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Le Silence des Livres, de George Steiner. Editions Arléa, 2007.

Cum libellis loquor

Je parle avec les livres

Pline le Jeune

Cela me chiffonne toujours un peu, avec les livres, qu'on en vienne tout de suite aux grands mots. L'Amour des livres, la Haine des livres, la Fureur de lire... Ma foi, quand je pense aux livres, je ne vois pas un bûcher, je vois un jeune garçon assis au fond du jardin, un livre sur les genoux. Il est là, il n'est pas là; on l'appelle, c'est la famille, l'oncle qui vient d'arriver, la tante qui va s'en aller : "Viens dire au revoir !"; "Viens dire bonjour !" Y aller ou pas ? Le livre ou la famille ? Les mots ou la tribu ? Le choix du vice (impuni) ou bien celui de la vertu (récompensée) ? Quand Larbaud emploie cette expression de "vice impuni", c'est l'adjectif qui m'intrigue. Impuni, vraiment ? Il y aurait donc une sorte d'impunité de la lecture ? Eh bien, oui. Un privilège de clandestinité qui permettrait en somme de poursuivre les opérations en toute tranquillité. L'oncle est là, la famille est rassemblée autour de la table, on parle de la situation, et le jeune garçon qui était au fond du jardin fait bien semblant d'écouter. Mais il a son silence, ses affaires personnelles, la course invisible de Michel Strogoff à travers la steppe, tout cela dans le brouhaha des carafes, des serviettes, des voix, des rires. Il a obéi à l'injonction, simple question d'espace, mais il continue de trahir en pensant à autre chose. On ne lit pas à table ? Aucune importance, le livre continue à se lire en lui; un peu de patience, et il y aura bientôt la chambre, le silence de la lumière derrière les persiennes. C'est tout l'admirable début de La Recherche, le paradis de Combray et des "beaux après-midi" de lecture à l'ombre du marronnier, le refuge dans la guérite où opère la métamorphose, un autre temps naissant à l'intérieur du temps, un autre monde surgissant des limbes. Les heures sonnent au clocher de Méséglise, mais le narrateur ne les entend plus - "quelque chose qui avait eu lieu n'avait pas eu lieu pour moi; l'intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d'or sur la surface azurée du silence".

Les Guérisseurs, Elodie B.

Toile peinte en novembre 1998. "Se regarde probablement longtemps, au fond d'une chambre de malade. Permet de guérir, parfois."

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couple légendaire de sourds-muets dans le film émouvant de Takeshi Kitano, A Scene at the Sea. Film de 1991, Japon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Won Sou-Yeol

Sans titre, 2003, 117 x 91 cm. L'original a été exposé à la Galerie d'art L'Ecole des Filles de Huelgoat, dans le Finistère.   

 

 

 

 

 

 

"Être, être, être"

Xavier, artiste angevin

peinture sur bois et collage

1997

"Hêtre, hêtre, hêtre"

à l'arrière d'un jardin, d'un champ, d'un verger, oublieux de tout puisqu'enfreints du monde.

Dans l'arrière pays de l'Yonne, petite bourgade isolée. Photographie prise chez une grande dame de 85 ans, qui - au risque de s'isoler un peu plus chaque jour - préfère vivre parmi les oiseaux et les arbres.

"Le plus difficile est l'abandon de la parole" 

N, Eric Pessan

Editions Les Inaperçus

Lecture de Jamal Maraou (écouter sur la page de l'accueil)

« Comment s’arracher à l’enfance

les mains pleines de terre,

d’ odeurs

d’effluves

de rivières.

A creuser, retourner, enterrer, déterrer,

ne plus savoir ce qui nous appartient,

ce que l’on a vécu, rêvé ou fantasmé,

quand tout est là, à portée d’espoir.

Remonter à l’air libre,

trouver le souffle

envoyer loin

envoyer haut

que s’emmêlent

se mêlent et se tordent les sens de la vie.

