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Illustration : dessin de Philippe PASQUINI, comédien.

Territoire de la honte

par Fazia Raja.

Tour à tour elle apprend à détourner le corps, le buste, le visage

Rien n'est admis chez elle : les yeux, la bouche, la force du rire.

Chacun rêve de lui briser les os, de brûler le chant qui sort de sa gorge.

Les femmes la repoussent : geignardes blessées par la beauté.

Les hommes la frappent : elle leur échappe, ne répond pas au sourire.

A leurs yeux, elle est blasphème, assignée à résidence.

Giflée, parquée, interdite de rue, de salon, de tout regard humain,

parce qu'intimidante - sera bafouée, brûlée à l'acide, écrasée, chiffonnée

 - Supprimée.

Mais Carmen te regarde droit dans les yeux

- Et abat les cartes.

Le territoire de la honte, c'est ta haine, c'est ta violence.

Fazia Raja.

Sculpture et texte de Valérie Claro

LE FOU

 

J’avais des voyages oubliés

Des petites folies surannées

Comme un rêve d’enfance

Une idée de grandes vacances

Devenir le grand explorateur

Des contrées sauvages du cœur

MAIS

C’est l’exil qui m’a pris par la main

J'ai pris des trains comme des refrains

Le sillon des rails traçait mon avenir

Oui j'ai rencontré des souvenirs

Et des sourires pour m’abriter

Quelques nuits trop blanches

Mais aussi la pierre lancée

À mon front d’immigré

Alors je me suis mis à danser

Et rire à gorge déployée

Pour qu’on m’appelle LE FOU

Plutôt que l‘ETRANGER

Et j'ai poursuivi mon voyage

Vers d’autres lointains visages.

 

Valérie Claro

Série de trois photographies

de JEAN-YVES COUSSEAU

illustrées par

trois poèmes de 

FRANCE BURGHELLE REY.

Illustration : détail d'une pochette de disque, 1970, Miles Davis, Bitches Brew, "Pharaoh's Dance".

 

Danse et désir

 

 

Le parquet du bal vide, lieu dans le lieu, mise en abyme amoureuse. Je vibre encore à chaque mouvement de ses pieds ; les chaussures noires montent sur leurs pointes, appuient sur leurs talons, pivotent dans un sens puis dans l'autre. Plus qu'une valse, la dialectique de mon désir, c'est une pavane qui ne s'oublie pas, un chant qui émerveille. Dans l'espace-temps de la scène naît une éternité. Avec l'intelligence des pas comme celle de chaque battement du cœur. Ses pas comme autant de larmes comme autant de joies. Car s'est fait vie intérieure le film de cette nuit.

 

A la première note de musique le tableau bouge comme celui de marionnettes dont on ne pourrait pas voir les fils, les danseurs se soulèvent au-dessus du sol de la piste et se meuvent dans un imperceptible déhanchement. Si la vue des spectateurs s'aiguise, leur souffle se retient qui suit le tempo, épouse sans trêve la mécanique des visages quand les traits s'appliquent dans leur union au mouvement.

 

Au pied de la lettre et assise à ses pieds sur l'herbe je suis pour toujours sé-duite - conduite vers lui par ce vol de la danse. Loin de la solitude.

 

Eros est là qui veille sous la toile tendue entre les tréteaux.

 

Avec celui qui danse je fais corps. Suis-je son double ? Ou seulement son ombre ? J'interprète avec lui, je décrypte un langage. Celui d'un monde, d'un paysage, lieu extérieur ou intérieur. Et naît alors mon empathie. Comme ma tentative ici de performer enfin la grâce des pas. Mes mots ainsi que des pas. Ma phrase après tant d'années cherche à mimer leur vol. La douleur n'est plus obstacle à ma pensée.

 

Comme la danse elle-même mime le désir. Chaque pas est une seconde pour l'ascension des sens. Mais à quoi dans la danse peut correspondre la conclusion, l'orgasme de son art ? Peut-être reste-t-on là toujours dans le désir. A moins qu'on considère la révérence finale des partenaires. J'aimerais rester en pleine acmé. Eternellement.

 

 

Texte de France Burghelle Rey ©

Film réalisé par Alain Boulerot et Judith Lesur.

Musique : Sébastien Guillen.

