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Texte et photographie

Astrid Waliszek 

 

Air pods et téléphone, streaming. La liberté. Les voix amies, on les connaît, on écoute souvent les mêmes émissions. Les miennes sont celles qui me parlent des auteurs, des peintres, des philosophes, des musiciens aimés. Puis la musique, évidemment. Rachmaninov au fil de l'eau, Schumann sous les bambous, Bach en jardinant, Satie en écrivant ou l'inverse.

Il y a ce vieux souvenir qui traîne dès que l'on me parle de radio. Je suis jeune, j'ai ma première maison de campagne, une toute petite chose qui ressemblait plus à un mobil home qu'à une maison. Derrière la maison passait une rivière surplombée par un magnifique vieux saule aux branches comme des bras vers le ciel. Au milieu, un espace d'un mètre carré environ accueillait un sac de couchage dans lequel je me lovais avec un livre — et la radio sans écouteurs. Une fois en haut de l'échelle, je m'installais et passais des heures de rêveries.

Je n'avais pas de voiture, je faisais souvent du stop pour y aller. Un jour, une femme d'une petite quarantaine d'années m'a emmenée. Elle était jolie, drôle, belle et rousse — elle allait voir son amoureux pour le week-end, tout près de chez moi.

Elle a allumé la radio. "L'oreille en coin". Je me dis que cette voix de Kris Graffiti me semblait tout à coup familière. Je la regarde. Elle rit. "Tu veux la stéréo ?"

On a déjeuné chez moi d'un cassoulet trouvé au fond d'un placard et d'une bouteille de vin sortie de son coffre.

Je ne l'ai jamais revue mais sa petite musique est toujours restée dans mon oreille.

Astrid Waliszek, auteure du roman "Topolina" chez Grasset.

Recueil de nouvelles et poèmes aux éditions Jacques Flament :

"A peine assez de mes bras", "Ombres nomades", "Les lucarnes de désir" ...

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Texte de Valérie Cassisa

Disque vinyle peint par Céline Frederika

Je dois aux galènes des amours infinies,

j’y découvre mes amis : Claude, chante ça tient chaud,

Demis : fils d’Aphrodite, 

Geogeo : barde, poète, gorille 

et puis le fool : Gigi.           

Manque de peau, je ne suis pas noir, moi non plus,

j’ai seulement du pot, mes amis,

de vous avoir connus.

       Sifflez vos airs, chantez vos vers,

apprenez-moi

toutes les langues de la terre !

It’s five o’clock, je rentre de l’école,

je peux enfin

travailler en chansons !

Du bureau s’échappent un trompettiste, 

un juge, un amoureux doux et libre, une nuit amie...

Tout ce qui brille par le goût et par l’esprit, le ciel, l’oiseau, 

prennent vie

grâce à la mystérieuse boîte.

Tant de perles musicales y sont dissimulées,

je vibre avec Aretha ou Ray !

Quelle magie !

Une merveille, comme le chant de Stevie

qui façonne les clefs de la vie !

Ainsi soit-il !

Forever and Ever ! On the radio ! 

                                       

Valérie Cassisa est enseignante au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois.

Céline Frederika utilise l'art comme une thérapie, dans un monde où l' art et la culture sont en souffrance et où il est difficile de trouver sa place. Son identité artistique, en acrylique, est le noir et blanc et le travail de précision. Elle réalise des illustrations, transforme des horloges, recycle des disques vinyle, et manie les aiguilles de tatouage, un travail qui mérite le coup d' œil. Toutes ses créations sont des pièces uniques. Pour suivre Car Paix Dit Art :

Page Facebook: https://www.facebook.com/carpaixditart

Boutique ETSY : https://www.etsy.com/fr/shop/CarPaixDitArt    

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Toile de Maïpo

Texte de Laurence Pastor-Krasnopolsky

"Radio Transfuge"

Maman n'a pas fait d'études. Elle m'élève seule. Elle a commencé ouvrière, puis sténo dactylo, elle est secrétaire. Le soir elle travaille aussi. Elle prépare des concours administratifs. Elle veut autre chose pour moi.
Et j'aime apprendre. Apprendre est une drogue. On sent en soi se développer des forces intérieures qu'on n'avait pas. C'est grisant. Je sais déjà ça. Je lis beaucoup, je parle peu.

1963. Une radio s'appelle France Culture. Maman l'a su, comment, je ne sais pas. C'est pour moi. Dès que je le peux, j'écoute. Je ne comprends pas tout. C'est opaque, ça résiste. Mais j'aime franchir. Alors j'écoute. Je suis une éponge, j'absorbe. Les voix me dévoilent des pistes inconnues, des sujets d'interrogation inépuisables, et de quoi critiquer bientôt ce que trop répètent sans rien savoir. Je suis affamée, vorace, insatiable .

2021. J'ai 68 ans. J'ai réussi Normale Sup, enseigné la philosophie plus de 40 ans, mission de transmission accomplie. Mais le même désir est toujours là.

Il est des femmes, dit-on, qui jouissent aussi par l'oreille.

Matin et soir, dans l'espace intime de la salle d'eau où se trouve mon poste de radio, je suis au rendez-vous.

Et, sans attendre, j'appuie sur le bouton...

Laurence Pastor-Krasnopolsky, à Roscoff. 

 

Tristan Mat

le léopard dit la poésie vient des mots vagues
coeurs et fleurs détestées par l'enfant
mais viking dogger fisher peu agité à agité
fraîchissant la nuit déjà là haute
des pluies éparses entre deux pans de phrases
à jamais adultes mer devenant belle
le temps d'un psaume nombreuses grisailles
précises comme aiguilles ouvraient le mystère
avis de tempête sur le pourtour du golfe

Tristan Mat

 

http://www.tristanmat.net/

https://www.facebook.com/tristan.mat.735

La présentation de l'artiste MAÏPO apparaît dans l'A Propos du site.

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Texte et photographie

Sophie Le Chevalier

 

In the car

 

Preset 1 – radio de la matinale, quand tout va bien, quand tout va mal

Preset 2 – intraveineuse d’infos, seulement les jours où tout est beau

Preset 3 – tout le monde écoute ça, pourquoi pas moi ?

Preset 4 – musique du cœur, rock, sang et sueur

Preset 5 – empty –

Preset 6 – entendre ce que tu écoutes, même si tu n’es pas là.

Sophie Le Chevalier est enseignante de physique-chimie au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois.