Et violemment,

Voler et fracturer

sans réduire la rime,

sans bouleverser le champ,

sans écraser les donnes,

révéler, recéler,

les non-dits,

mots jolis,

mots froids,

caricatures de vie,

fragiles, forts

alignés comme décatis

aveugles, figés

collier de perles

nacre de peau.

Blancs.

Tirer, frotter, secouer, tuer, revivre, graver, jeter,

Perdre dans l’immensité pour que reviennent comme boomerang

L’opacité du fleuve

La liberté,

La vie.

Broyer, diluer, brûler, fondre, nouer.

Les mots ne meurent jamais

Incarnés qu’ils sont dans l’espace et le temps

Dans l’empreinte des pas, le pigment de la peau

Dans l’encre du regard

Dans la cendre du vent.

Puis nager dans les eaux

Dériver,

Ballotter,

S’immerger,

Pour enfin, dans le silence...

Se noyer. »

Annie van de Vyver, Mes habits de silence

Editions Peigneurs de Comètes.

Toile : Annie van de Vyver.

*Breath*
 

On respire la vie comme si elle était nôtre. 

Et six pieds sous terre, du fond de notre tombeau, on implore la mort de nous laisser encore un peu respirer. 

De nous laisser inspirer son oxygène puis rejeter son dioxygène, de sentir l'air en fermant les paupières... Les rouvrir et à nouveau sourire à la vie. 
 

Ô Mort ! 

Laisse-moi donc parler une dernière fois. J'aimerais tant dire à tous ces êtres qui m'étaient chers combien je les ai aimés. 

Laisse-moi donc toucher une dernière fois ma mère. La prendre dans mes bras puis sentir sa douceur. Laisse-moi donc, laisse.. moi toucher celle qui m'a enfantée. 

Laisse-moi donc voir une dernière fois cet être qui m'a comblée. Laisse-moi regarder sa peine, essuyer ses larmes et le sentir tout près de moi. Laisse-moi contempler ma moitié, mon alter ego, celui que j'ai épousé. 

Laisse-moi donc ressentir les joies de la maternité. Laisse-moi sentir mon enfant blotti contre mon sein, laisse... Moi l'abreuver de sa faim. 
 

Hier je vivais. Aujourd'hui je meurs. 

Je pleure demain car je ne serai plus...

Plus qu'il ou elle conjugué au passé.

Plus qu'un atome parmi tous ces êtres que la mort te prend et ne te rend pas. 

Il est, enfin, elle était...  

J'aimerais revivre mais mon heure a sonné; c'est le moment des "A dieu" et vous n'entendrez plus les battements de mon cœur. 

Vous ne verrez plus ma sale gueule, vous n'effleurerez plus ma personne, vous ne me sentirez plus !
 

Voyez donc ce silence qui persiste, je vous parle mais vous ne m'entendez pas. 
 

JE SUIS MORTE.  
 

Sylla Rokia"Breath".

Toile : Annie van de Vyver.

Serge Teixeira

Photographies réalisées pour Les Villes en Voix sur le thème du silence.

Silences

Le réveil sonne – un nouveau jour commence, qui sera bien rempli. Le sprint matinal pour se préparer à aller travailler, le petit-déjeuner vite avalé, les enfants à habiller – mince, j’ai oublié de démarrer la machine à laver ! Puis les kilomètres à faire, les klaxons qui retentissent, le portable qui vibre de nouveaux messages.

         « Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens Te demander la paix, la sagesse et la force. » Combien nos réveils semblent éloignés de cette prière de sainte Thérèse d’Avila : le début du jour synonyme de quiétude pour mieux se ressourcer auprès de Dieu et Lui demander ce qui doit être l’essentiel de notre journée.

         Parfois, dans un éclair fulgurant, nous prenons conscience du caractère effréné de notre vie moderne, alors nous nous ménageons des pauses, des temps de méditation, des instants privilégiés de calme… Et cela n’est pas sans apporter son cortège de craintes. Car quand je demeure dans le silence, face à moi-même, à ce que je suis fondamentalement, dépourvu de tout artifice, un sentiment vertigineux ne tarde pas à s’emparer de moi – ce moi, qu’est-ce donc ?

