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Texte et photographie

Jean-Luc Raharimanana

Aujourd'hui, alors que t'emporte le vide, tu as lu sur les vents qui déplacent les dunes. Perpétuel effacement de ce qui a été écrit. Tu as lu sur l'impossible fixation, t'efforçant de comprendre le moindre signe, le sillage d'un serpent des sables, l'étoile tombée d'un rêve récurrent.

Tu as traduit des milliers de signe sans en trahir un seul. Ou plutôt en le trahissant de mille manières. Mais cela revient au même. De ne rien trahir et d'interpréter de mille manières. Tu as pris du recul pour mieux décrypter et tu as vu le désert. Le désert de ce monde.

RAHARIMANANA, extraits de « Parfois le vide », inédit, Noirlac, 2016.

Jean-Luc Raharimanana, auteur de 18 recueils, dont Rêves sous le linceul, Les cauchemars du gecko, Empreintes (Ed. Vents d'ailleurs), et le roman Revenir (Editions Rivages)

Premier lauréat du prix Jacques Lacarrière.

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Toile de l'artiste Maïpo

Texte de Mazim Mamoory

Traduction de Yasmine Rabhi

"Poêle de Nuit profonde"

 

Étrange, cette personne qui est sortie de mon bassin il y a quelques jours, n'a ni père ni mère

Mais il me touche toujours et devient un poids sur mon dos du côté droit.

Nous nous tenions devant le coucher du soleil, et la rougeur de la nature nous était étrangère jusqu'au lever du soleil.

Au matin, le nuage a lavé nos corps et fondu la douceur de la pluie. Je n'arrêtais pas de penser à l'amère absence de quelqu'un sortant de moi, et fondant avec le premier crachin qui lave la longue nuit du monde.

Mazim Mamoory, auteur du recueil "Cadavre dans une maison obscure" aux éditions Lanskine.

Traduction Yasmine Rabhi, élève de terminale au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois. Relecture et conseils de Samia Amar Ben Saber, enseignante dans le même lycée.

L'artiste Maïpo se présente dans l'A propos du site.

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Texte de Mazim Mamoory

"Sortir la nuit"

Je traîne dans les rues, je regarde les gens.
Je me sépare de moi-même en regardant des foules qui se bousculent afin de se promener, d'aller dans les cafés.
Errer dans le néant. Je parle de moi-même... De moi et des gens, et le reste des chiens errants et des chauves-souris.

Dans le contrôle étroit de l'avenue Arbaeen, à l'intersection, l'un d'eux portait un nuage endormi sur ses genoux et fredonnait à voix basse : ne pleure pas mon bébé, la pluie va bientôt arriver.

À une heure du matin, les chiens se battent brutalement pour de la viande blanche enveloppée dans des langes blancs.
La femme qui a jeté le lange blanc dans la rue se dresse comme une sculpture solide avec un nuage au-dessus de sa tête, pleuvant de larmes, des brumes de ses longs cris.

La nuit tomba sur les ruines entassées entre les ruelles des vieilles maisons. Le son des cris étouffés et des vieilles personnes échangeant des insultes et les étincelles des couteaux qui bombardent l'endroit de filets de sang versé.
Chaque fois que sa chair était coupée et jetée sur lui, son corps s'étendait sur les cachots, et ses yeux attachés aux fenêtres des maisons voisines voyaient ce qui montait des ruines morceau par morceau, et chaque morceau se matérialisait puis enflait. À plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elle diverge au début de l'aube; des maisons et des tas de gros morceaux de chair bouffie s'étirant jusqu'au ciel.

Mazim MAMOORY, poète irakien.

Traduction de Yasmine Rabhi.

N'hésitez pas à regarder les actions poétiques de Mazin, menées pendant des années bien douloureuses http://tapin2.org/   (rassemblées sous la présentation de Kadhem Kandjar).

Tout le site est très important, il est créé et maintenu par Julien d'Albrigeon (poète et performeur).

Toile d'Isabelle Becker

Territoire de la honte

par Fazia Raja.

Tour à tour elle apprend à détourner le corps, le buste, le visage

Rien n'est admis chez elle : les yeux, la bouche, la force du rire.

Chacun rêve de lui briser les os, de brûler le chant qui sort de sa gorge.

Les femmes la repoussent : geignardes blessées par la beauté.

Les hommes la frappent : elle leur échappe, ne répond pas au sourire.

A leurs yeux, elle est blasphème, assignée à résidence.

Giflée, parquée, interdite de rue, de salon, de tout regard humain,

parce qu'intimidante - sera bafouée, brûlée à l'acide, écrasée, chiffonnée

 - Supprimée.

Mais Carmen te regarde droit dans les yeux

- Et abat les cartes.

Le territoire de la honte, c'est ta haine, c'est ta violence.

Fazia Raja.

Isabelle Becker est artiste peintre à Strasbourg, ses toiles seront exposées à Six-Fours, le vernissage se déroulera le 20 mai à la Maison du Patrimoine. C'est un lieu ancien, une bâtisse centenaire qui se trouve dans un secteur battu par les vents en bord de mer.

Sculpture, gouache et texte

Valérie Claro

Le Fou

J’avais des voyages oubliés

Des petites folies surannées

Comme un rêve d’enfance

Une idée de grandes vacances

Devenir le grand explorateur

Des contrées sauvages du cœur

Mais

C’est l’exil qui m’a pris par la main

J'ai pris des trains comme des refrains

Le sillon des rails traçait mon avenir

Oui j'ai rencontré des souvenirs

Et des sourires pour m’abriter

Quelques nuits trop blanches

Mais aussi la pierre lancée

À mon front d’immigré

Alors je me suis mis à danser

Et rire à gorge déployée

Pour qu’on m’appelle Le Fou

Plutôt que l‘Etranger

Et j'ai poursuivi mon voyage

Vers d’autres lointains visages.

Valérie Claro, présentation de son parcours d'artiste sur l'A Propos du site.

Série de trois photographies

de JEAN-YVES COUSSEAU

illustrées par

trois poèmes de 

FRANCE BURGHELLE REY.

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Texte et photographie

Perrine Le Querrec

Scarabée

Le ciel se devine entre les étoiles
Une chouette derrière une statue
Un chevreuil devant la fenêtre
Des lézards entre les pierres
Des oiseaux, la liberté
Un scarabée au torse de centaure
Des insectes rouge noir or
Nous déplaçons les fleurs
De la main du cœur du menton
Nous plantons une maison
De la main du cœur du menton
Nous attendons que ça pousse

Perrine Le Querrec, auteure de nombreux recueils de poèmes : "Ruines" aux éditions Tinbad, "Les Tondues" aux Ed. Z4, "Rouge Pute" aux éditions La Contre-Allée, "Feux" aux éditions Bruno Doucey... 

 http://www.perrine-lequerrec.fr 

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Texte et photographie

Catherine Serre

Envisager le voyage immobile

la marche dans les villes : le poème des femmes vivantes

entremêlé de mille préoccupations : le corps,

la confrontation ou la contemplation,

au direct du paysage et de la marche,

au fort de la géographie,

l’espace des plaines contre le morcellement des collines,

je suis pas capable de citer vos noms,

est-ce un manque de bagage ou le manque

de votre écriture sur les routes,

ce pincement au cœur quand la nuit venue,

une ombre glisse derrière vous,

quand commence le voyage pauvre,

le voyage immobile

simple et sans exotisme

dans le monde du paradoxe et de l’évidence,

le voyage du nom de la chose vers la chose

ce qu’elle désigne et ce qu’elle symbolise

la promenade de la pensée et de l’immobilité,

le voyage immobile des mots

Catherine Serre, texte et photographie – écrit depuis longtemps et n'importe où, des mots au son et à la vidéo, une langue rythmée et imprégnée du sonore, tentative de vivre dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue papier et web, les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions aussi souvent que nécessaire, des expoèmes alliant art visuel et mots pour l’espace public, en Festival ou de par son initiative, et une chronique vidéo en ligne.