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Texte et photographie

de Shumona Sinha

 

 

La toute première radio que j’ai aperçue était une grosse boîte en bois jaune un peu sale, d’où ne sortait aucun son. Personne n’avait le droit d’y toucher. Totem immuable chez mon oncle paternel, installé entre deux bouquets de fleurs artificielles.

La radio des temps modernes, c’est mon père qui l’a introduite chez nous. Un transistor. Mes doigts ont appris vite les traits en relief de son corps noir et longiligne. Elle nous accompagnait d’une pièce à l’autre. Elle nous emmenait de Calcutta vers les pays étrangers. Musical Band-Box annonçait la couleur de nos dimanches. Parfois avec les Beatles et leur vraie-fausse corvée joyeuse de Hard Day’s night, parfois avec Queen et sa nostalgie avant l’heure All we hear is radio ga ga. Quand nous parvenait Le lac des cygnes de Tchaïkovski, l’heure devenait somptueusement grave, délicieusement bouleversante. La radio traversait les frontières, effaçait les kilomètres. La musique venue d’ailleurs tissait sa toile virtuelle, me berçait et m’enrobait. Notre ville n’était pas assiégée, nous n’étions pas sous l’occupation, rien n’entravait l’écoulement de mes jours d’enfance, pourtant la radio m’apportait un message d’espoir, un appel au voyage. Adolescente, j’écoutais avec mes parents, mes amis ou seule sur la terrasse, les chansons de Tagore, ou du Bollywood des années cinquante, soixante. Parfois des pièces de théâtre. Pendant longtemps nous n’avions pas de télé et puis quand nous en possédions une, elle restait souvent éteinte. Mot, musique, cri, chuchotement venus de la radio formaient des vagues, emplissaient l’air, enivrants.

La radio est ce triomphe sur le réel environnant. Elle est la revanche de l’invisible. La preuve de l’intimité par-delà le vide.

Shumona Sinha est auteure de romans : Calcutta,

Assommons les pauvres ! (Editions L'Olivier),

Le Testament russe aux éditions Gallimard (2020)...

https://shumonasinha.wixsite.com/millenium

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Texte et photographie

Solveig Hudhomme

 

Intimité, chaleur du foyer sur fond de paroles mécaniques.

Logorrhée du réel, qui s’égrène, qui s’oublie,

S’efface sous les bruits familiers de la vie.

 

La voix est là pourtant, désincarnée, têtue.

Elle heurte, à coups de consonnes métalliques.

Effraction vaine, vacarme domestiqué.

 

Flux, reflux, info tombée, info décortiquée, 

Voix qui persiste à me parler, 

Je t’accueille au même titre que les bruits de l’évier,

Contre-point, ligne brisée : 

je t’invoque, mais je ne t’entends pas.

Solveig Hudhomme est enseignante de lettres en Seine-Saint-Denis, auteure de l'essai "L'élaboration du mythe de soi dans l'oeuvre de Samuel Beckett" aux éditions Brill / Rodopi, collection "Faux Titre 404", 2015.

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Texte et photographie

de Zohra Mrimi

 

 

C'est l'endroit le plus immobile, vous serez déçus du confort

Le calme arrime dans un vieux port pour quelques heures 

Je tends l'oreille!

Elle a des mains, des gestuelles, elle accumule d'autres membres,

On sort!

Nous voici proches du firmament 

Je m'élance comme le petit poucet aux dessus des branches, les constructions sont visibles et minuscules 

Ce dimanche, est une cloche au-dessus du Mont Rinjani, la terre était toute brûlante dans ma paume, posée près du poste,

Lui si bruyant.

Zohra Mrimi est auteure du recueil "Le jour fait l'adieu"

aux éditions Z4.

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Texte et photographie

Perrine Le Querrec

Petite radio

 

Lorsque tu es morte

Quel souvenir veux-tu emporter ?

Je n’étais prête ni à ta disparition ni à l’objet à emporter

J’ai demandé ta petite radio

Toute l’enfance, elle avait été posée sur la table de la cuisine

Toujours éteinte

Petit  animal noir et silencieux posé au bout de la table où je m’asseyais pour manger, pour faire mes devoirs, d’où je te regardais, où j’attendais que tu me regardes, où j’attendais que tu me parles, où j’attendais

Petite masse de chair

La table bougeait sous les poussées de tes mains lorsque tu pétrissais la pâte, elle tremblait sous les coups de fer chaud lorsque tu repassais, elle grinçait sous le poids des assiettes lorsque tu recevais.

À présent la petite radio repose sur ma table de cuisine où je ne cuisine jamais

Plusieurs semaines face à elle j’ai attendu

Puis je l’ai allumée

Toutes les histoires que tu ne m’avais jamais racontées étaient là.

Perrine Le Querrec est auteure de nombreux recueils de poèmes : "Ruines" aux éditions Tinbad, "Les Tondues" aux Ed. Z4, "Rouge Pute" aux éditions La Contre-Allée, "Feux" aux éditions Bruno Doucey...  http://www.perrine-lequerrec.fr

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Texte et photographie

Marianne Lages

 

 

Cette voix suave, si enveloppante

Cette voix gracieuse devient caressante

Et je me délecte, succulent plaisir

De ces vibrations qui viennent adoucir

L'éprouvant tumulte de la cité 

 

Car de la cité ne reste à présent

Plus que le sillon, inscrit dans le vent,

De mon passage bref, silencieux bonheur

Souvenance phonique, grisante torpeur

Plus rien que l'effluve d'une sonorité

 

Sur mon engin je file à toute berzingue

Libérée du poids bruyant de la rue

Contrainte je vais, mais libre je suis

Avec la radio comme compagnie

Comme dérobade, comme diversion

Marianne Lages est comédienne de théâtre.

Elle écoute principalement la radio sur sa trottinette...

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Texte et photographie

Fabrizio Di Carmine

 

Mon grand-père se leva. Il avait dans sa démarche quelque chose qui relevait de la vieillesse, de l'enthousiasme et de l'ennui. Ma grand-mère rentrait silencieusement dans le salon portant à ses lèvres un sourire que l'on aurait pu croire arraché à un masque solitaire. Elle amenait le thé. Une bouteille de rhum, non loin de là, compléterait la mixture de ses arômes. Je restais là tel un enfant sur le quai d'une gare où le paysage viendrait défiler.