         « Sois attentif, Job, écoute-moi ! Tais-toi, et je parlerai ! Si tu as quelque chose à dire, réponds-moi ! Parle, car je voudrais te donner raison. Si tu n’as rien à dire, écoute-moi ! Tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse. »

         Le silence, ou autrement dit la possibilité de s’ouvrir à un dialogue intérieur. Dialogue dont les qualités intrinsèques sont l’écoute, la parole raisonnée, l’attention portée à l’autre. Et l’interlocuteur de Job, c’est justement le Tout-Autre, Celui qui nous est infiniment loin de par sa perfection mais aussi infiniment proche grâce à son désir de vivre au-dedans de nous. « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Zachée, le pécheur, celui qui se tient bien en hauteur, est celui que Jésus choisit pour hôte.

         Chaque nouveau jour qui commence, rappelons-nous cette parole du psalmiste : « Garde le silence devant l’Eternel, et espère en lui. »

 

Edith

Il est 14H49, heure d’un rituel : celui de la prière dite du milieu. Vite, j’écarte les livres qui jonchent la table de la bibliothèque où je me trouve. Heureusement, je suis en état d’ablution.

 « Accomplis la prière en son temps. »

Un rendez-vous à ne pas manquer, un appel à jouir de la compagnie de Dieu. Assise, je chuchote les sourates et accomplis discrètement les gestes qu’il m’est possible de réaliser. Cinq minutes de prière durant lesquelles le quotidien routinier s’efface, un temps durant lequel j’entre dans un silence religieux et continu. « Excusez-moi s’il vous plaît, il y a quelqu’un à côté de vous ? » Rien ne peut rompre l’harmonie du recueillement. La qualité de la présence dispense de toute parole.

« As-tu acheté le pain pour ce soir ? », entend-on dans le métro. « Avez-vous la carte fidélité du magasin ? », entend-on au passage de chaque client à la caisse du supermarché. « Vous pourriez faire attention ! Vous voyez bien que je boite ! », entend-on dans la rue en fin de journée. Le monde est toujours en alerte ; et si l’on ralentissait ? Et si l’on s’arrêtait pour écouter le silence ?

‘Celui dont la langue se tait, même si son cœur ne se tait pas, allège son fardeau ; celui dont la langue et le cœur se taisent tous les deux, purifie son "centre secret" et son Seigneur s'y révèle.’

Cette sagesse d’Ibn Arabi nous invite à deux types de silence, solidaires l’un de l’autre. Le silence de la langue, qui implique la maîtrise de nos réactions et le filtrage des pensées à verbaliser ; le silence du cœur pour y trouver la paix et… Dieu. Le cœur est demeure pour le Seigneur.  « Point de paroles superflues », me dis-je. La parole juste est fruit du silence. Elle est alors plus sage et réfléchie, plus douce et agréable.

A l’état du silence se rattache un itinéraire spirituel. Ecouter le silence, c’est mieux contempler les signes de Dieu, mieux les méditer, mieux les comprendre.

« Dans la création des Cieux et de la Terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les vaisseaux qui sillonnent la mer, chargés de tout ce qui peut être utile aux hommes, dans l’eau que Dieu précipite du ciel pour vivifier la terre après sa mort, et dans laquelle tant d’êtres vivants pullulent, dans le régime des vents et dans les nuages astreints à évoluer entre ciel et terre, dans tout cela n’y a-t-il pas autant de signes éclatants pour ceux qui savent réfléchir ? » (Coran, 2-164)

Selma

edith et selma

Le projet Nour est né au lendemain des attentats de novembre 2015. Edith et Selma, respectivement chrétienne et musulmane, amies depuis qu’elles se sont côtoyées dans le cadre de leurs études, décident d’unir leurs forces pour mieux faire connaître leurs deux religions et diffuser un message de paix.

