelin ou autre présentée à la verticale, couverte de taches d’encre, de teintures naturelles, de peinture acrylique et d’aquarelle. Deux mouvements :  le premier réel, concret qui est celui du « dripping » effectué sur le support au préalable. Il ne répond à aucune loi, si ce n’est de commencer par les encres les plus claires avant d’arriver au noir. Il est « défoulatoire », incantatoire et libérateur, je l’effectue loin de tout regard, dans un état extatique.

Le second mouvement est, lui, abstrait ou du moins « codé » selon des règles répondant à une représentation décidée par des géographes, schématisation d’un lieu existant quelque part. Ce mouvement est évoqué par la carte elle-même, la représentation d’une zone géographique donnée et l’usage concret et pratique qui en a été fait par le passé pour trouver son chemin d’un point à un autre, avant que je ne la « massacre » et revisite."

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Helena BARROSO

texte et photographie

Les îles, anciens quartiers de la ville de Porto

 "L’île"

Une île secrète au milieu de la ville qui l’ignore. Les ruelles sont trop étroites pour mériter leur nom et les maisons, serrées les unes contre les autres, se dilatent sur l’extérieur pour mieux conquérir le monde. Tout se sait, tout s’écoute à travers les parois fines : les déboires, les rages et le bonheur. Aucun secret ne peut rester longtemps caché. Il faut qu’ils s’aiment, ceux qui y vivent, pour se disputer et se maudire. On les imagine, sur le pas des portes, tendant le bras pour une poignée de sel, les lèvres prêtes à proférer médisances. Leurs voix résonnent sous un parasol quand ils reviennent du travail et s’assoient pour une cascade de rire ou de furie contre les mauvais tours que la vie leur a joué. Les chiens aboient si un intrus a le malheur de s’y infiltrer. Ici, on n’aime pas les visiteurs et leurs questions frivoles. On répond sèchement, dans l’espoir de silence. Ici, on n’aime pas parler pour ne rien dire.

Helena Barroso, professeure à l’Ecole Supérieure d’Education de Lisbonne. J’ai longtemps pensé, en contraste avec toutes les histoires que je lisais et qui rendaient indistinctes les limites du probable, que je n’avais aucune imagination et que l’écriture n’était pas une option pour moi. Puis, un jour, j’ai écrit une histoire, puis une autre, et encore une autre. J’ai découvert que je vivais autrement quand j’écrivais, que l’état dans lequel me plongeait l’écriture était à la fois effrayant et magique, que celle-ci me permettait d’aller voir ailleurs et autrement ce que je ne voulais pas regarder en face. 

Milène TOURNIER

"Ce que m'a soufflé la ville"

extraits de son recueil paru aux éditions Le Castor Astral.

« Je suis un vieillard »

A réclamé, fier, dans le métro,

Un siège, le vieillard.

 …

 

L’oiseau a sifflé en plein Paris, trois petits coups vifs,

Et l’enfant lui a répondu,

Et l’oiseau à nouveau a sifflé, trois petits coups encore,

Et l’enfant lui a répondu,

Et l’oiseau encore une fois,

Et l’enfant cette fois-ci osa

Ne siffler pas et ainsi

Vérifier son pouvoir et admettre

Que l’oiseau lui enseigne

Modestie,

Puisque sans sa réponse,

Bien sûr

L’oiseau siffla encore,

Les trois mêmes petits coups vifs.

 

...

 

Bibliothèque Melville.

C’est avec sa même autorité de conteuse

Que la dame a formé un cercle autour d’elle d’enfants et parents, dans la bibliothèque,

A chanté avant chaque histoire et dedans, selon les personnages,

A élargi le cercle jusqu’à moi qui pourtant venais là pas du tout pour ça,

A fait taire la vieille dame un peu folle qui l’a interrompue pour parler de Dieu le père,

Et j’ai pensé à mes frères que les conteuses mettent mal à l’aise, je crois

À cause, entre autres,

De cette autorité si ronde.

….

 

Chaque jour leur fils vient

Fleurir et arroser et maintenir

La tombe de ses parents vivante.