La jeune femme noire, elle, sur la bouteille d'alcool avait un parfum de vanille et le chant monocorde de la radio à galène retransmettait une voix plus présente que celle d'un prête dans son temple. Elle possédait une solennité joyeuse, quand, annonçant une symphonie, elle décrivait le compositeur. Un nom inconnu dessinait le portrait d'un sage germanique hirsute et inaccessible. L'aura de la voix déambulant dans la gloire de l'auteur offrait au silence quelques instants de répit. Les chaussons de mon grand-père se hasardaient dès lors, dans sa mimique lente, à remonter du parquet lustré des craquements. La cire embaumait de son parfum tandis que les tapis restaient silencieux.

Seule la radio gardait une allure impassible. Les premières notes ré-ouvrirent les dentelles de l'âge. Ma grand-mère, retirant son masque, était plus sereine. Était ce la musique ou la bonhomie de mon grand-père qui lui rendait son ode légère.

Papy faisait valser ses mains en chef d'orchestre inspiré tandis que des coutures invisibles révélaient la joie d'une jeune femme en fleur sous le satin d'un figuier aux beaux jours du printemps.

J'attendais et sans le savoir, j'étais déjà en Martinique à recomposer des sagesses locales, le son caverneux et clair de la radio gardant son impassible texture. Le vert émeraude en filament de tungstène restaurant, par touche, un mystère. Tout était à la fois jeune et vieux, limpide et mystérieux. Je sentais confusément que la joie venait de griffer l'austère et que même parler aurait été irrévérencieux à mon souvenir. Il était tant de glaner quelques aubes futures sous l'œil bienveillant de mes aïeux. 

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Toile et poème

Thérèse Cigna

 

"L’Arseillaise"

Aux Arts, citoyens 

Formez vos pygmalions 

D’un cœur pur 

Dessinons, dessinons 

Un nouvel horizon.

 

Que veut cette horde d’artistes ?

Qu’on maltraite - injures ! 

Vouloir les sortir de la piste,

Français, Ils font partie du futur !

 

Tremblez, gouvernants et vous perfides

L'opprobre de tous les partis,

Tremblez ! vos projets homicides

Vont enfin recevoir leur prix ! (bis)

Tout est artiste pour vous combattre,

S'ils tombent, nos jeunes héros 

Les beaux-arts en produiront de nouveaux 

 

Nous entrerons dans la carrière, 

Quand nos aînés n'y seront plus,

Nous penserons à leurs galères 

Et la trace de leurs vertus. (bis) 

Bien moins jaloux de leur survivre

 Que d’éviter leurs écueils 

 Nous aurons le sublime orgueil

De persévérer et de les suivre !

Thérèse Cigna est plasticienne et romancière, elle est notamment l'auteure du roman "La Bûche" aux éditions Maia.

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Texte et photographie

France Burghelle Rey

 

« Si je n’écris pas ce matin » (Guillevic) aurais-je fait mon devoir intertextuel ? Puis-je me contenter de copier-coller, de classer et de réunir des phrases et des paragraphes à l’aide de quelques bribes de mots ? Mais voici que j’ai l’idée de relire la fiche bleue qui sert de marque-page au recueil dont j’ai parlé plus haut ; j’y ai noté un objet par ligne, un vêtement, un lieu parfois, arrêtant ma lecture à la page 42 où est écrit trois vers avant la fin « le petit poste grésillant sur la table octogonale ». Alors ma mémoire se met en marche comme prévu par l’idée que ce relevé m’inspirerait et se superposent alors deux époques et deux lieux où la radio a joué son rôle magique. J’entends grésiller encore la première, celle de Louis en Bourgogne.  La famille Duraton, c’est ça ! Allons vite voir :

 

La Famille Duraton est un feuilleton radiophonique créé par Radio-Cité en 1936 (sous son titre initial d'Autour de la table)1, et auquel participait à l'origine le comédien Noël-Noël. Il se poursuit dès 1948 sur Radio-Luxembourg, puis sur Radio Andorre jusqu'en 1966.

 

Mais plus cruelle l’autre radio, petite et blanche, en bois peint par ma mère et placée aussi dans la cuisine de l’appartement. C’est là que j’ai vu mon père pleurer en entendant le « NON » du référendum. Il voulait tant que l’Algérie reste française.  Mais ce n’est pas le mot inscrit en lettres énormes sur le boulevard devant l’école qui a changé le résultat !

 

France Burghelle Rey ©

Présentation de l'auteure sur notre page "A propos".

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"Souvenir d'enfance"

de Virginia Ndodjenan

Toile de Isabelle Becker

 

Elle m’accompagnait dès le réveil, pendant mon petit déjeuner, avant de penser à l’école,

Elle m’accompagnait au coucher du soleil,

pendant mon sommeil

A 9 ans, la radio était un divertissement à mes yeux 

Elle me faisait faire quelques pas de danse quand il fallait

 

Ce jour-là, je n’étais pas réveillée par la musique de la radio

Mais ce furent les pleurs de ma cousine,

d’un nourrisson, les cris de ma mère

J’entendis le bruitage des armes à feu, les cris, l’ambiance était étrange

Pendant quelques secondes, j’étais pétrifiée, la peur stridente m’envahit

 

En quelques secondes tout le monde était autour de la radio

Pour la première fois mes oreilles prêtaient attention à la voix du monsieur

La voix que je ne n’aimais pas quand maman arrêtait ma musique pour écouter

Cette voix disait que le pays était envahi par des rebelles

Qu’il y avait des morts, des blessés, et qu’il fallait se préparer au pire.

 

ce n’était pas la musique qui passait à la radio qui m’avait réveillée

Virginia Ndodjenan est étudiante en Seine-saint-Denis.

Isabelle Becker est peintre et plasticienne à Strasbourg.

Texte de Marie Berchoud

 

 

"Nous vivions dans l’est de la France, le nord-est. Un soir de printemps, mes frères et moi jouions dehors, les parents écoutaient les nouvelles à la radio, ce devait être le 18 ou 19 mars 1962. Tout à coup, papa se penche à la fenêtre et crie : « la guerre est finie !», deux fois, puis maman surgit, le pousse et nous appelle pour dîner, ah, ça va parler ce soir encore. Les médias disent « événements d’Algérie », et de même les autres familles pour qui ces accords d’Évian sont une nouvelle parmi d’autres. Dans le quartier, on est étiquetés « bizarres » : pas beaucoup d’argent, trop de livres, de mots, un chapeau mexicain rouge et or perché sur une armoire, des cadres aux murs, aquarelles ou scènes de batailles. Et ça se sent, trop de guerres dans le lignage, des guerres vives et tues. Mais la voix de Mouloudji, et Brel et Beethoven nous portent…"

Marie Berchoud est l'auteure du récit "Le Grand Cargo de la Lecture" (Ed. Le Roi Lire), et co-auteure de l'ouvrage "Ecritures et/en migrations" (Ed. Petra, Paris), notamment le chapitre "Exprimer la migration de ses parents, voies, voix et freins".