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Art graphique et texte

Céline Frédérika

''Territoires en tous sens''

Peut-on parler de territoires sans penser à la nature ?

Tel sera la direction et le sens de mon écriture...

A l'heure ou notre écosystème retient sa respiration,

Fragile comme une aile de papillon,

L'environnement souffre en silence,

Pendant que le scarabée danse,

Comme un équilibriste sur le fil,

Notre planète est fébrile...

Pendant ce temps, s'agitent mouches et moustiques,

Dans un ballet classique et féerique...

Territoires ou Terre y croire ?

Tel est la réflexion de ma trajectoire...

Le temps est aux vivants ce que les morts sont à l'histoire,

Mais croyez vous vraiment que l'écologie

n'est qu'accessoire ???

Réveillons nous avant qu'il ne soit trop tard !

Dans mon jardin, ma bulle de créativité,

J'ai enterré des bribes de mon passé,

J'ai aussi semé les graines de mon armure,

Ou poussent l'art et la culture,

Pour récolter des consciences butinées,

Et des âmes pollinisées...

L'essence de la terre ou des territoires en tous sens....

Céline Frédérika

Site Car Paix Dit Art

https://www.facebook.com/carpaixditart

Milène TOURNIER, "J'ai épaissi des fantômes pendant 19 kilomètres aujourd'hui"

(Court-métrage en errance)

Milène Tournier est l'auteure des recueils "Poèmes d'époque" (collection Polder de la revue Décharge, avec une préface de François Bon), "L'autre jour" (Prix SGDL) et « Je t’aime comme » (Editions Lurlure)...

Sa chaîne youtube  : www.youtube.com/c/MileneTournier

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Texte et photographies

Gracia Bejjani

ressacs de corps, tu

décales l’histoire

instants forgés de

passé, ses âmes

blêmes

tu t’étourdis de terre

retrouvée

désordre de bruits fous

pesanteur ou gravité, tu es d’ici

myopie des horizons

carbonisés

habitée d’ici, de ses

lumières arides

visage mordu de

drames joyeux

tu es prière sans rites

il n’y aura pas de

signes

l’attente est stupeur

tu es d’ici, enterrée

comme terre de vie

tu ne traverses pas, tu

écris l’impatience

lourde, retenue de

fumées pierreuses

tes yeux obsédés de

secrets

tu te laisses envahir de

vents, ses éclats

vertige d’airs dans les

peaux

tu n’as pas de

souvenirs

distraction des jours

ton pays insomnie

ses voix anciennes

dessinées sur tes

larmes

souffle sur le cou

comme liturgie

d’enfance

dans ta vie

comme en visite

avec les mots des

premières dents

ton mouvement, lignes

de fuite

cieux aux fenêtres

trouées

tu es d’ici

Site personnel graciabejjani.fr
Chaîne youtube.com/c/graciabejjani

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Texte et photographie

Astrid Waliszek

Les oiseaux migrateurs se moquent des frontières, leur territoire est là où ils s'établissent, mobile, élastique, variable selon les saisons. Mouvant et hors des lois, il porte le sceau de la nécessité : l'oiseau s'installe pour un temps. Il fait froid, il va vers le sud ; il fait chaud, il revient au nord.

Sur la terre ferme, seuls les capitaux peuvent migrer ainsi aujourd'hui : les humains en sont exclus. Fini le temps où l'on importait de la main-d'œuvre pour pallier le manque d'ouvriers ou le problème démographique d'une population vieillissante.

En Inde, il fait parfois près de 50°. Dans vingt ans, le pays sera invivable. Selon les scientifiques du Giec, d’ici à 2050, « rien qu’en Amérique latine, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-est, on pourrait compter jusqu’à 143 millions de déplacés climatiques supplémentaires ». En Inde, l'humidité est un facteur aggravant : pas de sudation possible pour réguler la température du corps.

Qui leur donnera des ailes ? Pour quel territoire ?

Astrid Waliszek est l'auteure du roman "Topolina" chez Grasset. Recueil de nouvelles et poèmes aux éditions Jacques Flament "A peine assez de mes bras", "Ombres nomades", "Les lucarnes de désir" ...

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Aquarelle d'Alexandre Piquion

Poème d'Emmanuelle Cordoliani

"Aux Vacillantes I"
De jour
Ouvert De jour
Ouvert
Aux Vents
Mais vide
Poussière 
Soleil 
Sans ombre : 
Fantôme
Pas un garde
Pas un son
Fors le vent
Dans ces rues
Inventées
Il chuchote
Sur les traces
Oubliées
La nuit d’avant
Par une foule
— Un vantail claque —
Inconcevable
Dans ce désert
Brûlé à l’os
Foulant ce sol
De cartilage
Une étoile pique
Le ciel violet
Les marchands se montrent
Les commis les suivent
Et les vas-y-dire
Les rideaux de fer
Les stores de bois
Grincent dans le soir
À la première flamme
Vacillante en sa lampe

(Aux vacillantes - suite du poème d'Emmanuelle Cordoliani)

Toile d'Isabelle Becker

Le Marché s’illumine

Attirant en nuées

Des villages tout proches

Et du bout de la terre

Les zélés serviteurs

Les riches mandataires

Les curieux des deux bords

Comme les vieux initiés

Les intrigantes madrées

Les apprenties-sorcières

Les joueurs, les éperdus

Les acheteuses pourvues

Les truands des mauvais lieux

La Guilde des Amazones

La lune baigne leur cohue

Crânes tatoués, nattes rousses

Lourd turbans, voilettes opaques

Feutres de banquier, de gangster

Tresses bleu-noir des guerriers

Chignons flous à pique argentée

Coiffe de cuir, cercle de cuivre

Bouquets pâlis et vénéneux

Bien plus libre l’or entre eux circule

Étincelle des poignées de mains

Gant de velours et paume rugueuse
Longs doigts agiles, serre rapaces

Patte velue, menotte en dentelle

 Mitaine crasseuse, pince ossue

Toutes topent là où tout se tope

Dans les vitrines, sur les castelets

Écartant la foule, on voit son reflet

Mais nu, enchaîné, caparaçonné

Un animal bon à montrer ses dents

Peu nombreux sont ceux qui le reconnaissent

Moins encore s’en portent acquéreur

Libérer son frère : mauvaise affaire !