Milène Tournier, 

Ci-dessous des captures d'écran de son merveilleux film "l'alchimiste et sa mère"

Sa chaîne youtube : https://www.youtube.com/@MileneTournier

Milène Tournier écrit des livres de théâtre, poésie, et des poèmes vidéos. Son dernier recueil (février 2023, Castor Astral) « Ce que m’a soufflé la ville », esquisse une écriture de la déambulation. 

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Gracia BEJJANI

Texte et images

de son film magnifique "Pays de sang sonore"

"Ville parolante"

ça commence, étreintes de pneus

mon pays de sang sonore

ses camions, masse déferlante

 

ça commence, débris de souvenirs

mémoire me trimbale

l’autoroute, jungle de paradoxes

pastiche de vie sauvage

nos histoires, nos survies

je regarde comme l’on nomme du doigt

n’a-t-on pas appris le monde sur les pages des livres

 

ça commence

je me touche la cuisse

que corps se raccroche

je joue à avoir compris le réel

à savoir faire rouler les jours, crisser le temps

comment prendre la vie au sérieux

quand c’est courses aux tournants, girafes et fleuve

j’ignorais mon pays savane

l’isolement des hommes se promène paysage

sourd à l’empathie des sirènes

 

ça commence, capitale quittée petite

capitale a grandi comme heures d’enfants

se protège comme humains, barricades d’acier

elle fuit dans d’inaccessibles cieux

 

ça commence par leurs gestes : qui brasse, qui pousse, qui choie

je ferme les yeux, entendre radoter mon enfance d’avant

ma ville épaisse, en ma peau cloutée

je suis sa petite, son désordre

 

ça commence, paroles de taxi :

les politiques le pays le peuple

 

ça commence par le chant humide de sa voix

par ses yeux rétroviseurs

j’acquiesce à tout

 

ça commence, errances étales

mon visage devine le vent, fixé aux entailles de l’air

renifle les horizons, vitre fermée

touriste chez soi, comme visiteur sur terre

hôte de sa vie

 

ça commence en accolades de loin

ballotés entre éblouissement et marée de ténèbres

on manque les bras ouverts des montagnes.

Gracia BEJJANI

J’ai quitté le Liban à 20 ans. Je n’ai jamais quitté. J’écris, je filme, photographie, écris. Programmée au Festival Extra Litteratube, à Beaubourg. Publiée par le Courrier International, la Plume Francophone, hors-sol, le site Ici Beyrouth… et dans diverses revues de poésie comme Décharge, Wam… • Site personnel https://graciabejjani.fr/ 

• Chaîne vidéo https://www.youtube.com/c/graciabejjani • Podcast : https://anchor.fm/gracia-bejjani

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Pierre COHEN-HADRIA

Texte et choix des photographies engagées

on revenait du cinéma et on a croisé celui-ci en forme de plaisanterie peut-être – c’était à la nuit et le film n’était pas si mal (Youssef Salem a du succès (Baya Kasmi,2022) pour tout dire) on était dans de bonnes dispositions – une ombre plutôt féminine dans le vert des arbres et un maire qui vous présente – à un autre moment tout autre chose mais cet amusement aussi, quelque chose d’espiègle – du lourd pourtant en pensant à d’autres organismes qui périssent de manque d’eau et de  nourriture ne serait-elle que terrestre – on a marché dans les rues, on a crié, on a ri on s’est parlé on a eu froid on s’est tenu chaud on s’est promis de oui revenir et gagner – oui – revenir   

Pierre Cohen-Hadria 

Pour vous j’ai trouvé deux images – il y en a des milliards qui circulent ou qui restent accrochées aux murs aux vitrines aux présentoirs panneaux d’affichage publicitaires administratifs information municipale ou urbaine – on se perd dans la contemplation de ces supports mais comme c’est le moment – il y a David Crosby et Marcel Zanini qui sont partis ces jours-ci vers d’autres horizons (espérons encore si tu veux bien) – je veux dire celui des vœux !