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Dessin et poème

Thierry Le Floch

 

"La voix de son maître"

 

                                                                                                  La voix de la raison dans la splendeur céleste

Émise pour voyager de coups d’ailes assurés

D’un instinct de liaison évoquait le secret,

L’expression d’un pouvoir pour informer les lignes

Du front de la bataille ou pour guetter l’ennemi.

 

Le frêle volatile décoré de médailles,

Adulé par les troupes et les marins antiques

Bagué, toujours discret, instrument d’expression

Aux besoins de l’humain fatigué de patience,

Retourne au pigeonnier, substitué par des ondes,

Expression d’une vie, nouvelle expérience.

 

Quand la science nous libère d’un quotidien sans voix,

Les hommes oublient les ailes, échappent au naturel

Et lèguent leur passé au grenier des parents

Audacieuse invention de communication

Où les nouvelles du jour évoquent la société

Des affaires, ouvrière et du monde artistique

L’expression de la vie et le mode d’expression

S’accordent sûrement grâce à la poésie.

 

La voix d’un comédien remplacera le lecteur

Un support novateur essentiel au poème

Car écrit ou parlé sera son avenir

Hors du livre, il circule, ainsi se fait entendre

Telle la voix de son maître qui domine les ondes.

Thierry Le Floch

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Texte et photographies

Aline Recoura

 

Un seul bruit

un seul

au fond du long

couloir des caves

celui de la radio

de mon père

voix des animateurs

chansons françaises démodées

bricolage solitaire

 

Un seul bruit

un seul

tôt le matin

dans la cuisine

odeurs café

cafetière italienne

celui de la radio

de mon père

infos et chansons ringardes

lycéenne la radio

me hisse du sommeil

et me hérisse

je commence plus tard

la musique me rendort

 

Un seul bruit

un seul

dans la pièce pleine de livres

de souvenirs

de bibelots rigolos

grenouilles insectes

celui de la radio

de mon père

dix mille ans d’histoire

la tête au carré

Daniel Mermet

fenêtres ouvertes

fumée de pipe

elle ne s’éteint

Jamais

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Un seul bruit

un seul

dans mon appartement

dans ma chambre

la sieste

les repas au levé

à peine rentrée

toute la journée

enchaînements de voix

celui de ma radio

 

Un seul bruit

un seul

tout près de son oreille

chambre d’hôpital

celui de la radio

celle de ma grand-mère

paternelle

en allemand en anglais

 

Un seul bruit

un seul

dans le séjour

empêche mon fils de regarder

ses dessins animés

il dira

un seul bruit

un seul

celui de la radio

de ma mère

 

Aline Recoura,19 février 2021

Auteure de nombreux recueils dont "Banlieue Ville" illustré par le dessinateur Marjan. Publications en revues : Cabaret,  Nouveau délit, Lichen,  Traction-brabant, Traversée,  Amis de Thalie,  Comme en poésie... Livrés : Hors série numérique 6 cabaret 40 jours 40 nuits, Banlieue Ville La Lucarne des écrivains 2020, Scènes d'école Lys bleu 2021, et en avril 2021 Cardio poèmes au Petit Rameur. 

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Texte et photographie

Jean-Luc Raharimanana

 

 

Dans le train, qu'importe le voyage, qu'importe le temps, le temps qu'il fait, le temps qu'il est, dehors, en nous, hors de nous. L'installation vers un ailleurs, assis, face à des inconnus, regards échangés ou pas, sourire ou pas, masque aujourd'hui, la crainte malheureusement, mais une lueur dans les regards : espoir d'un échange. Je ferme alors les yeux, en attente du départ, les rouvrir quelques instants plus tard, plus loin, pour de paysages non familiers, même si connus, puis laisser le bruissement du voyage mourir dans les bruissements de la pensée. Mettre son casque et entendre d'autres voix, parfois futiles, parfois sérieuses, d'un monde qui vit dans les ondes...

Jean-Luc Raharimanana, auteur de 18 recueils, dont Rêves sous le linceul, Les cauchemars du gecko, Empreintes (Ed. Vents d'ailleurs), et le roman Revenir (Editions Rivages)

Premier lauréat du prix Jacques Lacarrière.

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Confidence

de Corinne Hiron

 

 

 

"Je me souviens bien de ce 14 juillet 2012, sous la présidence de Hollande.

Roger Knobelpiess réclamait le retour de la grâce collective à l'occasion de la fête Nationale, supprimée par Sarkozy.

Roger menaçait de se couper un doigt dans une lettre ouverte à Hollande.

Au volant de ma voiture, j'allumai la radio pour écouter les infos. À mon grand étonnement la voix de Roger se fit entendre.

Le journaliste l'incitait vivent à ne pas se mutilé.

Ce fut une immersion joie pour moi d'entendre Roger dire qu'il garderai ses 9 doigts ! "

Corinne Hiron :"Je pense et j'aimerais toujours rester dans la poésie de l'amateurisme. L'amateur que je suis est profondément amoureuse des couleurs que la nature nous offre. Les réseaux sociaux et un appareil photo me permettent de déposer aux pieds de vos murs cette magnifique palette de couleurs remplie d'oiseaux et de fleurs."

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Texte et photographie

Isabelle Guilloteau

Je n’ai jamais changé de station

Ni même modifié le son

C’est à peine si j’ose tourner le bouton

De ton petit transistor

Depuis que tu es mort.

Il inonde de vie chaque recoin

De ta maison de mes matins

Fidèle compagnon du printemps orphelin

Il me suit jusqu’à ton jardin

Où tout ce que tu as semé prospère

Et comme tes fleurs à portée de main

À travers ces voix familières

Bouton doré de camélia carmin

Tu refleuris mon père.

 

Isabelle Guilloteau, auteure de poèmes et nouvelles dans les revues Cabaret, Dissonances, Diptyque, et l'anthologie "Vous venez de loin ?" (Ed. Peigneurs de comètes), son texte "Annihilation" a obtenu le premier prix des éditions Grimal. A aussi créé l'un des textes de l'album "Séquelles" d'Hubert-Félix Thiéfaine.