Cela fera donc bientôt trois ans qu’un dimanche sur deux, elles envoient un courriel à leurs adhérents (une petite cinquantaine maintenant) pour parler d’une grande figure commune au christianisme et à l’islam (David, Noé, Jésus…), proposer une modeste exégèse d’un verset biblique ou coranique, ou encore présenter un projet local de dialogue interreligieux.

 

Si vous souhaitez adhérer à ce projet et recevoir leurs courriels, vous pouvez leur faire part de votre vœu à l’adresse suivante : es.nour.ic@gmail.com

« Tu la connais, ta vocation, à ce qu'elle pèse en toi. Et si tu la trahis, c'est toi que tu défigures, mais sache que la vérité se fera lentement car elle est naissance d'arbre et non trouvaille d'une formule, car c'est le temps d'abord qui joue un rôle, car il s'agit pour toi de devenir autre et de gravir une montagne difficile. Car l'être neuf qui est unité dégagée dans le disparate des choses ne s'impose point à toi comme une solution de rébus, mais comme un apaisement des litiges et une guérison des blessures. Et son pouvoir, tu ne le connaîtras qu'une fois qu'il sera devenu. C'est pourquoi j'ai toujours honoré, d'abord pour l'homme, comme des dieux trop oubliés, le silence et la lenteur. »

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), Citadelle (chap.56), Editions Gallimard, Paris, 1948.

Photographie : cartographie des relations entre peinture et poésie, musée de Barcelone.

Miro, Paysage, 1968

"Le silence est le refus du bruit, mais il résulte que le moindre bruit, dans le silence, devient énorme", déclare Miro. Un point diffus acquiert d'autant plus d'importance qu'il constitue le seul élément de référence, tout en faisant résonner l'espace. Il donne ainsi toute sa présence à l'espace en mettant en valeur la trame, la matérialité de la surface.

Photographie : Fundacio Joan Miro à Barcelone.

Photographie : métier à tisser à bras.

Fabrique de Lyon, dans le quartier de la Croix-Rousse, qui embauchait des milliers d'ouvriers...

Le terme de canut apparaît pour la première fois en 1805, usité uniquement à la Croix-Rousse. Le canut est un maître artisan tisserand travaillant manuellement à la commande et à la pièce pour le fabricant-négociant. Rêvant d’être propriétaire de son logement, il l’est néanmoins de son outil de travail, les métiers à bras.

Les ouvrières tisserandes appelaient leur machine la "bistanclac" pour reproduire les sons qu'elle produisait. Quand les fabriques ont progressivement fermé, les machines ne se faisaient plus entendre... 

Ainsi, pour les ouvriers, 

LE SILENCE = LA MORT DU TRAVAIL

Absence de vie sociale, de revenus, de diversité, de repères dans le temps, de variations qui sont de vrais marqueurs temporels, absence d'échanges, de rires, d'expériences nouvelles...

le silence des machines est un couvercle posé sur la vie.

Toile : L'Enténébré d'Elodie B.

Petit Pays de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens,

extrait p.142-143 au Livre de Poche.

Des machettes ont été distribuées dans toutes les provinces, il existe d'importantes caches d'armes dans Kigali, des milices s'entraînent, avec l'appui de l'armée régulière, on distribue des listes de personnes à assassiner dans chaque quartier, les Nations unies ont même reçu des informations confirmant que le pouvoir est en mesure de tuer mille Tutsi toutes les vingt minutes...

Une voiture est passée dans la rue. Pacifique s'est tu. il a attendu qu'elle s'éloigne et a repris dans un murmure.

- La liste est encore longue de ce qui nous attend. Nos familles sont en sursis. La mort nous encercle, elle va bientôt s'abattre sur nous, alors nous serons pris au piège.

Troublée, égarée, maman a cherché des yeux confirmation auprès de tante Eusébie, dont le regard fixait tristement un point sur le sol.

- Et les accords d'Arusha ? Et le gouvernement de transition ? a dit Maman d'un ton paniqué. Je pensais que la guerre était terminée, que les choses s'arrangeaient. Ce massacre que tu annonces, comment pourrait-il avoir lieu à Kigali alors qu'il y a tant de Casques bleus ? Ce n'est pas possible...

