Les Veillées - confidences, danses et musiques
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Edouard Glissant, "Le Chaos-Monde, l'oral et l'écrit"
Chez les Antillais, peuple d'origine africaine, la fonction de la mémoire est liée à l'oralité. Pendant la période de la traite, les esclaves antillais sont parvenus à se rattacher à leurs racines africaines en créant la langue créole pour pouvoir communiquer entre eux. C'est la nuit, après le travail dans les champs de canne, que l'on se transmettait l'histoire des généalogies, d'où l'expression "parole de nuit". Cette "parole de nuit" a fourni la base de la désaliénation de l'esclave; elle a permis à l'Antillais de résister au système d'assimilation mis en place par le colonialisme.
Edouard Glissant, in "Ecrire la parole de nuit", La nouvelle littérature antillaise, Gallimard Folio Essais, 1994.
Yacine Boudia
J'ai connu l'éphémère de la beauté
En ce sens de la météo
Je recontacte souvent la vie
après l'observation
quand le solitaire pense que le partage
est le succès
quand le poète pense que le partage
sans création
des projets
est sans limite dès le premier pas
Yacine Boudia
Ecrit dans la ville, dans les rues de Pantin, Bondy, Paris 4, 6, 13, 18, 20, à coeur joint.


Perle Vallens, "Lucioles"
Nuit tombe sur nos yeux grands ouverts
nous pénètre de sa densité fraîche
une vague d’obscurité que nous attendions
pour allumer la lumière
comme un commencement
la célébration du début de toute chose
Ce qui luit monte dans le noir
en même temps que nos voix qui entonnent
un chant ancien
des paroles puissantes pulsent leurs ondes
sonores mêlées aux lumineuses
elles nous réchauffent et nous éclairent
Du néant émergent nos corps
comme un seul : uni.e.s
s’y agrègent les étoiles projetées
sur nos peaux photosensibles trop longtemps
restées dans l’insaisissable bouillonnement
de l’ombre
Nous parsemons de luminescence
jusqu’à l’herbe sous nos pieds dansants
le moment est de joie
de bourgeonnement et d’éveil
en humains-lucioles[1] nous brillons
et nous veillons les uns sur les autres
Perle Vallens est l'autrice du recueil "Attrape rêves". Au cœur d'une Provence d'adoption, Perle Vallens écrit et photographie. La poésie se tisse de mots et d'images, les uns nourrissant les autres. Ecrire c'est explorer l'intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 avec "Toucher à la hache" au Diable Vauvert. peggy m, récit poétique et choral, est son dernier livre (ed la place, 2024).
[1]emprunté à Georges Didi-Huberman

Caroline Diaz
texte et photographie, "confidences"
Je retrouvais l’horizon attendu, la canicule semblait tenue à distance, autour la bande de filles était joyeuse, attentive, je riais avec elles, je savourais la nourriture que chacune préparait pour les autres, je ne faisais pas semblant, il y avait pourtant ce bruit de fond, cette inquiétude constante, on allait encore une fois compter nos morts, Philippe me disait au téléphone qu’il vivait dans le noir, que la lumière c’était de la chaleur en plus, je pensais chaque jour aux filles, je ne retrouvais pas l’élan des petits matins à contempler l’aurore, n’écrivais pas, ne lisais pas non plus, prenais moins de photos qu’à l’accoutumée, je suivais le mouvement, heureusement les méduses se tenaient à distance, j’ai pu retrouver le goût de l’eau, je plongeais chaque jour depuis le rocher et retrouvais dans ce geste quelque chose de l’enfance, la fierté de sentir mon corps tendu fendre l’eau sans résistance, je croyais que cela suffirait, puis le retour, se cogner à la réalité éprouvante, la chaleur qui n’avait pas cédé, les nuits difficiles, la colère devant ce que nous sommes en train de laisser advenir, il y a les mots de Philippe, sa manière un peu brutale mais salutaire de me remettre les idées en place, il y a l’énergie d’Alice, son engagement toujours et le bonheur du voyage écossais, la résilience de Nina, notre désir de nous retrouver bientôt à Carolles, le jardin de Saint-Leu, les visages amis, la lumière et la nourriture, il y a comme il me le demande, vivre au jour le jour et ne pas se charger de toute cette douleur.
Née à Alger en 1970, Caroline Diaz vit et travaille à Paris. Elle se forme à l’école supérieure d’Arts appliqués Duperré où elle explore la couleur et le motif. Elle développe une pratique artistique pluridisciplinaire qui se déploie à travers la gravure, la photographie, l'écriture. Elle publie des carnets hebdomadaires, mêlant textes et photographies sur son blog, lesheurescreuses.net. Son premier livre, Comanche, récit intime et vibrant sur les traces de son père, est paru en 2023 chez Bookelis.