Ci-dessous : texte de Nada Maalouf-Labbé, professeur à Pian'Arte d'Etampes, illustrant une toile de Valérie Perrin. Nada est la soeur de l'écrivain Amin Maalouf, et la mère du trompettiste Ibrahim !

Valérie Perrin : "Exposition fin septembre, pour une vente aux enchères au profit des hôpitaux de France.
Exposition en suisse à la demande de la galerie ANGLE D'ART.
Projet d' exposition en Belgique au mois de septembre 2021.
Mes créations picturales sont un pêle-mêle de mon univers joyeusement décalé, où je laisse aller mon intuitivité. Inspiration singulière par des préoccupations sur le monde, d'où des regards en nombre. L'écologie où les éléments sont inéluctablement présents dans mes dessins." 

 https://www.facebook.com/valerie.perrin.5477

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L'AU-REVOIR DE L'ANIMATRICE-RADIO (2011)

Toile de Claude Bolduc

"L'au revoir de l'animatrice radio"

Textes de Marine Levaray et Yvan Breton

 

 

Toi et moi. Dans cette voiture. Un de nos rares moments ensemble. Rien que tous les deux.

Toi qui riais à l’écoute de la radio. Moi qui souriais à l’entente de ton rire.

La radio trahissait nos silences, créait ce lien que nous étions incapables de tisser sans son aide. Et je dois admettre que je détestais cette radio.

Je détestais que tu lui prêtes plus d’attention. Je détestais qu’elle t’anime davantage. Je détestais que tu la favorises.

Et je détestais mon incapacité à ne pas pouvoir te divertir autant qu’elle.

Marine Levaray est étudiante en Essonne (91).

Ni le temps

ni le moral

ni l'envie

mais l'aléatoire fait du bien

La radio sait le faire très bien

La surprise d'une mélodie que l'on avait oubliée

Le violoncelle, la guitare triturée par le fuzz, les mesures entières de Shirley maîtrisées...

Peu importe en fait

Tout est bon dans la surprise tant qu'elle groove et qu'elle est belle

Et c'est là que seule procure la bonne musique 

cette sensation un peu magique sur

le temps

le moral et puis l'envie.

Yvan Breton est infirmier à l'hôpital Le cesame d'Angers.

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Samia Amar Ben Saber

"La fameuse radio de mon père"

Mon père ouvre son petit poste
Qu'il détient depuis des années maintenant ;
Grésillements, puis contact radio : jingle rythmé et voix familières s'invitent à la maison.
Son émission favorite à l'antenne : les GG
Débattent des sujets d'actualité
Et accueillent l'avis des auditeurs :
'Il a raison', 'Oh, je suis pas vraiment d'accord', 'Tu as entendu ce qu'ils ont dit sur les profs ?'
Lorsque je m'apprête à répondre, 'Attends deux secondes ; qu'est-ce qu'il dit ?'
Mon père, auditeur des GG, commentateur et fan de la première heure.
Silence radio : 'Ça y est, c'est fini. Tu disais quoi, déjà ?'

Texte spontané et inspiré de faits réels.

Samia est enseignante d'anglais au lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois. La radio de son père (37 ans d'âge !) est en photo.

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Geneviève Adrien

"La Radio"

J'aime écouter la radio

ça fait un peu vieillot

mais j'y suis attachée

à mon âge avancé

j'écoute les nouvelles

dès que je me réveille

j'y prête grande attention

après je vaque à mes occupations

la radio restant branchée

durant la matinée

ça n'empêche pas de travailler

Musiques chansons émissions

quel plaisir d'écouter

Merci la Radio

et ses animateurs !

Geneviève est une grande dame de 88 ans, et vit dans l'Yonne.

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Texte et photographie

Béatrice Vergnaud

"Pologne"

Ecoutant les infos, j’entends parler de la Pologne et… flash-back vers le centre culturel de Chantemerle-les-lilas où avait lieu la réception d’un groupe de lycéens polonais tout à fait charmants et détendus, venus passer quelques jours en France pour un stage culturel et linguistique. Etaient également présents leurs 2 responsables à savoir une jeune femme avenante et un homme d’une cinquantaine d’année d’allure plus stricte. Discours du maire en ma présence en tant que professeure de français et quelques autres personnes dont les adjoints et la directrice du centre de formation. Puis on me présente la jeune femme ainsi que le monsieur à qui je tends la main et… Qui s’incline presqu’à angle droit tout en approchant ses lèvres près de ma main et en joignant les talons bruyamment. Surprise par ce baisemain, je parvins à réprimer mon envie de rire ; il ne manquait plus que Sissi et François-Joseph. Au demeurant, je garde le meilleur souvenir qui soit de ce stage et de toutes ces personnes. 

L'auteure Béatrice Vergnaud est présentée

dans l'A propos du site.

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Gaëlle Godart

"La musique"

 

A l’instant où je pense à elle comme une prière, un souvenir, un appel, une musique qu’elle affectionnait tant passe à ce moment comme une réponse, un signe, une présence. Comme si ici-bas et là-haut nous étions reliés par les ondes de la radio. Quelle drôle d’idée et pourtant, je suis sûre que ce n’est pas parce que je suis hypersensible que j’en fais l’expérience, ni que je suis ultra kinesthésique. Je pense juste qu’elles sont toujours vivantes parmi nous et veillent sur nous. Elles nous disent : on est là… écoute…

Et voilà qu’à cet instant se rallume des souvenirs précis, et m’invite au grand plongeon dans un océan de larmes. Elle connaît chaque moment de mon histoire, les joies, les peines, les rencontres.

La musique remplit mes moments de solitude. Elle m’inspire en écriture comme si nous faisions qu’un, peut – être était – ce lié à mon enfance ? Et lorsque les mots chantent, la musicalité s’écrit sur les lignes de mon cahier à spirale, où chaque signe de ponctuation sont comme les soupirs et nous tiennent le souffle. Il m’arrive même en lecture d’entendre la voix de l’auteur comme une alliance. Après tout peut-être que toute vie sur terre est reliée à la musique, on le voit avec les plantes et les fleurs qui se fortifient aux vibrations de la musique… l’enfant dans le ventre de sa mère bercé par le rythme de l’écoute, s’endort calmement après écoute d’un morceau… j’en ai fait également l’expérience avec mes enfants. N’est-ce pas magique le pouvoir de la musique de toucher toutes les âmes et pour terminer je citerai Platon : "La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée."