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Présentation de Pierre Cohen-Hadria

Mes projets sont nombreux mais plutôt en panne - j'y travaille avec déliquescence en réalité (des textes surtout, issus des ateliers d'écriture, qu'il faut que je travaille, notamment l'un d'entre eux, Norma et un autre sur le parc de la Villette dont on peut retrouver les teneurs sous l'onglet "atelier " du site "pendant le week-end" : 

http://www.pendantleweekend.net/category/pierre-cohen-hadria/ateliers/

quelques liens vers le journal :

http://www.pendantleweekend.net/category/pierre-cohen-hadria/journal-quotidien/

la maison[s]témoin :

http://www.maisonstemoin.fr/

chez Denis Pasquier (https://denispasquier.com/fr/accueil) éditeur photographe) un livre est à paraître "L'ombre blanche, le street artiste Rue Meurt d'Art" avec un texte qu'il m'a demandé (j'ai collaboré de nombreuses années avec cet ami - disparu en décembre...) : nous le présenterons en librairie ce printemps avec l'artiste en question (Jean-Marc Paumier) (http://ruemeurtdart.com/)

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Collage de Jean-Pierre GALLAIS

Texte de Béatrice VERGNAUD

"Plume"

 

 

L’oiseau laisse des plumes

La plume d’oie pour réchauffer

La plume de paon pour faire joli

La plume qui caresse

La plume qui chatouille           

Et puis un jour un trouvère

Trouvant la plume

Trace sur le vélin

Des mots sibyllins et avec lui

Des inventeurs et des maîtres

Des notaires et des curés

Des médecins et des musiciens

Et des Voltaires volcaniques

Et des Molières moqueurs.

Et Pierrot écrit écrit

Et Colombine sourit sourit

Mais clic clic clic

Passe Wanadoo

Qui leur fait les yeux doux

Et finit les mots bleus

Ecrits à la plume

Restent les mots figés

Des écrivains volages

Et la plume importune

Transhume dans la brume.

Béatrice Vergnaud réside en Gironde où elle a fait ses études en Sciences humaines et sociales. Elle écrit des poésies contemporaines et des nouvelles : parutions dans nombre de revues littéraires de pays francophones. L’anecdotique comme les faits de société sont ses sources d’inspiration.

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Collage de Jean-Pierre GALLAIS

Texte de Fazia Raja

 

"A ne pas y arriver"

A grise allure pour ne pas y parvenir

je m'y rendrai demain

trajets d'encens, petite chute des pieds

d'escaliers en escalades pour toi

la tête à pieds joints jusqu'au sable

ma ouar ma ouar ma

ouarza reviens-moi demain

à pleurer lourd du sable sacre

car on ne peut y parvenir

d'infini fou en astragale

est-ce ma tristesse de janvier

fredaine à ramper

comme ample silence hébété dans les yeux

je marche et parle lent en dedans

pourtant ils y arrivent, eux

à lever l'ancre au bastingage

comme neige monte par degrés

les escaliers des villes

Fazia Raja

Jean-Pierre Gallais : Autodidacte par choix. Adolescent, j'ai pu bénéficier d'une forme éducative ouverte sur la culture et l'art qui ne m'a jamais quitté. La poésie, la sculpture et le collage sont directement issues de ces apprentissages que maintenant j'essaie de faire connaître . Le cheminement ou le fil conducteur serait uu sentiment de résistance afin de rester au plus près de la liberté d'expression...

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Zohra MRIMI

Alice parlait aux cartes comme à des gardes,

Peut-être fous

Elle divague, 

Ou folle

Tous ceux qui touchent un arbre sont des arbres,

 ils se racontent la tempête puis le calme, 

Tous ceux qui sont en ville, mangent dans leur lit,

Ils manquent de conversations au premier étage, rue des gri....

Je ne sais plus....

Des voix s'échappent violentes par les fenêtres, les caves

Comme des chats, elles ont griffé le sol,

Elles tapent les murs, les gens,

Et ce grand lampadaire vient lécher ma main,

Puis l'air

Sa tête touche les seins d'une dame,

Puis le ciel

La nuit, les arbres sont des cro-magnons qui se grattent

J'ai parlé de toi à un banc, puis six bancs

Quelques mots de Zohra sur ses projets

L'Harmattan va très prochainement publier mon deuxième recueil qui s'intitulera "Le Nom de Mon éternité"...Après un premier recueil "Le jour fait l'adieu" publié en 2019 (éditions Z4) l'écriture reste ma grande pièce à vivre, Un appartement, une maison, un jardin .... c'est trop étroit, il nous faut tant d'espace.....