Les mains se lèvent, les chiffres se hurlent

L’enchère frappe le bétail humain

Luisant d’huile et de verroterie

Un grand corps est plongé dans la presse

Ses chevilles entravées le blessent

Aveugle, il se cogne dans les soies

Les laines rêches, les cuirs étranges

Leurs parfums, leurs sueurs et leurs voix

Tout en paradant, son nouveau maître

Étrangle le bien tant convoité

De discrètes transactions

De la bouche à l’oreille courent

Recouvertes par le chahut

Un chiffre, un signe, une accolade

Pas d’or ici, mais un secret

Qui fraye un chemin invisible

Pour un géant et deux compagnes

Entre les corps compacts, grégaires

Dans la poussière un cercle

Au centre on vend tout par paires

Jumeaux et parfaits contraires

Sosies et contrefaçons

Telle mère et telle fille

Sang d’un même groupe rare

Fascinés ou maniaques

Les yeux grands tournent autour

Aux arrière-boutiques

On trouve un peu de paix

Mais toujours la rumeur

Endiablée des enchères

Traverse les murs minces

Frémit dans l’eau du thé

L’or seul est insensible

Et se laisse compter

Le ciel s’édulcore

Les flammes tremblantes

Meurent une à une

Des criailleries

Ou des coups de feu

Signent ulcérés

Les ventes manquées

Le labyrinthe

Tracé au sable

Bientôt s’efface

Les attardés

Cherchent la porte

Sur le repos

Toutes sont closes

Et les lieux, vides

Tâches noires

Aux confins

Caravanes

Dispersées

Possesseurs

Possession

Possédés

Disparaissent

À l’aube

Le gris

Ravale

La place

Déserte

Perdue

Menteuse

Emmanuelle Cordoliani joue, écrit, enseigne, met en scène et raconte des histoires.

http://www.emmanuellecordoliani.com  

 http://www.emmanuellecordoliani.com/category/blog/

Le site de sa compagnie https://www.lecafeeuropa.com

Son atelier d'écriture en ligne 

https://www.lecafeeuropa.com/blog

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Texte et photographie

Amélie Guyot

compense augmente dépasse

huit pas         clameur _ ralentir

atteindre l’autre versant

respirer

te saliver être

rejoindre nos chants

renverses et morsures

interstice de mots reflétés

dans un lac gigoté de soleils

 

rien n’assèche

je navigue   ondule à hauteur

je suis par les eaux

tendre et alentour

 

entre deux

entrejambe indemne

d’être répété  repéché

dansé encore

d’une flaque à l’autre

pluriel de conversations

soyeuses

comme un tourment

cultivé longtemps

dévoré en cascade

soif et faim en déraison

 

prêter l’oreille à ciel ouvert

aux nuées traverses

y percevoir les forêts en cimes

les grands départs

mâtinés au fluide

des cornes de brume

 

passion bitume

en narcotique ultramarin

je tends la main

reçois l’été       grenades

tendresses et jeux en rebonds

rives maçonnées

cœurs massés en cercle

je prends tout

 

compense augmente     dépasse

huit pas _ trottine

ce matin condenser l’or

dans une flaque

l’univers en expansion

ses tombées à la nuit où

l’éperdu se donne en écho

aux os par devers de tout

ce qui ne cesse de s’adjoindre

 

la ville en alphabet isocèle

s’écrit

comme s’empreinte

nos pas mêlés d’asphalte chaud

 renverses et morsures _ AMELIE GUYOT

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Texte et photographie

Juliette keating

"Diffraction"

 

 

… heure de l’après-midi en été où le monde autour disparaît noyé dans un silence blanc. Odeurs de sel, de sable sec. Coquilles. Accroupie, tu glisses tes mains sous la peau brûlante de la plage. Creuser, chercher la tiède semblance du frais. Ça s’éboule entre les doigts. Bousculée, la petite bête noire apparaît : ses ailes luisantes, ses pattes minuscules. Crapahute en surface puis s’enterre, son univers enfoui d’algues décomposées. Entends leurs rires, soudain tu vois les baigneurs jouant à la lisière de l’eau. Leurs silhouettes mouvantes rongées par la lumière. L’océan sommeille d’un bord à l’autre comme un drap qu’on a mis à sécher. Paquebots, porte-containers, bateaux militaires, chalutiers que suivent à l’horizon les goélands criards : pas plus grands que des ongles d’enfant. Sur ton pied protégé d’une sandale en plastique, la petite bête noire traverse les monts et les vaux de tes orteils ensablés. Tu bondis quand…

 

Juliette Keating publie de nombreux articles sur son blog Mediapart et le magazine Zelium, son roman AWA est publié aux éditions Le Ver à soie, où elle a déjà fait paraître Beauté secrète dans la collection « Poèmes à planter » sur graines de mélisse et de fleurs des champs, ainsi que La Venelle, suivi de Après les pins dans la collection « Nénuphars ». Son roman pour adolescents "Demain j’ai 15 ans" est paru aux éditions Magnard.

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Texte et photographie

Juliette Derimay

"Grandes lignes / 1"

Pour partir, pour revenir, pour une journée, pour une semaine, pour quelques jours, pour un mois ou pour toujours, on commence à pied, en suivant les panneaux, lettres blanches sur fond bleu. Pas de pattes, pas de fioritures, juste des traits bien droits et des courbes bien lisses, bien lisibles, très lisibles, la font SNCF, celle qui sonne comme les notes en escalier de la cloche des annonces avant la voix incolore qui indique les villes et les voies. On porte un petit sac ou on pousse une énorme valise, de celles qui jouent de leurs roulettes avec un bruit d’avion, pourvu que le revêtement au sol y mette du sien. Bruit de skateboard pour le sac à poignée télescopique qu’on traîne derrière soi, pour ne pas avoir mal au dos, pour pouvoir le charger encore plus parce qu’on ne le portera pas. Pour préserver nos vertèbres on se démontera les épaules, et on risquera de faucher au passage tous les non avertis qui nous serrent d’un peu près, qui pensent à autre chose, qui regardent le panneau vert des arrivées ou le bleu des départs sans penser à leurs pieds, à ce sol qu’ils piétinent, mais qui accueille aussi les roulettes irascibles, plus liées à leurs maîtres qu’un cabot amoureux. D’un regard anxieux, toujours un peu pressé par l’horloge qui nous stresse, on jette un œil sur le billet et l’autre sur le train, sur ces petits écrans ou ces feuilles imprimées, voir les panneaux rigides glissés devant les fenêtres qui numérotent les voitures. Normalement, le numéro du billet correspond à la voiture la plus éloignée. C’est presque toujours le cas, et quand ça ne l’est pas, on va quand même voir la voiture suivante pour vérifier qu’il n’y pas d’erreur, que le 6 est bien après le 5. Sinon, manquerait le frisson, la petite peur de rater le départ. Une fois dans le train, on recommence le jeu des yeux divergents, un pour le billet, l’autre pour les sièges, leurs numéros à eux aussi, ou plutôt leurs sous-numéros après celui des voitures. Couple en général harmonieux, mais parfois en froid voire déjà séparé que celui formé pour un voyage seulement, par la voiture et le siège. Pour les novices de ces appariements temporaires, une erreur de voiture est solution fréquente aux différends de rencontres plus ou moins agressifs, du possessif « c’est ma place ! » au plus prudent, « vous êtes sûr que … », voire au poli « excusez-moi… » ou au sceptique « c’est bizarre… ». Le ton monte, puis redescend aux premiers tours de roues, pour peu que s’en mêle un spectateur voisin qui fera office d’arbitre et même de médiateur en confirmant que oui, on est bien dans la voiture douze. Enfin on est assis, on a casé plus ou moins mal le gros sac, la valise ou l’étui du violoncelle en espérant toujours que personne ne viendra écraser nos petites affaires avec une improbable malle de géologue toute remplie de cailloux et de marteaux pointus. Ensuite reste l’attente jusqu’au départ du train et même un peu après, surtout quand la loterie des sièges nous aura placés côté couloir. On se demande alors un peu comment sera celui ou celle, qui viendra nous cacher la vue en prenant la place côté fenêtre. Le vieux monsieur qui ronfle ? le musicien en manque qui montera trop le son de ses écouteurs ou l’enfant intranquille qui balancera ses pieds en chantonnant pour lui mais aussi pour les autres. Ou celui qui travaille, lui, et à qui ça suffit pour dicter à distance un courrier important, portable en haut-parleur, haro sur le contrat ou sur les fournisseurs, au mépris des oisifs qu’il estime que nous sommes.