Gaëlle Godart, auteure éminemment sympathique,

est présentée dans l'A propos du site...

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Danièle Godard-Livet

Texte et photographie

"Mon petit-déjeuner"

 

J’écoute peu la radio. J’écoute peu en général, je préfère le silence. Le matin, au petit-déjeuner le premier des deux qui se lève, de mon mari ou de moi, allume la radio et prépare le café. Le 7-9 de France Inter, prolongé jusqu’à 8 h le vendredi pour écouter le débat entre Dominique Seux et Thomas Piketty. Nous avons une tacite répartition des tâches dans notre couple, à mon mari les débats politiques et les découvertes musicales, pour moi littérature et arts visuels ;  nous partageons en promenade ou aux repas. Nous déjeunons toujours ensemble avec des menus très différents : amandes et fruits pour moi en ce moment, jambon-fromage pour lui, de temps en temps un œuf de nos poules tous les deux.

Il n’y a pas toujours des fleurs sur la table du petit-déjeuner. En ce moment, je regarde évoluer une branche de poirier ramassée dans un verger qu’on venait de tailler (celle de gauche). Les boutons floraux changent de jour en jour, grossissent et s’ouvrent d’abord, puis les pétioles s’écartent et s’allongent progressivement, enfin les pétales apparaissent, demain les fleurs seront épanouies. La branche de droite, un prunier sauvage coupé dans une haie est en train de perdre ses pétales. J’aime les bouquets qui évoluent au fil du temps ; je les garde souvent jusqu’à leur dernier souffle.

J’avais un rituel avant la covid 19 : écouter Alain Finkelkraut en voiture en allant à mon cours d’aïkido du samedi. Il agace trop mon mari pour qu’il l’écoute, moi j’aime sa culture et sa perspicacité littéraires et je supporte assez bien ses invités les plus réactionnaires (je découvre des recoins de la folie identitaire que j’ignorerais sans lui et ses invités). La pratique de l’aïkido étant interdite depuis un an, je l’écoute parfois en différé sur mon ordinateur. Il m’a fait découvrir Laurent Mauvignier histoires de la nuit.

J’écoutais beaucoup France culture autrefois, ma fille qui vit à Montréal y reste abonnée et me signale parfois une émission, un débat que j’écoute ou n’écoute pas.

Danièle Godard-Livet publie de nombreux textes sur le site de François Bon Le Tiers Livre, mais aussi (entre autres) un recueil de nouvelles "La promenade au lac Pink".

www.lesmotsjustes.org
https://amzn.to/1Sj69TX

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LLoubia

"Le transistor de tante Jeanne"

 

Au retour d’une ballade dans le jardin du Luxembourg, la mouflette et la grande dame altière s’arrêtent devant la vitrine d’un magasin.

Il est là, l’objet tant convoité dont rêve la mouflette : un mini transistor dernier cri !

C’est un méga super chouette cadeau que va lui faire tante Jeanne !

Mais avant, il faudra aller dans un café, “au petit coin discret”. Opération indispensable avant tout achat dépassant le budget des dépenses ordinaires.

Car, la tante Jeanne, doit se délester de quelques gros billets, bien à l’abri dans les poches cousues par ses soins de son iconoclaste corset coffre fort.

A treize ans, devenir propriétaire d’un mini-transistor, c’est comme détenir le Saint Graal. D’autant que ses maigres trésors remplissent à peine le volume d’une boîte à chaussures.

La tante Jeanne, en ce jour de juillet 1966, lui ouvre la porte de l’indépendance, la liberté d’écouter SA musique où et quand il lui plaira.

La tante Jeanne, cette grande amoureuse d’Opéra qui chante merveilleusement la Traviata, n’émit jamais aucun jugement sur les choix musicaux de sa petite nièce.

Il lui arriva même de dire : elle a un joli petit filet de voix cette Ella Fitzgerald !

Souvenir de la mouflette Cathy/LLoubia.

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Eric Rulliere

Texte et photographie

"Pour Julie"

La première fois que j’ai entendu Julie, c’était bien longtemps avant de la rencontrer. Je marchais sous la pluie, dans un petit village cévenol. Il faisait froid, le ciel était gris, j’étais trempé, et j’écoutais Radio escapade grâce aux écouteurs de mon mp3. Je suis tout de suite tombé amoureux de sa voix, bien qu’à l’époque elle ne se présentait pas. L’émission « les éclats de lire » a démarré par de la musique, et j’ai entendu Julie chantonner le début de l’émission, préenregistré, en chuchotant « la voix » par-dessus, puis après l’accordéon, Julie a pris une autre voix pour démarrer son émission littéraire : une voix suave, sensuelle, en désir, une voix pour moi comme celle de Marilyn Monroe mais pourtant si différente en vrai, et elle a démarré son doux programme, sur ce que j’aime appeler : « les livres des n’arbres à tichat », ou encore tout ce qu’il y a autour des livres pour nenfants, car à la radio, Julie travaille pour un festival qui a lieu en mai : « Les éclats, les éclats de lire », comme elle dit si langoureusement !

 Je sortais d’une relation amoureuse qui s’était soldée d’une paire de gifles, balle au centre. Jamais je ne revis Claire que de loin. Elle ne me reparla plus. Je devais l’aimer le reste de ma vie, et c’était encore avant de rencontrer ma femme qui allait mourir quelques dix-huit mois seulement après que nous nous re-rencontrions, car nous nous connaissions de longue date. Ainsi je pleurais, et marchais trempé par l’épaisse pluie dans les flaques d’eau des ruelles de St Hippolyte du Fort, non loin de Julie, que je ne connaissais pas encore. Mais que j’aimais déjà. Plus tard, je devais tomber définitivement amoureux d’elle, en découvrant son regard d’un bleu si indescriptible, que je manquais en entendant sa voix cristalline, de m’effondrer face à la splendide bibliothécaire qu’elle était alors. Je dus me raccrocher à une banque d’accueil, et plusieurs fois par la suite, j’ai syncopé en dévisageant ses cheveux comme ses yeux. Je n’ai jamais eu peur de mourir pour elle. Elle ne m’aime pas, et moi je suis inquiet pour elle, tout le temps, j’ai peur qu’elle soit malheureuse ou qu’elle meure. Et j’ai deux romans à écrire sur elle. Alors j’ai besoin d’elle. Depuis toutes ces années, je vis avec elle, la nuit, le jour. Je l’ai appelée Sonia, mais depuis peu je l’appelle Julie. La nuit, on monte sur une goélette à deux mats, et on voyage vers l’île de paques, et on se parle peu. Toujours on se comprend. Julie j’aimerais juste l’épouser, et lui faire un enfant, mais la laisser libre avec ses coquins, et à la limite même pas lui faire du l’amour. Et aujourd’hui, je suis l’un des plus grand fans de ses émissions, c’est fréquemment à la sieste que je l’écoute, et cette voix j’en pleure tant cette femme je l’aime, voilà : le bordel qu’elle a mis dans ma tête !