Peinture : Modigliani, vers 1917... Mme Kisling.

Véronika Viviane DIMICOLI

Texte et photographie

N’oublie pas, petit,

 

Si les murs, la nuit,

sont de brutes plus que de briques

et de ciment plus que du son,

si à leurs pieds tu « t’enTétris »

et que ta tête est de béton,

si tu as perdu ton cœur

le dos collé à leurs rancœurs

si tu vas droit dans leur butoir

que tu te heurtes à leur fermoir,

 

N’oublie pas, petit,

 

que la nuit tous les murs sont gris

mais qu’au creux de ton sommeil,

tous les murs ont des oreilles,

alors

bâtis ta citadelle,

dresse tes châteaux,

dépose ton armure,

fais le mur, petit

et murmure leur au point du jour :

 

« L’Amour gagne toujours,

L’Amour gagne toujours … »

 

Véronika Viviane Dimicoli

Square Marie Curie. Paris. 2019

Comédienne, auteur et metteur en scène, Véronika Viviane Dimicoli fonde la Cie Folheliotrope en 2015 où elle signe une première création primée au Festival Off d'Avignon en 2018, inspirée de témoignages d'enfants placés. Elle a créé depuis deux contes musicaux en cours de production dédiés aux enjeux de l'écologie. Lauréate du prix de poésie jeunes de la ville d'Angers en 1989, elle a publié depuis des poèmes, des nouvelles et des entretiens dans plusieurs revues littéraires. Plus d'informations : http://www.veroniquedimicoli.com

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José NOCE

Texte et tableau

Bucarest

Deux jours d’orage

D’eau et des espoirs

De trombes flashées

De colères amazoniennes

Des enfants qui jouent

Sur une flaque immense

A poser des passerelles

En mosaïques de noir bitume

Le Parlement sinistre impose

Sa rotondité de pierre grise

Prés de la vieille ville taguée

Les grands palais décadents

Et décatis

Aux lustres faramineux

Abritent des expositions hétéroclites

De croûtes et de merveilles

Inespérées

Dans les rues piétonnes

De l’old city center

Pas très loin des mannes de Dracula

La strada Franceza

Nourrit les noctambules pas très clairs

De gastronomies internationales

Au restaurant Martina

Sur un mur de velours noir

Des répliques en stuc blanc

Du Moïse de Michel Ange

Invitent au trouble métaphysique

Epicé à la N’duja

José Noce, terrien d’origine, lunaire de vocation. Ex entraîneur titulaire de français, maintenant auteur et artiste international contemporain français, hédoniste intermittent du spectacle existentiel…

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Marie J. BERCHOUD

"Rien. Il se taisait, œil noir et poings serrés, puis d’un coup, hurlait, jetait, fracassait ; vidait les bibliothèques à sa portée, après l’étagère des livres sacrifiés, celle du dessus. Sans un mot, juste sa respiration sifflante. Il faudrait donc le tuer ou menacer sa vie pour qu’il parle ? À ce train-là, jamais les petits ne sauraient quel être inouï était prisonnier en lui. Eux aussi retenaient leurs cris, leurs larmes et leur respiration même. La vie continuait. Avant après sa mort. La même et différente, une perte et un retrait, un horizon autre et entre rescapés d'enfance spéciale, on se reconnaît - d'instinct ? Non, de regard."

Photographie : "Cent ans d'amour", Nelly Elmaleh, éd. Marval / France Inter)

Marie J. Berchoud : D'une enfance fracassée, que dire sinon que le salut est dans le partage? Le salut et la santé, comme en espagnol, salud !! Et voilà pourquoi j'écris, je joue, je partage. Derniers partagés : nouvelles dans la revue Labyrinthes, 1ers numéros en libre accès sur a...zon, dans le n°1, nouvelle en lien avec ce texte...

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Valérie CASSISA

L'hommage à la ville, sur un coin de trottoir

La ville est bleue comme Orange

la protégée d’Auguste qui l’honore de son salut marmoréen

Sous son ciel de cobalt ses pierres ocres nous renvoient 

l’écho lyrique porté par les divas et les chœurs

Demeurer là, dans l’antre romaine deux fois millénaire

pour écouter les pierres taillées parler des vétérans

de César et Prosper Mérimée 

Hommage appuyé à tous ceux dont l’existence a œuvré

à la conservation de cet abri onirique et permis

Fêtes romaines ou Chorégies

Tout simplement

majestueux, impressionnant 

...