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Texte et photographie

Juliette Derimay - "Grandes lignes / 2"

Enfin, arrive d’on ne sait où la formule magique, celle qui met le train en mouvement.

Attention à la fermeture automatique des portes attention au départ.

On part. Ça commence tout doucement, avec juste parfois, au début, comme un saut de côté à cause des aiguillages. Puis le train accélère, on dépasse les voitures, ça y est, on est vraiment partis. Pour toute la suite du voyage, on sera au cinéma du paysage. Les grandes lignes relient toujours des grandes villes aux grandes villes, elles ne font que passer par la campagne, sans s’en mêler, comme un poisson rouge dont on aurait plongé le bocal dans la mer. Alors on regarde par la fenêtre le monde immobile qui défile alors qu’assis sans bouger on file à toute vitesse. Paradoxe relatif. Qu’importe, on regarde. En train aussi, avant de goûter au vert, il faut finir son gris. Assister au face à face jaloux des fenêtres, celles qui restent contre celles qui partent, se reflétant l’une dans l’autre suivant la lumière, la météo et le moment de la journée. Béton, goudron, quelques couleurs parfois quand l’art urbain explose, fait par tous et pour tous, musée des œuvres les plus modernes. Sortie de la ville, la voie ferrée s’emmêle aux autres voies, aux autres déplacements. Péniche sur le fleuve, barque amarrée à une branche basse en bordure de rivière, autoroute, route, petite route et chemin, elles portent bateaux, autos, motos, vélos, voire piétons, avec ou sans chien, tandis que le train file, traverse en une miette de seconde toute la vie d’un endroit, d’un coin de champ, d’un bout de forêt, d’une ferme posée là depuis des années, des décennies, des générations. Infinie non-concordance des temps. Le reste du voyage est collier de surprises, emmêlement de courbes et de droites, de plaines, collines et falaises. Sous la garde des nuages qui modulent la lumière, une église toute fière sous son toit de mosaïque, une carrière bariolée aux monticules de toutes les teintes et de toutes les textures. De toutes les hauteurs aussi. Pour donner vie au défilement des champs, alternance de cultures, vaches de toutes les couleurs, toits selon la région, pavillons proprets et piscines en plastiques repeintes d’algues par l’hiver. Avec ça et là, un étonnement. Trois courts de tennis abandonnés recouverts par les mousses dont on devine à peine les lignes autrefois blanches. Une épave de voiture dont la brune peau de rouille est rongée par les ronces et verdie par le lierre. Les talus, toujours les talus qui protègent le train du monde, qui protègent le monde du train. De temps en temps, le train traverse une ville, alors il ralentit pour presque s’arrêter si la cité est grande. Plus la ville est peuplée, plus le train va lentement, hommage aux bâtisseurs, attention aux urbains. Les roues tournent, le temps tourne, bientôt la fin du film. Ville d’arrivée, ralentissement jusqu’à l’arrêt complet du train, celui qui donne enfin le droit d’ouvrir les portes. Repos de la bête, odeurs de métal chaud et d’huile mécanique, soupirs hydrauliques, on est arrivé. Les passagers descendent, ils quittent le petit monde du wagon, monde clos et éphémère, isolé par la vitesse, bulle de voyage au milieu de l’ordinaire.

On est arrivé, on est revenu, pour la journée, pour la semaine, pour un mois ou pour toujours.

Juliette Derimay, son site : les-enlivreurs.fr

Publications : « Voyage en Irréel », avec le photographe Nicolas Orillard-Demaire (nod-photography.com), paru en septembre 2021 chez Spot Éditions et nombreuses participations à des ouvrages collectifs.

Toile de Marc Chagall

Poème de Zohra Mrimi

Il faut d'abord un pays ..
Avec sa mer
Sa montagne, puis les vaches, l'herbe,
Les jolies pâquerettes,
La sarriette pour la soupe
                              Pour le ragoût, et
                                    Tout, et tout..
            Des tomates,
                Des grosses pommes de terre
                        Et la terre,
                            Beaucoup de terre
Encore des pommes de terre pour les frites
Tout le monde aime les frites
Tout le monde c'est les gens
        Les Bons, les mauvais,  
         Ils ont des dents
         Bonnes ou mauvaises pour manger,
Pour sourire
C'est dans quel pays qu'on se roule de rire ?
On s'embrasse sur un banc
Public
Une carie pour la souris
Et puis le chat, le chien, 
La ballade et les câlins...
Des vélos, autos..
La forêt adore Noël
Le loup, l'agneau se racontent des petites histoires
Il faut un avion pour voir le monde
Dessous les territoires sont des lignes
Qu'on surligne de jonquilles

 

Zohra Mrimi, auteure de "Le jour fait l'adieu" (éditions Z4).

Toile de Marc Chagall, "Le loup et l'agneau".

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Texte et photographie

Helena Barroso

"Territoires en tous sens"

De là on voit le pont, je suis sûre qu’il le voit aussi, pas sûre qu’il le regarde. Il a sans doute autre chose à faire que de regarder un pont. Qui va, qui vient, pressé, indolent, flâneur. A-t-il le temps de flâner ? Ne fait-il que cela ? Ce serait injuste et même cruel de lui inventer une vie, puisqu’il en a une, elle s’étale sur ce terrain à demi caché par la verdure.  Pour le découvrir, il faut grimper sur le talus, regarder ce qui se passe derrière la butte. Mais, avant cela, on doit remarquer la porte verte avec le cadenas, il faut être curieux, vouloir savoir ce que fait cette porte enfouie sous la butte, oublier définitivement le pont. Alors, calmement, on s’arrête, on traverse la route, on grimpe finalement le talus, on regarde à gauche et on découvre l’envers du décor. Son territoire à lui, sa maison à ciel ouvert, son univers de couleurs fanées que la végétation du printemps dissimule comme un passé honteux, un rectangle de vie tournant le dos aux stridences urbaines, aux automobilistes pressés qui accélèrent en direction d’un horizon propre et facile.   
Helena Barroso

Professeure à l’Ecole Supérieure d’Education de Lisbonne. J’ai longtemps pensé, en contraste avec toutes les histoires que je lisais et qui rendaient indistinctes les limites du probable, que je n’avais aucune imagination et que l’écriture n’était pas une option pour moi. Puis, un jour, j’ai écrit une histoire, puis une autre, et encore une autre. J’ai découvert que je vivais autrement quand j’écrivais, que l’état dans lequel me plongeait l’écriture était à la fois effrayant et magique, que celle-ci me permettait d’aller voir ailleurs et autrement ce que je ne voulais pas regarder en face. Et j’attends le moment où cette même écriture me fera enfin lever les yeux. 