Eric Rulliere est auteur et photographe.

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Eric Rulliere

Texte et photographie

"Let’s make Love"

For Marilyn Monroe

 

Il y a toujours deux côtés dans une histoire. Et dans un sens on peut pas être et avoir été, et en même temps on peut l’être, l’avoir été, voire au pire : doctrine con fini in E. Rulliere, Dalloz, AJDA, Avril 2020, numéro 1253, opus cit. La fliquette et l’oiseau bleu (et s.). Mais d’un autre côté l’enfermement c’est la césure, la serrure, c’est Antonin Artaud à Rodez, et ce sont les quelques jours qu’Apollinaire passera en prison à la santé pour avoir volé la Joconde avec quelques potes ? 

La sanction pénale ou la liberté du vide… Le Sisyphe des temps modernes !

Qu’importe (Qu’est ce qui est vert en Franglais), Seule la fiction donne accès au réel, seule l’autofiction est ou n’est pas le réel. Confinés ? Dans la caverne de Platon, rassurez-vous je ne suis pas seul, il y a moi, Sonia, Marilyn et tant d’autres muses réelles ou non que. Indociles ou non que.

De gauche à droite ma main (la droite), écrit mais à la limite en Musologie on pourrait y lire une image inversée, en miroir, tel Milton inversait stratégiquement souvent les poignets de Marilyn Monroe avec ses chevilles, et ainsi jusqu’à ce qu’en tremble dans l’obscurité de l’écran, le message

 

NO SIGNAL !

 

NO  SIGNAL !

 

NO SIGNAL !

 

Cela sera peut-être la fin du vital, ou le début du couffin, la courses aux étals. L’ouverture des remparts, la fin du désamour et des prétendus polyamour libres et autres langages de technoplumes assiégés par le béton banché.

Mes enfants, je pense à vous, confiné dans l’omnibus de mes pensées. Mais, si je le pouvais, je rebrousserais la confination de l’origine de ma rêverie, pour y retrouver mes plumes assises autour d’une table (hélas non ronde), comme un collier dont les perles arboreraient merveilleusement la peau douce du cou de Grace Kelly. Mais je me sens vide comme un enfant à l’abandon, trois hommes et un couffin, oh oui j’ai parlé d’œdipe, mais pas de gai savoir pitié non ! Un gosse à l’abandon, sans Marilyn Monroe, sans Jane Russell, oh zut confiné je me sens canard pool river, je me dis Queen on escapade : Love of my life ; Move Move Move, bouge, and let’s make love, do it again, kiss it again ! Non non et non  je ne suis pas aux abois, enfin quand même :

 

Appelez les Ambulances !

Appelez les Ambulances !

 

(Non Marilyn n’est pas morte, je me le refuse confinément, d’ailleurs sa chevelure platinum brille encore sur mes pierreries fatiguées)

 

 

 

Eric Rulliere est auteur et photographe.

Texte et photographie

Hasna Bengana

 

Quand j'écoute la radio je m'envole
J'écoute souvent des musique type rap français et tubes américains il est parfois dans mon habitude

d'écouter de la musique arabe
Comme je disais je m'envole quand j'écoute la radio d'une part dans un battle de danse de rap ou bien un mariage

je pense je rêve je m'habitue aux pubs que les gens écoutent même pendant que les infos passent

des thèmes déjà vus 

(petit extrait de SAN de Orelsan)
Bon bon bon je vais rapper aujourd'hui

pour le thème de la radio

okayyyy..... Yeahhh....yeahh hummm okay :

" A la radio on se dit alo
A l'eau j'en ai marre ras la casquette

mais les gens écoutent

ce que je produis au début je voulais rapper pour mes haineux mais finalement je vais rapper pour un public

qui me connaît pas mais qui aime mes paroles

même si on n'écoute plus trop car il y a Spotify ou bien YouTube yo yo yo tire toujours la chasse okay....poulouloulouuuu

CT une petite dédicace à tous les gens qui écoutent

encore la radio car ils ont un petit bigo!!!!!!"

Hasna Bengana est une étudiante d'Aulnay-sous Bois

qui aime danser et rapper avec une entière fantaisie.

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Texte et création picturale

Virginie Séba

"Radio Souvenir"

 

Il est là dans le rocking chair. Elle est là dans le canapé,  les jambes allongées. Il lit, elle lit. Dans le grand salon plafond très haut. La lecture s'invite. Les pages se tournent. La bibliothèque chêne clair est équipée. Le Grand Livre Du Mois dupliqué. Un appareil radio. France musique diffuse le programme du soir. Son programme. Devant le canapé, cuir fauve, la table basse en bois fabriquée maison. Par lui. Un panneau de verre laisse voir une composition de  fleurs séchées, encollées pour ne plus bouger. Fine traces de colle reluisante. Filets serpentant entre les pétales desséchés. Toile arachnéenne. Branches poussières engluées. Automne dépoussiéré. Par elle. Les modèles sont immobiles. France musique s'interrompt commente. Voix masculine magistrale. La radio, lui, elle. Les ondes saturent l'espace. Je regarde. Ne connais que France musique, soir dans salon. Mozart Bach ou Dvorak.

Virginie Séba

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Création picturale de Tristan Mat

Texte de Yacine Boudia

Je pense pour être

Comme ma pensée

Et je regarde

Pourquoi je remarque 

Et pourquoi j'observe des secrets nus

Devant les devant nos poètes 

 

Je pense à définir 

Le sens de l'ouverture

Et de la limite

Par les mots et le son

De tes notes silencieuses

 

Je pense 

Et je pense encore .........