Valérie Cassisa est enseignante d'anglais au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois.

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Création graphique de l'artiste MAÏPO

Texte de Samia AMAR BEN SABER

Agitation du métro, bruit métallique des roues sur les rails, 

Concert de talons qui claquent au sol et hâtent le pas,

Usagers et travailleurs pressés,

Bousculades à souhait. 

Dans le wagon,

Chacun est isolé,

À appuyer sur les touches, 

À frapper les touches, 

À marteler les touches, 

Le bruit des touches, 

Le cliquetis des touches résonne. 

 

Discussion cordiale entre collègues 

Pour éliminer les sons parasites ; 

Bourdonnements, sifflements, tintements, échos ;

Échos de la vie, de l'animation et de l'énergie,

Qui reflètent la ville ; 

La ville qui s'exprime,

Qui gronde, 

Qui s'affirme. 

Le jour cède la place à la nuit,

À la douceur, aux rêveurs, à l'ailleurs. 

Chut : goûtons au silence et à l'absence d'affluence. 

Samia Amar Ben Saber est enseignante d'anglais au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois.

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Photographie de Jean-Luc RAHARIMANANA

Texte de Jamal MARAOU

"Barouf"

Il est tard je sors

Qu’il pleuve à torrent 

qu’il vente à t’en arracher la capuche, que le froid me cisaille les doigts et le nez 

tous les soirs je sors 

Une fois que la musique est lancée, je marche jusqu’à l’épuisement dépense énergétique drogue intellectuelle je ne sais plus pourquoi je fais ça chaque soir des ambiances dansantes aux mélodies les plus tristes de mon répertoire les écouteurs ouvrent la marche décident de la cadence des pensées de mon humeur des décisions ces décibels qui tapent dans les oreilles contrastent avec le silence de la nuit. Silence réduit en miettes par le bruit des jeunes qui recherchent des sensations à bord de leur petite voiture. Pneus qui crissent, musique écrasante,

les chats errants sortent de leur cachette pour fuir, quel barouf.

Et le bruit strident ira mourir au bout de la rue

pour redonner place à ce calme silencieux

qu’impose la nuit silence que rien ne contemple.

Car c’est écouteurs à fond

Que chaque soir, je sors. 

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Créations picturales et textes

Mokhtar El Amraoui

LE CHANT DE MON OUD

 

Sauras-tu écouter,

Sur le fil tendu éperdu des heures,

Mon oud fêlé, qui pour toi,

S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?

Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant

En courbes, le sang fatigué,

Pourtant, tant enchanté de mon attente,

De mon inextinguible soif

Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées

Et aux galbes dressés de tes seins parfumés

Par tant de désir retenu, détenu

Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !

Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?

Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,

Qui en nous, qui par nous, qui pour nous

Se font chair,

Se font voix,

De nos chairs,

De nos voix,

Voix de nos chairs,

Chairs de nos voix

Et renaissent à leur quintessence,

Sans peines ni souffrances,

De fontaine t’attendant, en stances

Se tendant, s’étendant

En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs

S’offrant aux feux de tes lèvres,

A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,

Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs

Si lactés convolant en justes notes égarées

Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées

Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,

En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs

De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur

Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,

En fusions enivrées de danseurs !

Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes

Tes furtifs sourires d’apeurée

Pour les faire planer

Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !

Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres

Qui veulent étouffer les chaudes braises

De ton corps qui brûle dans cette geôle

Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !

Ecoute-le, mon oud, mon cœur,

Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :

« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées

Qui méritent leur chemin de volupté,

Pour laisser fleurir, à jamais, l’or

De ce splendide bonheur,

Le sublime droit d’aimer ! »

 

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

 

L’HYMNE AU POEME

 

Poème !

Soleil de mots et de voix

Constellation des rives

Vibrant du sang des mémoires offertes au silex

Aux pointes des marches des gestations cosmiques

Tu es l’insaisissable qui saisit les tourments

Tous les pas de la tourmente écrite

En questions en leur explosant silence

Poème boum !