- Il suffira d'en tuer quelques-uns et tous les blancs de ce pays seront évacués. Cela fait partie de leur stratégie. Les grandes puissances ne vont pas risquer la vie de leurs soldats pour celle de pauvres Africains. Les extrémistes le savent.

- Qu'attendons-nous pour informer la presse internationale ? les ambassades ? les Nations unies ?

- Ils sont parfaitement au courant. Ils ont les mêmes renseignements que nous. Ils n'y attachent aucune importance. N'attendons rien d'eux. 

...

LE SILENCE = LAISSER AGIR LES BOURREAUX 

Toile : "Le visage de la réincarnation" d'Elodie B.

"Silence" de Cathy Adrien

Il fait nuit
Le silence est entier. Plein.
Sans intrus pour venir le troubler 

Le temps semble se figer
Dans cette nuit de février 
Toute question a disparu 

Le temps s'est enroulé comme une spirale hypnotique 

Pas le temps des humains 
Pas le temps des horloges 
Pas le temps de la création 
Écrit sur des équations 
Pas le temps des ondes silencieuses 
Vagues de l'espace 

Il n'y a pas de réponse

Un Homme

 

Celui qui eut l’idée d’ajouter un morceau de tissu sur le devant de son vêtement, tissu appelé ultérieurement, une poche, était un homme astucieux.

 

Celui qui eut l’idée de ne pas raser la pilosité sous son nez, on nomma cela ultérieurement, une moustache, était un homme imaginatif.

 

Celui qui a sifflé puis qui eut l’idée de noter  des signes représentant cet air, appelés ultérieurement, notes de musique, était un homme ingénieux.

 

Celui qui eut l’idée de différencier le pied droit du pied gauche des souliers destinés aux fantassins, souliers appelés dès lors, godillots, était un homme pragmatique.

 

Celui qui organisa le ramassage des ordures ménagères et le tout à l’égout, améliorant ainsi notablement la santé publique, était un homme avisé.

 

Celui qui, année après année, sans ébruiter son action, a fait une sépulture de sable pour ensevelir respectueusement tous les corps de migrants rendus par la mer sur la grève tunisienne, est un Homme : Chamseddine Marzoug.

Texte de Béatrice Vergnaud.

Toile de Baccio Maria Bocci, La Porteuse d'eau.

 

 

Mare nostrum  

 

Au chaud, dans mon lit,

Sereinement, j’entends le vent,

Rêveries…

J’irai sur la Côte d’Azur…

Et aussi en Calabre…

 

Toi, dans la grande bleue

Désespérant d’arriver.

En Calabre…

Cerveau tumultueux s’insurge,

Ogre gelant, nuit,

Où la mer finit-elle ?

Trimbalé… Bruit du vent…

Pourquoi moi ?

Nager, Nager…

Je ralentis… épuisement…

J’avale des goulées…

Asphyxié…

Trouver repos…

Sortir…

C’est la mort…          

Pas mourir…

Maman…

Maman…

Texte de Béatrice Vergnaud.

 

 

Infini mon amour
 

 

 

Le souffle court, les cheveux bouleversés, la larme glacée et puis ma main qui tremble… n’est-ce déjà plus l’été ?

Il n’y a pas de témoin, rien que du vent congelé, des branches mais pas de fleurs, rien de vert au compteur. Je crois que c’est l’hiver, je ne vois plus d’animaux. Où donc entendre des cris, de la rage, de la vie ? Ici il n’y a de bruit que mon cœur qui s’écorche en silence mon ami. Je veux explorer ce monde loin du reste des ondes, naviguer dans le passé, traverser le chemin des êtres non contaminés, encore phosphorescents, suant la vérité. J’aimerai tant pénétrer le silence oublié de l’infini mon amour.

 

Linda Bachammar

Associé au dessin Infini mon amour, aquarelle et encre sur papier, 50 X 70 cm, série Les Naturenales.