Yacine Boudia, poète kabyle.

ag photo avec yann, tunnel comédie (1).j

Création photographique

d'Eric Rulliere

"Tunnel Comédie"

Textes de Sharon

 

20H21

 

J’ai l’impression qu’il est tard tellement today j’ai câblé.

Vous c’était comment ?

Avez-vous senti comme dirait le poète :

« le lourd poids du ciel qui pèse comme un couvercle » ?

Ou bien la journée était douce comme Daenerys,

Le timbre de Brel dans sa mélodie des vieux amants ?

Un pas devant l’autre, les planètes alignées, le souffle régulé, Entre les rires, les silences, les étonnements.

Un temps long mais court,

Qui, les yeux en face des trous file agréablement.

Autant pour moi si je te prends à parti,

Mais en ce jour quel est ton camp ?

LESION

 

Le Dalaï-Lama disait

« Ce que nous sommes, nous le devons à l’affection.

Les jours de notre existence se passent grâce à l’affection. »

Et moi je suis solo, je pourrais le crier – le disserter

– le chanter à l’unisson

Mais pour ça faudrait une troupe, ça va de soi

Alors je vais le taire de toutes mes forces.

Et dans mon être « quelle partition »

La même everyday en boom-bap et à foison

Un cri du cœur inaudible

Prisonnier de la chair comme une note basse

étouffée par le caisson

alonealonealonealone

alonealonealonealone

T’entendras pas ça le « Saturday Night Fever »

Mais les dimanches soirs d’hiver 

On est nombreux à la fredonner au fond

L'auteur Sharon s'est présenté dans l'A propos du site.

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Toile de l'artiste MAÏPO

Texte de Stéphane Casenobe

"L'ART DE BAZARDER !"

 

J’AI TENDANCE   A SURJOUER TOUT MON FOUTU BAZAR !

MON    DOUBLE   D’OMBRE           EST MON FOUTU BAZAR.                  JE SAIS.

JE      RAMASSE   EN    PASSANT MON HUMEUR DE BAZAR.

C’EST             DU BEAU BRICOLAGE UN PUTAIN DE FOUTU

 

BAZAR.         POEME            UNIVERSEL D’UN GROS BAZAR

JUSQU’AU    BAZAR                SUIVANT.                      LE   SOIR RECALCITRANT

D’UN              BAZAR               A UN AUTRE…             ET C’EST LÁ LE MIRACLE !

L’    INIMAGINABLE !                 UN BAZAR !              LE CHIEN         QUI HURLE

 

N’EST           JAMAIS LE CHIEN QUI MORD.          BAZARDER MOI

ÇA….                             J’AI LE WI-FI ET L’OUIE FINE C’EST INOUI !

MON RAZBA…           MON BAZAR EN VERLAN.                           RAS LE FRONT

 

DU     RAZBA !            RAS LE BOL !                               BAZAR SUR MON RADAR

INTIME.  J’AI              DES FLASHS      DE BAZAR       PLEIN LES YEUX !

BAZAR                        BLABLA        BAZAR GAGA       BAZAR     BASTA…

Stéphane Casenobe a publié de nombreux textes dans de multiples revues TRACTION BRABANT N°61, N°65 ; COMME EN POESIE N°64 ; DECHARGE N°168 ; TRAVERSEEES N°77 ; LE TREPONEME BLEU PALE ; NEIGE D’AOÛT N°22 ; LIBELLE ; PAYSAGES ECRITS N°26 ; ECRITS(S) DU NORD N°29/30 ; NOUVEAUX DELITS N°55...

« Ça va passer sur l’écume des jours » aux Editions Les Adex/2018

« Comme sur le pont d’un bateau ivre » Editions Les Solicendristes/2019; « Sur l’Astéroïde B-612 »Hors-série de Chats de Mars/2019 ; « La Symphonie du trouble bipolaire" aux Editions du Contentieux /Juin 2020.

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Texte et photographie

Dominique Damian

 

 

Quand le ciel bas et lourd prend des airs de Rothko, 

Que Rammstein rugit Radio

C'est dans la caisse, on the road toujours

Que défilent tous mes amours

 

Vlna 88.6, Arabella ou Brno, radios

H, SK ou CZ l'air, la lettre 

Le vaste ciel, un panneau ! O Terre 

L'ailleurs est mon chemin.

 

Radio

 

--

Dominique Damian
www.scribendo.fr

 

Texte et photographie

Emmanuelle Bouhier

 

 

 

 

 

 

Pointe du Millier, Finistère

 

A la pointe du Millier, pas besoin de musique dans les oreilles : seul reste le bruit ou le rugissement des vagues,

le souffle du vent sur notre peau...

Emmanuelle Bouhier est professeure documentaliste à Quimper.

Texte et photographie

de Roberto Russo

"Mémoires radiophoniques"

 

Au début des années 70, j’habitais avec mes parents dans la province de Milan. À l’âge de trois ans et demi, ma mère m’offrit un enregistreur à bobines et je m’amusais à enregistrer ma voix. Chez moi il y avait aussi un tourne-disque et des livres, mais la radio et la télé étaient absents.

Quelques années plus tard, ma famille retourna vivre à Cerignola, la ville où je suis né, dans le sud-est de l’Italie. A cette période, des stations de radio privées dites “radios libres” étaient en train de se diffuser partout.

Un dimanche matin, à l’âge de 11 ans, je sonnai à la porte d’un petit studio radiophonique de ma ville et le dimanche suivant, à la même heure, j’étais déjà assis devant un micro en train de présenter une émission pour les enfants. Quand internet et les smartphones n’existaient pas du tout, cette atmosphère spéciale du studio donnait la sensation d’ouvrir en grand une fenêtre sur le monde entier.

À 12 ans, on me fit cadeau de mon premier appareil radio portable et la place où je l’écoutais, selon mon habitude, c’était mon lit ! J’aimais tellement cette petite “boîte” en style colonial couleur vert-militaire que je m’endormais souvent avec les écouteurs dans les oreilles et la radio allumée sur mon oreiller...

Roberto Russo est réalisateur, né à Cerignola dans Les Pouilles. En 1996, il invente "Mobil Tv" à Rome, la première télévision de rue. Vidéoclip "Good-bye Paris" avec Mikelangelo Loconte, des documentaires "De la mer aux étoiles" dédié au poète Potito Occhiobianco, "La vérité ultime" pour le compositeur Franco Battiato.

Photo: Roberto Russo dans le studio de "Radiocittà", Cerignola, Italie, Juillet 1991.