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Texte et photographie

Danièle Godard-Livet

"Le territoire intérieur"

Il répond à mes questions sur les dix jours de retraite silencieuse qu’il vient de vivre. Sans un mot, aucun mot extérieur (il est déjà assez difficile de calmer les mots intérieurs), sans lecture, sans la distraction du dehors (le lac, les hiboux, le huard et les bourgeons qui sortent). Dix jours à parcourir ce territoire intérieur qui est le sien (plus riche et plus animé que tous les livres me dit-il). Il parle d’un combat difficile pour apaiser, calmer, laisser passer. Il dit que c’est de plus en plus facile à mesure que le temps passe et que petit à petit on comprend d’où ça vient. C’est sa compagne qui me précise qu’il a très bien mangé, qu’il a pris du poids, que le cuisinier était exceptionnel. Il dit que ça me plairait. J’imagine un peu ce territoire (j’ai pratiqué la méditation à petite dose),  une exploration aussi longue ne me tente pas, un peu comme si on me proposait dix jours en forêt amazonienne. En le formulant, je pense que c’est étrange de comparer son territoire intérieur à la forêt amazonienne, enchevêtrée, confuse, dangereuse, imprévisible, marécageuse, étouffante. Je ne le lui dis pas, j’imagine que ça le ferait sourire. J’ai besoin d’air et de lumière. Il me repasse sa compagne. À Montréal, il est sept heures du matin, ils vont préparer le  petit déjeuner. Il ne m’a jamais parlé aussi longtemps.

Danièle Godard-Livet, 12 mai 2022

www.lesmotsjustes.org
https://amzn.to/1Sj69TX

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Photographie de Valérie Cassisa

Texte de Tristan Mat

De quoi sommes-nous l'empire? de quels territoires? de ce qui est circonscrit à nos regards côte à côte divergents ? de celui des chuchotements qui touchent la peau plus que les oreilles ? de l'onde des mots qui heurtent et sentencent et portent discorde à travers les murs jusque chez les voisins ? de la portion de pavé, celle qu'occuperait un cheval couché, près d'une fontaine, où tes lèvres et mes lèvres ont sombré réciproquement les unes vers les autres ? des îles de larmes de joie perdurant presque invisibles sur des divans fatigués ? des esplanades et des perspectives parcourues porté par le désir quand règne le code de la route et le code de la rue ? des interstices persistants aux emboîtements de chair ? de l'air sculpté par les draps froissés, écrasés, froissés encore, érigés dans le matin ? du vide d'une place grande comme une salle de bal dans une nuit douce ? de l'attente disposée en gares, cuisines silencieuses à minuit excepté le bruit du frigo ?

de l'abyme porté au centre, pas plus grand qu'un poing ?

 

Tristan Mat

https://www.tristanmat.net/

Valérie Cassisa, photo du chêne de Saint-Jean aux Bois dans l'Oise qui est âgé de 800 ans et a été planté sous le règne de Saint-Louis !

Illustration : détail d'une pochette de disque, 1970, Miles Davis, Bitches Brew, "Pharaoh's Dance".

France Burghelle Rey

Danse et désir

 

Le parquet du bal vide, lieu dans le lieu, mise en abyme amoureuse. Je vibre encore à chaque mouvement de ses pieds ; les chaussures noires montent sur leurs pointes, appuient sur leurs talons, pivotent dans un sens puis dans l'autre. Plus qu'une valse, la dialectique de mon désir, c'est une pavane qui ne s'oublie pas, un chant qui émerveille. Dans l'espace-temps de la scène naît une éternité. Avec l'intelligence des pas comme celle de chaque battement du cœur. Ses pas comme autant de larmes comme autant de joies. Car s'est fait vie intérieure le film de cette nuit.

A la première note de musique le tableau bouge comme celui de marionnettes dont on ne pourrait pas voir les fils, les danseurs se soulèvent au-dessus du sol de la piste et se meuvent dans un imperceptible déhanchement. Si la vue des spectateurs s'aiguise, leur souffle se retient qui suit le tempo, épouse sans trêve la mécanique des visages quand les traits s'appliquent dans leur union au mouvement.

Au pied de la lettre et assise à ses pieds sur l'herbe je suis pour toujours sé-duite - conduite vers lui par ce vol de la danse. Loin de la solitude.

Eros est là qui veille sous la toile tendue entre les tréteaux.

Avec celui qui danse je fais corps. Suis-je son double ? Ou seulement son ombre ? J'interprète avec lui, je décrypte un langage. Celui d'un monde, d'un paysage, lieu extérieur ou intérieur. Et naît alors mon empathie. Comme ma tentative ici de performer enfin la grâce des pas. Mes mots ainsi que des pas. Ma phrase après tant d'années cherche à mimer leur vol. La douleur n'est plus obstacle à ma pensée.

Comme la danse elle-même mime le désir. Chaque pas est une seconde pour l'ascension des sens. Mais à quoi dans la danse peut correspondre la conclusion, l'orgasme de son art ? Peut-être reste-t-on là toujours dans le désir. A moins qu'on considère la révérence finale des partenaires. J'aimerais rester en pleine acmé. Eternellement.

Texte de France Burghelle Rey ©

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Texte et photographie

Pierre Cohen-Hadria

"Territoire (Mien)"

en chiffres (intra muros)

3473 rues, 544 places, 373 avenues, 300 passages, 275 squares et 231 villas

20 arrondissements donc quatre-vingt quartiers

66 portes plus une poterne (Peupliers)

37 ponts et passerelles

4 arcs de triomphe

 (sans nombre) des boulevards : (parfois grands) 22, intitulés des Maréchaux, ceignent la ville, ceints par un autre, dit périphérique (non praticable aux piétons)

7 sentes toutes piétonnes

2 Chaussées

41 promenades

53 quais

2 rives, un fleuve et quelques rivières

3 canaux, deux bassins dont l’un (Arsenal) est aussi un port

10 sentiers augmentés d’une rue de ce nom (laquelle donne son nom à une station de métro)

303 (ou 306) stations de métro sur 14 lignes, dont quatre ont des réseaux extérieurs en viaducs

Haxo et Molitor jamais ouvertes font partie des douze stations dites fantômes (non accessibles, non desservies mais où parfois passent les rames)

 

Pierre Cohen-Hadria

Présentation de l'auteur dans la rubrique "Il est cinq heures"

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Texte et bombes Street-Art

Thérèse Cigna

 

 

Marque ton territoire 

A la bombe sur un mur

Colle tes mots :

Défense d’entrer. 

