Les amulettes au désespoir
- Collectif Les Villes en Voix
- 16 nov. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 déc. 2025
Les soldats tournent la tête, sourient, se consultent du regard, leur dégaine est presque sympathique si on omet le treillis et la couleur verdâtre, et les flingues, les longues mitraillettes tenues droit devant, qui poussent de leur ventre. Ils sont jeunes, la vingtaine et encore. Ils sont filmés de profil, ils attendent quelque chose. En face d’eux, de grands hommes assis à même le sol, leurs visages sont floutés sur la vidéo qui passe à l’écran, ils sont l’un à côté de l’autre, comme dans une rangée à l’école. On voit les longs gestes de leurs bras, on ressent cela, qu’ils essaient doucement de communiquer, ils n’ont pas d’armes, ils sont par terre, leurs jambes sont immenses, comme celles des grands Touaregs du désert, tout le monde a vu cette vidéo aux informations. Ils sont vivants, ce sont des géants, immenses et vivants. Et soudain, les mitraillettes. Quelques claquements, juste quelques bruits. Et toute la partie gauche du film tombe dans le flou. C’est une coupure très rapide. Et les corps par terre, disloqués , abattus. Dévastation. Les hommes en face, qui ont tiré, ne les regardent plus, sourient, agitent des dreadlocks, ils sont jeunes et beaux, ils tournent le visage, on voit les lunettes de soleil très branchées, ils ont renversé des corps comme des boîtes de conserve dans une fête foraine.
Soudan, novembre 2025.
Les mains saisissent, pleines poignées, des fétiches dont ils massacrent le visage contre des bords de murets, des pierres, des impacts. Ils cassent, ils déboîtent. L’esprit tombe au sol, c’est un oiseau brisé par le visage, un totem amputé du ventre et des bras, du cou, de ses armes, longues lances qui dépassent de la tête. Ne sont plus que des bouts de bois broyés.
Le mal de ventre immense. Soudan martyr.
Françoise b.








Commentaires