Confidence contre les coups de blues

de FAYOLE MOLIERE (en direct d'Abidjan).

 

"Ça fait maintenant deux mois que j’ai quitté mon #Paris pour #Abidjan et tu sais quoi... je KIFFE la Côte d’Ivoire, à commencer par ses spécialités culinaires. Du classique #pouletbraisé au #kedjenou sans oublier les #allocos. Je te parle même pas de ma passion pour l’#attieke ou les mangues fraîches du petit dej 🤪

 

Parce que la bouffe c’est mieux, et que je n’ai ni le temps, ni l’envie, j’ai un peu délaissé le #sport. Alors, quand hier on m’a proposé d’aller courir sur la plage, j’ai dit oui direct 🏾. Tu sais la meuf deter qui croit qu’elle peut courir 5km par 32 degrés dans le sable 🤣 Ben au final... j’ai pas couru longtemps, déjà parce que la veille j’avais fait la belle jusqu’à 5h du mat dans toutes les boîtes d’Abidjan et qu’ici c’est #champagne all night long et ensuite parce que ben 32 degrés c’est easy sur un transat avec un bouquin et un #mojito... mais là c’était la sère-mi, frère !

 

J’ai fini toute habillée dans l’eau, telle une gosse à me faire balader par les vagues, quel kiffffff ! Je suis courbaturée comme jamais, j’ai encore du sable dans les cheveux et le sillon... mais je suis contente. Il fut un temps, je passais à côté de ces petits kif de la vie.

Maintenant je fais ce que je peux..."

Trois photographies de Fayole Molière.

Court-métrage poétique à partir d'un poème de Raymond PRUNIER  et d'une composition au piano de Marion BOURDIER. Ceci est un hommage aux éditions LA PORTE, pour les remercier du petit sachet de terre du Chemin des Dames. Poème, terre et amour : images du Bangladesh (Zahirul Talukdar). Lecture et images de Barcelone et Brest : Françoise Breton. Texte : "Monument aux vivants" de Raymond PRUNIER, dans son recueil "Poèmes 14-18" aux éditions LA PORTE.

Aquarelle réalisée à Beyrouth :

Ema Courtois.

 

Exilés ma vie en poésie

 

je suis homme, je suis femme libre aux pieds nus

chaussures usées par les rues

pour oublier, je danse sur le sable chaud

au son des tam-tams en écho

je marche dans la douleur

à la quête d’un nouveau bonheur

la terre que je foule me porte dans ses bras

je suis homme, je suis femme courageux dans ce monde froid

à la recherche de l’amour

celui qui dure toujours

ce n’est pas un rêve, une légende

la vie des peuples et parfums d’amandes

une prière à la vie

toujours en recherche de la vérité à l’infini

poète, artiste, chanteur, nous dessine à l’encre bleue

nous les voyageurs, un fleuve, une rive entre les deux

pour nous exilés, la poésie notre maison

papier blanc, crayon

les mots alignés sont des perles de douceur

pour un possible bonheur

homme, femme emporte avec lui sa valise

emplie de son histoire, du sable de son pays

des images, des souvenirs aussi

où sont nos rêves et aspirations ?

Garder l’espoir, nourrir nos ambitions

comme les oiseaux migrateurs en voyage

de frontières, en frontières, défilent les paysages

de notre passage l’on donne en cadeau

la musique des tam-tam et le soleil de notre peau

enfants d’ici et d’ailleurs

qu’importe nous sommes tous des enfants au fond de notre coeur.

Gaëlle Bernadette Lavisse     

14 septembre 2019

Aquarelle réalisée à Beyrouth :

Ema Courtois.

 

Mon exil se cache en toi

 

Mon exil se cache en toi

petit homme de 3 ans, mon aïeul

qui voyage d’orphelinat en famille d’accueil

c’est la guerre ici-bas

et ta maman, les larmes, à bout de bras

a dû te laisser à contre-coeur

espérant pour toi un plus grand bonheur

 

les années passant, tes voyages oscillent entre souvenirs

amour naissant, tentative de vivre et profond désir

tu es papa de deux enfants, quand le départ pour la seconde guerre s’annonce

tu panses tes blessures, rien ne va plus sur cette terre

 

à ton retour à la maison

perdu, tu ne sais plus, l’amour n’a plus de raison

tant d’années ont passé, en exil amoureux, en exil de tes racines

tu cherches dans tes danses et voyages ton héroïne

celle qui t’a mis au monde

berceau originel pour que la paix enfin t’inonde

 

ta terre d’enfance est en guerre

elle saigne, tu es en quête de tes sœurs et frères

où sont-ils ? Que font-ils ?