 

Thérèse Cigna, écrivaine et plasticienne, est animatrice de la rubrique art et culture -TV Royans Vercors et Gresivaudan
Membre du comité d’organisation Drôme -Isère de la BASI -Saint-Etienne https://cigna.book.fr

Photo de Mokhtar El Amraoui pour son poème LA SYMPHONIE ERRANTE.jpg

Texte et photographie

Mokhtar El Amraoui

"La Symphonie errante"

 

Je cherche mes rallonges telluriques,

Mes incommensurables sphères

Dans les dilatations de l'exil,

L'ombre ivre de ma soif

Dans la sécheresse de l'arôme somnambule.

Je cherche mes imprécations

Creusant les sillons du retour

Contre les serres des vautours,

Ton ombre aux aguets

De cet éveil cinglant

Erection du soleil

A la symphonie errante du dromadaire !

Je cherche le râle éclaté

De mes vertèbres lyres en délire,

S'étouffant de leurs notes déportées,

Mes soupirs tonnant de bleus fuyants

Dans l'inatteignable voyage

De ce papillon qui s'éreinte

En poursuites trébuchantes,

Au-delà de ses rêves brisés !

Je rêve de comètes,

D'astres flamboyants,

De méduses lunes

Ouvertures transparentes

Des inextinguibles profondeurs !

Je rêve, muet,

Dans la soif de tes pas,

Sur les sables du voyage

Auquel je t'invite vers les prairies rouges

Et leurs feux bleus !

Ô muse de mon départ !

Astre scintillant

Sur les lèvres ouvertes des vagues !

Il n'y a plus de toits !

Pluie d'encens rouge

Sur tes seins embaumés

Dans le linceul de l'extase

des rencontres crépusculaires !

Viens de mes reviens fatigués !

Je te prêterai les ailes immaculées

De mes Icare exilés.

Je te montrerai

L'axe de l'impact pluriel,

L'agonie du cogito carnivore,

Ce manteau d'erreurs spectrales !

Viens !

Accroche-toi aux tiges sans amarres

De cette forêt éclatée !

Reviens de mes viens

Qui valsent dans l'aube

Des intraduisibles fermentations !

Nous écrirons la grandeur du menu moineau

Echeveau des sens triangulés !

Cet azur qui nous appelle

Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !

Reviens

Au commun des immortelles mésanges assoiffées.

Je te composerai,

Sur le clavier des escaliers,

Une symphonie qui te mène

Jusqu'à mon perchoir d'exilé.

 

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

Film réalisé par Alain Boulerot et Judith Lesur.

Musique : Sébastien Guillen.

Confidence contre les coups de blues

de FAYOLE MOLIERE (en direct d'Abidjan).

 

"Ça fait maintenant deux mois que j’ai quitté mon #Paris pour #Abidjan et tu sais quoi... je KIFFE la Côte d’Ivoire, à commencer par ses spécialités culinaires. Du classique #pouletbraisé au #kedjenou sans oublier les #allocos. Je te parle même pas de ma passion pour l’#attieke ou les mangues fraîches du petit dej 🤪

 

Parce que la bouffe c’est mieux, et que je n’ai ni le temps, ni l’envie, j’ai un peu délaissé le #sport. Alors, quand hier on m’a proposé d’aller courir sur la plage, j’ai dit oui direct 🏾. Tu sais la meuf deter qui croit qu’elle peut courir 5km par 32 degrés dans le sable 🤣 Ben au final... j’ai pas couru longtemps, déjà parce que la veille j’avais fait la belle jusqu’à 5h du mat dans toutes les boîtes d’Abidjan et qu’ici c’est #champagne all night long et ensuite parce que ben 32 degrés c’est easy sur un transat avec un bouquin et un #mojito... mais là c’était la sère-mi, frère !

 

J’ai fini toute habillée dans l’eau, telle une gosse à me faire balader par les vagues, quel kiffffff ! Je suis courbaturée comme jamais, j’ai encore du sable dans les cheveux et le sillon... mais je suis contente. Il fut un temps, je passais à côté de ces petits kif de la vie.

Maintenant je fais ce que je peux..."

Trois photographies de Fayole Molière.

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Dessin de Anne-Marie Pamelard

Texte de Fabienne Savarit

"Pas à pas"

la vie scintille de mille feux | époustouflante valse | fleurs cueillies à pleine mains | je danse sur les flancs | de l’écorce et des plaines | danse dans le ciel | fils filets dorés | je pointille

d’un pas lent j’embrasse | la terre et l’errance | la profondeur des collines | les fantômes glacés | le fouillis des cimes | et le vent sur les joues | s’enfuit

le voyage tisse | enroule les galets | les coquelicots du temps | la lueur des oiseaux |je perds le repère | j’inspire

un pas avant | ou pas arrière | une errance lente | l’inversion des champs | tête en haut | ou tête en bas | j’équilibre

au détour des traces | enfin tu es là | à la lisière du monde | à la solitude aride | moi devenue bohème | je soleil

Fabienne Savarit inscrit l’écriture dans son quotidien et laisse les mots l’emporter dans leurs sillages poétiques. Ses récits ont les couleurs de la vie et du littoral océanique. Son premier roman, La Caravane du Vent, a été publié aux Editions Auzas. 

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Peinture, collage et texte

Anne Dejardin

Clivage idées idéal rêves - séparation mur barrière barbelé haie clôture bordure grillage - langue barrage accent indécollable comme glue à la langue refus de se fondre là l’on est là d’où on ne vient pas soi ou ceux d’avant nos parents surtout ceux d’avant langue obligatoire fourrée dans la bouche avant de savoir parler ou patois interdit il faut unifier rassembler par la force les forcer à se ressembler mêmes expressions mêmes injures suivre la mode mêmes goûts code vestimentaire code de politesse ce qui se fait ne se fait pas suivre éduquer le bon goût le savoir-vivre l’inculquer quand la langue assassinée à goûter saveurs elle peut encore, l’aliment dans la bouche ce que ça fait dans le corps tout entier voyager par les sens retrouver territoires abandonnés perdus et assoir à table en cuisine diversités réconciliées le temps d’un repas.

Anne Dejardin "Quand je n’écris pas, je brode les mots des autres et quelques fois les miens (https://www.instagram.com/dejardinanne/). Quand je n’écris pas, je lis les textes des autres et quelques fois les miens depuis ma voix ou celle d’Hortense anne dejardin - YouTube

Court-métrage poétique à partir d'un poème de Raymond PRUNIER  et d'une composition au piano de Marion BOURDIER. Ceci est un hommage aux éditions LA PORTE, pour les remercier du petit sachet de terre du Chemin des Dames. Poème, terre et amour : images du Bangladesh (Zahirul Talukdar). Lecture et images de Barcelone et Brest : Françoise Breton. Texte : "Monument aux vivants" de Raymond PRUNIER, dans son recueil "Poèmes 14-18" aux éditions LA PORTE.

Aquarelle réalisée à Beyrouth :

Ema Courtois.

Texte de Gaëlle Bernadette Lavisse

"Exilés ma vie en poésie"

 

je suis homme, je suis femme libre aux pieds nus

chaussures usées par les rues

pour oublier, je danse sur le sable chaud

au son des tam-tams en écho

je marche dans la douleur

à la quête d’un nouveau bonheur

la terre que je foule me porte dans ses bras

je suis homme, je suis femme

courageux dans ce monde froid

à la recherche de l’amour

celui qui dure toujours

ce n’est pas un rêve, une légende

la vie des peuples et parfums d’amandes

une prière à la vie

toujours en recherche de la vérité à l’infini

poète, artiste, chanteur, nous dessine à l’encre bleue

nous les voyageurs, un fleuve, une rive entre les deux

pour nous exilés, la poésie notre maison

papier blanc, crayon

les mots alignés sont des perles de douceur

pour un possible bonheur

homme, femme emporte avec lui sa valise

emplie de son histoire, du sable de son pays

des images, des souvenirs aussi

où sont nos rêves et aspirations ?