Houle de stigmates et baume aussi

Qui sait panser les blessures des épines

Poème bohème de troubadours persécutés

Pourchassés de leurs nids célestes

De leurs arbres de rêves-trêve

Qui crèvent

Sous l’arbitraire verglas des tyrannies putrides

 

Poème !

Tu réinventes le chant du sang

Tu sais faire des larmes des étoiles

Et des étoiles des choeurs de coeurs

Aux champs ascendants

Où ne cesse de renaitre l'amour

En ses chaudes matrices semées

Des multicolores splendeurs

Des pages de l’azur et de ses mers

Aux vagues des bras

En leurs infinies pérégrinations

De pertes et retrouvailles

Tu es la vallée des grandes attentes

Source des cieux d'ombres calcinées

Nubiles rêves des délaissés

Contes aux chemins de brouillard

Avec tes cierges, poème,

Tu rallumes les essences des chairs mortes

De tant de chaînes

En leurs tracés de désirs rebelles d’oiseaux libres

Tu es l’ouragan quand on te fusille !

Oliviers de Palestine aux racines stellaires !

Chaudes grenades d’Andalousie

Aux incandescences volcaniques !

Aigles des cimes de Tunisie !

Indomptables rebelles d’Algérie !

Et tous ces fiers poings dressés

De lumière d’Irak et de Syrie

Psalmodiant les étreintes de feu

Abou El Kacem Chebbi

Léopold Sédar Senghor

Mahmoud Derouiche

Federico Garcia Lorca

 

Poème !

Tu es leur rire éternel

Contre la gueule horrible du bourreau

Lumière chevauchant son pégase

Au souffle de danse

Tes pas dessinent la cartographie des retours

Vers les fusions tonitruantes

D'amour roulis roses n'ayant de point

Que ceux des mains pointées

Vers le magma des chants

Poings décrétant l'aube

S'ouvrant sur les graines

Aux ailes des nouveaux-nés

Arc- en -ciel des paumes

Où gît en alerte

La trame des chemins

D’où surgit le rêve en parchemins de vers

Haletant de vie

Comme cette inépuisable mer des voyages

Suspendue aux lèvres des mots

Contre les maux des livres tues

Qui s’entêtent à dire à parler à crier

A se lever se relever !

Face aux bâillons les maillons de vie et d’amour

Contre l’oubli là où l’espoir nécessaire luit !

Poème, je t’aime !

 

©Mokhtar El Amraoui in «Nouveaux poèmes»

Le poète-artiste Mokhtar El Amraoui est né  le 19 mai 1955 à Mateur, en Tunisie. Ses recueils :"Arpèges sur les ailes de mes ans", "Le souffle des ressacs" « Chante, aube, que dansent tes plumes ! » et « Dans le tumulte du labyrinthe ». Il s’inspire de la /sa vie, son imaginaire et la nature. 

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Composition graphique de Mokhtar El Amraoui

Texte de Anne Dejardin

« Il y avait les voix des villes et les voix des champs, chacun la sienne, de lui, d’elles toutes et par-dessus les autres leurs voix à elles deux, la grande ville et le village, qui n’étaient même pas du même pays, et c’était la guerre entre elles, à vouloir parler plus fort comme recouvrir les mots de l’autre, comme la faire taire et lutter Belgique contre France à qui gagnerait et en sourdine ce qu’elles voulaient lire et chacune avait son idée de ce qu’il serait bon d’écrire, ceci plutôt que cela et pour finir juste sa voix à lui, venu d’on ne sait où avec son pyjama d’Halloween et ce qu’il dirait serait resterait, parce qu’il était bien le seul à avoir trouvé sa place. »

Écrit dans le roulement d’une voiture sur papier de fortune quand l’urgence est de dire merci aux Villes en voix, pour cet espace de création.

 

 

Anne Dejardin "Quand je n’écris pas, je brode les mots des autres et quelques fois les miens (https://www.instagram.com/dejardinanne/). Quand je n’écris pas, je lis les textes des autres et quelques fois les miens depuis ma voix ou celle d’Hortense anne dejardin - YouTube

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