Savent-ils que tu existes, et que tu te sens seul sur ton île ?

 

Comme un volcan en éruption

tu n’es plus maître de tes émotions

ta famille, tes racines, un amour, un exil , un passé

comme une musique de partition dansée

les traces laissées par les douleurs du passé

sont de plus en plus difficiles à s’effacer

 

ce manque d’amour, cette crainte de l’abandon

de génération en génération, on le porte au creux du ventre comme un don

si l’on peut aujourd’hui te rassurer

elle aussi a longtemps essayer de te chercher

 

elle aurait tant voulu te serrer dans ses bras, te tenir la main

à quelques kilomètres, elle n’était pas loin

dans l’urgence de la situation

et pour faire face à ce flux d’émotion

ta fille sans jamais renoncer pour toi

après douze années de recherche,  ta terre qui saigne a retrouvé ses bourgeons d’autrefois.

Gaëlle Bernadette Lavisse

15 septembre 2019 

Photographie d'Ema Courtois, au Liban.

Textes de Yacine Boudia

 

On voit la vie comme une lumière dans les poèmes
D'espoir
Quand le verbe est un refuge

*

Les réponses indirectes
Dans les textes poétiques
À force de relire
La déviation de la peau
Sur la finition de mes visages
Devant le même visage
Et tu m'as interprété
Avec mes poèmes
Comme un poète penseur
Sur la ligne de la demande
Une autre civilisation poétique

*

Nous sommes dans la vie

Présents par notre absence

La dictature en cachette

La démocratie sur les chaînes de télévision

Nous n'avons pas encore trouvé un bon rythme

Mais le bon rythme en cachette

Est sans le savoir d'aimer pour soi

La route de l'âme en paix.

Yacine Boudia, poète kabyle.

Le monde est confiance et peur
D'avoir peur de la peur et de la confiance

de l'inconnu créateur

Le doute dans le moins et le plus
Quotidiennement
Sur le désir de critiquer la mère des océans
Sans savoir pourquoi nous ne sommes pas comme on veut

Le monde a peur et confiance
Avec les escales de la recherche infinie
J'espère que ce n'est pas sur le chemin

de la limite humaine.

                                     *

Si l'expression naturelle
Est devenue comme un instrument
Pour nos ennemis
Alors non,
Je ne suis pas un instrument

même pour moi

Le devoir de mon parcours poétique
Est influencé par les règles de la réalité à peu près

Ça veut dire peut-être
Ce n'est pas un choix de sentiments
Ni de mes idées

Peut-être c'est l'absence de vrai rôle de la poésie

Je ne sais rien

C'est pour cela que j'écris quand je veux

Peut-être c'est pas grave

Si c'est grave
C'est rien

C'est pas sérieux

Même sérieux

Le résultat c'est le même

Textes et photographie de Yacine Boudia.

"Evanescence métropolitaine", encre et collages sur papier,

30 X 40 cm. Ce sont des silhouettes urbaines comme des fantômes dans la ville. Le dessin traite de la foule, de la rapidité du mouvement et de l'occupation d'un espace restreint par un nombre infini d'ombres passantes.

Linda Bachammar

Cette proposition est issue de la série photographique "Rêveries Urbaines" et se nomme "Energies mêlées". Ici sont soulevées les questions : Comment est occupé et partagé un espace borné, clos, restreint ? Que reste-il des différences entre les corps/objets dans un espace/temps volontairement déformé par rapport à ce qui nous semble être la réalité ? 

Linda Bachammar

"Futur Originel", acrylique sur toile, 60 X 53 cm traite de la place de l'humain dans le monde du vivant. La toile présente un humain dans l'océan, un espace qui ne lui est plus propice mais qu'il a envahi et qui est source de la vie. La peinture cherche à confronter ce corps humain dans cet espace marin et à interroger sur une possible réconciliation entre les deux parties pour que le futur du monde puisse continuer à être. 

Toiles, collages et commentaires

de Linda Bachammar.