Garder l’espoir, nourrir nos ambitions

comme les oiseaux migrateurs en voyage

de frontières, en frontières, défilent les paysages

de notre passage l’on donne en cadeau

la musique des tam-tam et le soleil de notre peau

enfants d’ici et d’ailleurs

qu’importe nous sommes tous des enfants

au fond de notre coeur.

Gaëlle Bernadette Lavisse     

Aquarelle réalisée à Beyrouth :

Ema Courtois.

Texte de Gaëlle Bernadette Lavisse

"Mon exil se cache en toi"

 

Mon exil se cache en toi

petit homme de 3 ans, mon aïeul

qui voyage d’orphelinat en famille d’accueil

c’est la guerre ici-bas

et ta maman, les larmes, à bout de bras

a dû te laisser à contrecoeur

espérant pour toi un plus grand bonheur

 

les années passant, tes voyages oscillent entre souvenirs

amour naissant, tentative de vivre et profond désir

tu es papa de deux enfants, quand le départ pour la seconde guerre s’annonce

tu panses tes blessures, rien ne va plus sur cette terre

 

à ton retour à la maison

perdu, tu ne sais plus, l’amour n’a plus de raison

tant d’années ont passé, en exil amoureux, en exil de tes racines

tu cherches dans tes danses et voyages ton héroïne

celle qui t’a mis au monde

berceau originel pour que la paix enfin t’inonde

 

ta terre d’enfance est en guerre

elle saigne, tu es en quête de tes sœurs et frères

où sont-ils ? Que font-ils ?

Savent-ils que tu existes, et que tu te sens seul sur ton île ?

 

Comme un volcan en éruption

tu n’es plus maître de tes émotions

ta famille, tes racines, un amour, un exil , un passé

comme une musique de partition dansée

les traces laissées par les douleurs du passé

sont de plus en plus difficiles à s’effacer

 

ce manque d’amour, cette crainte de l’abandon

de génération en génération, on le porte au creux du ventre comme un don

si l’on peut aujourd’hui te rassurer

elle aussi a longtemps essayer de te chercher

 

elle aurait tant voulu te serrer dans ses bras, te tenir la main

à quelques kilomètres, elle n’était pas loin

dans l’urgence de la situation

et pour faire face à ce flux d’émotion

ta fille sans jamais renoncer pour toi

après douze années de recherche,  ta terre qui saigne a retrouvé ses bourgeons d’autrefois.

Gaëlle Bernadette Lavisse

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Photographie d'Ema Courtois, au Liban.

Textes de Yacine Boudia

 

On voit la vie comme une lumière dans les poèmes
D'espoir
Quand le verbe est un refuge

*

Les réponses indirectes
Dans les textes poétiques
À force de relire
La déviation de la peau
Sur la finition de mes visages
Devant le même visage
Et tu m'as interprété
Avec mes poèmes
Comme un poète penseur
Sur la ligne de la demande
Une autre civilisation poétique

*

Nous sommes dans la vie

Présents par notre absence

La dictature en cachette

La démocratie sur les chaînes de télévision

Nous n'avons pas encore trouvé un bon rythme

Mais le bon rythme en cachette

Est sans le savoir d'aimer pour soi

La route de l'âme en paix.

Yacine Boudia, poète kabyle.

Le monde est confiance et peur
D'avoir peur de la peur et de la confiance

de l'inconnu créateur

Le doute dans le moins et le plus
Quotidiennement
Sur le désir de critiquer la mère des océans
Sans savoir pourquoi nous ne sommes pas comme on veut

Le monde a peur et confiance
Avec les escales de la recherche infinie
J'espère que ce n'est pas sur le chemin

de la limite humaine.

                                     *

Si l'expression naturelle
Est devenue comme un instrument
Pour nos ennemis
Alors non,
Je ne suis pas un instrument

même pour moi

Le devoir de mon parcours poétique
Est influencé par les règles de la réalité à peu près

Ça veut dire peut-être
Ce n'est pas un choix de sentiments
Ni de mes idées

Peut-être c'est l'absence de vrai rôle de la poésie

Je ne sais rien

C'est pour cela que j'écris quand je veux

Peut-être c'est pas grave

Si c'est grave
C'est rien

C'est pas sérieux

Même sérieux

Le résultat c'est le même

Textes et photographie de Yacine Boudia.

"Evanescence métropolitaine", encre et collages sur papier,

30 X 40 cm. Ce sont des silhouettes urbaines

comme des fantômes dans la ville.

Le dessin traite de la foule, de la rapidité du mouvement

et de l'occupation d'un espace restreint

par un nombre infini d'ombres passantes.

Linda Bachammar

https://la-galerie-emergente.com/artistes/linda-bachammar/

Cette proposition est issue de la série photographique "Rêveries Urbaines" et se nomme "Energies mêlées". Ici sont soulevées les questions : Comment est occupé et partagé un espace borné, clos, restreint ? Que reste-il des différences entre les corps/objets dans un espace/temps volontairement déformé par rapport à ce qui nous semble être la réalité ? 

Linda Bachammar

https://la-galerie-emergente.com/artistes/linda-bachammar/

"Futur Originel", acrylique sur toile, 60 X 53 cm traite de la place de l'humain dans le monde du vivant. La toile présente un humain dans l'océan, un espace qui ne lui est plus propice mais qu'il a envahi et qui est source de la vie. La peinture cherche à confronter ce corps humain dans cet espace marin et à interroger sur une possible réconciliation entre les deux parties pour que le futur du monde puisse continuer à être. 

Toiles, collages et commentaires

de Linda Bachammar.

https://la-galerie-emergente.com/artistes/linda-bachammar/

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Toile et poème

Joseph Noce

"Nenciulesti"

C’est en Roumanie profonde

Le folklore y forclôt toute dramaturgie locale

A coups de talons de bottes

Et de flûte de Pan

Au bord des champs verts

Un petit renard les boyaux à l’air

Un nid de cigogne comme un essaim vibrant

Sur un lampadaire de Petit Prince

Un papy en chapeau gipsy

Canne levée sur sa bicyclette

Dirige sa troupe d’oies bancale sur le goudron gris

Des bergers avec chèvres et moutons

Parlent chaleureusement de la France

Et surtout de Gérard Depardiou

Bien avant Napoléon

Le villageois est robuste gras Rougeaud

La villageoise bien carrée sur la glèbe

A cornichons

Dans la cour de l’école maternelle

Comme au bon vieux temps

Qu’on dirait un petit bout de Toscane

Découpé à la main

Des artistes émeuvent des toiles

En couleurs internationales

Avec des bêlements comme bande son

Et le soleil pour béret.

Joseph Noce

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Texte et photographie 

Françoise Renaud

"odeurs & paysage"  

ils sont là occupant les villes de la terre

le soir il y a des lampadaires qui éclairent les rues, le jour rien que la lumière naturelle, trépidante ou terne selon la quantité de nuages qui accourent de l’océan, ils vivent entre bâtiments, roulent en voiture, usent de tapis roulants, randonnent par petits groupes, n’éprouvent plus cette soif de marcher jusqu’aux frontières de la province, jusqu’aux frontières de la faim, pour rejoindre l’autre bord du désert, découvrir des cités étranges et côtoyer des fleuves irriguant des plaines immenses -- des fleuves à l’odeur de roseau, odeur de reptile, odeur de buffle courtisé par les petits oiseaux, odeur de neiges éternelles -- et de les suivre jusqu’o leur delta, cette frange où ils se ruent dans l’océan avec poissons algues limons alors que plus personne ne sait d’où ils sont venus ni combien de temps ils ont couru, accompagnant ainsi les gens de la terre, nomades et paysans

avant ils marchaient davantage

ils dansaient même, vêtus de beaux habits, ils sortaient au jardin, les amoureux se fréquentaient longtemps, bien avant encore ils marchaient avec troupeaux de yaks ou de chèvres, quêtaient les meilleurs pâturages et les vallées protégées des vents, ils vivaient dans l’errance avec au ventre une faim immense, une faim d’odeurs et de paysages

une faim tout court

la même qui les conduit au bord de la mer certains dimanches d’hiver où il n’y a rien à faire sinon passer le temps en compagnie de chiens et d’enfants, alors le monde paraît si vaste, vaste à s’étourdir, senteurs d’algue, sel revigorant, paysages comme greffés à l’intérieur de la tête, comme une autre existence

Photographie Françoise Renaud, côte de Jade, 2004

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Toile de l'artiste MAÏPO

Texte de Béatrice Vergnaud

"Guerre civile"

 

- Messieurs les anglais, tirez les premiers !

- Grand merci Général Hafable, vous êtes gentilhomme, plein de civilité. Oh pardon ! Je crois que je vous ai blessé, je vais suturer la plaie sur le champ ; croyez bien que je ne voudrais vous causer trop de souci cependant, je dois vous demander des prisonniers.

- Certes, et mon armée doit sans délai vous assiéger, vous affamer, incendier vos récoltes et piller vos maisons. Après quoi, Général Kurtwoy, il nous faudra une journée pour nettoyer nos armes.

- Permettez Général, si nous laissions tomber ce déplaisant projet : guerroyer pour un territoire. Voici l’heure du thé, je vous invite et nous pourrions reprendre les hostilités plus tard, lorsque nous serons fins prêts, dans un an, dans dix ans, dans cent ans…

- Excellente idée, je ne saurais refuser une tasse de thé anglais alors c’est d’accord, Général, reportons sine die.

Béatrice Vergnaud et Maïpo : présentation de leurs parcours dans l'A propos du site.

LE PETIT POUCET.jpg

Huile sur toile de Claude Bolduc

Texte de Paul Laurendeau

"Le Petit Poucet"

 

Quand le revêche petit Poucet

Démarque son lot de territoire

Des squelettes cliquettent

Au fin fond d’un congruent terroir

Et ces graciles Jack Mistigris

Terrifient nos sourdes latences

Ils sont crus, ils sont secs, ils sont cuits

Moisissures, humeurs et lactances.

 

Quand le Poucet ripuaire circule

Il sait des matérialités

Qui se congratulent et granulent

Raboteuses criminalités

 

Oh non, ce monde n’est pas lisse

Il est plutôt abrupt

Et c’est de par des stries de pisse

Que Poucet tient les brutes

 

Et les gourgandins à distance

Il l’urine, sa docte animalité

En récitant des vieilles stances

Non exemptes d’une râpeuse sagacité.

 

Puis, de saillir sur les fonds bleus

En ces collectifs qui se tordent

Qui se redisent des féodalités

Se sourient et se mordent…

 

C’est que Poucet va devoir revenir

Pour mettre en fresque et rapporter

Le lot acide du croquis en délire

De son ultime territorialité.

Paul LAURENDEAU, texte illustré par Claude BOLDUC.

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Photographie de Françoise Breton

"E-surf à la Tranche-sur-mer"

Texte de Marine Levaray

 

Territoire équivaut à espoir.

Grâce à lui, l'histoire s'écrit.

Les populations s'inventent.

Le paysage s'épanouit.

Des vies s'illuminent.

 

Pourtant, quand vient le pouvoir,

Territoire équivaut à désespoir.

 

Les armes se mêlent aux larmes.

La violence permet la chance.

L'humanité n'est plus que cruauté.

La mort n'entraîne plus le remords.

Marine Levaray publiera son premier recueil au Lys Bleu.

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Photographie et texte

Gaëlle-Bernadette Lavisse

"Mon parfait imparfait"

Ce ciel me raconte une histoire faite d’ombres et de lumières. Arc-en-ciel après la pluie, où le vent balaye les nuages, et ébouriffe les cheveux.

Douce musique où sous mes pas, le territoire se dérobe, il bouscule ma mémoire, celle de mes ancêtres. D’où je suis? paysage imperceptible, je ne suis pas d’où je suis née – je ne suis pas d’où je vis. Eclats de vie qui composent les photos. Je me cherche dans ce ciel en désordre, dans les sillons de la terre qui me façonne comme de l’argile. Toutes ces lignes en tous sens n’ont ni début, ni fin. Elles s’entrecroisent, se chevauchent. Mon territoire où prends-tu naissance ? Pour prendre soin de toi, je dois prendre soin de moi. Te connaître, t’aimer, respirer, créer, te découvrir, transmettre les mémoires des racines. Territoire en tous sens tu es mon parfait – imparfait.

©Gaëlle – Bernadette Lavisse

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Photographie et texte

Virginie Séba

"Le nez sous la couette"

Le nez sous la couette
Tram me rattrape
Tambour battant
Machine à laver
Programme court
Les roues flop flop
Tournent tournent
Sous la couette
les oreilles dressées
Comptent les tours
Programme court
Température 30 degrés
Le linge flap flap
Essore les roues
Essieux mal dégrossis
Grincent grinned grimacent
Essorage final
En vue
Pneus abattent leurs tours
Centrifuge gras
De rames engoncées
tours se précipitent
suite de râaaaales étirés
pétris mous et augmentés
Tram s'envole
Tram arrive
Tram s'envole
Tram arrive

Tourne tourne le bruit
Et chutent les oreilles

Virginie Séba, performeuse, auteure à Recours au poème, Editions Cabaret... www.slamchante.fr Performance sur Sister Rosetta Tharpe lors des journées du matrimoine en septembre 2021.

Enfin, une toile d'Isabelle Becker, qui sera exposée à la Maison du Patrimoine de Six-Fours, Corniche des îles, vernissage le 20 mai à 18h avec des lectures de Jacques Serena.

Horaires: mardi à vendredi 9h à 12h /14h à 18h; Samedi et dimanche 14h à 18h.

Elle vous propose une rencontre samedi 4 juin à 15h. Permanences de 15h à 18h dimanche 22 mai, samedi 11 et 18 juin. Finissage samedi 25 juin à 18h avec un concert du quatuor a capella Joïa Vocce "Chants du monde"

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