Françoise Renaud, "sauvage"
dans le pays loin des villes,
le champ de ciel est infini,
les forêts toutes serrées
dans l’immensité du sauvage,
les créatures n’ont de crainte
sinon celles de leur espèce
elles vivent dans le frisson du soir,
de loin reconnaissent les chasseurs
et leurs meutes impatientes
dans le pays loin des villes,
dense est le temps du repos
dans la gorge des vallons, herbes vivaces
et zones humides où s’épanchent les sources
la terre y détient ce gras précieux qui fait croître le blé
la lumière est prospère, crie parfois
dans les étés violents jusqu’à blesser
le sol granitique
tu restes en bordure du temps,
silhouette parmi les femmes,
guettant les créatures de nuit
te reste les goûts de l’enfance
et le souvenir de l’océan
la confiance a remplacé la terreur en dépit
des dégradations climatiques
dedans l’inéluctable
dans le pays que tu as choisi,
les collines sont blondes,
les herbes et les épis font des vagues
les oiseaux apaisent la tristesse
chaque jour tu te dis qu’il faut cesser de penser, seulement
écouter
pas de mot pour dire, pas de chant
les corps murmurent, les bouches se taisent,
l’œil navigue dans l’encre
jusqu’à trouver le vent
Née sur la côte atlantique, Françoise Renaud demeure marquée par le paysage de mer et par les tempêtes. Elle dit qu’elle a besoin de ciel et de nature. Elle dit que roman et poésie sont devenus ses champs de bataille. Plus d’une trentaine d’ouvrages parus depuis 1997 (roman, récit, jeunesse, poésie…).
Elle se consacre désormais à la littérature et cultive ses jardins en Limousin.
Vidéo-poème "Un fleuve pour l'Ukraine"
Violoncelle Yvan Breton
piano Marion Bourdier, texte et voix Françoise Breton.

Dessin "La Veilleuse" de l'artiste du Nord-Pas-de-Calais MAÏPO Darras.
Perrine Le Querrec
"Lueurs"
l’atelier de pierres
la maison de verre
la chambre de feutre
d’un seul pas basculer
dans l’autre univers
demi nuit demi jour
lacis des heures
croire aux lueurs
et si c’était vrai
et si c’était juste
PLQ
A publié de nombreux recueil "Ruines", "Les Tondues", "Rouge Pute", "Le Prénom a été modifié"...
et le très remarqué "Warglyphes" (comment écrire la guerre ?) aux éditions Bruno Doucey.
Son dernier recueil rend hommage au danseur Vaslav Nijinsky...


Marie Berchoud
"Ne plus fermer les yeux"
C'est un intérieur extérieur quelque part entre Mexico et La Nouvelle Orléans, via un Rio Bravo / Grande : cette dame est la mère du premier fils de mon père qui n'a jamais su qu'il était père une première fois. Il est rentré en France pour enterrer sa mère et... 1939, embarqué dans la WW2.
À sa mort, 1990, j'ai sauvé les docs et photos que ma mère voulait faire disparaitre et j'ai enquêté, je suis allée sur place plusieurs fois avec un enjeu vital, reconstitué le puzzle de la vie. En effet, mon père n'a jamais su que son premier fils né en France en 1950 était en réalité un second ; et ce faux premier à l'insu de tous, il a tôt dérapé (les secrets lignagers se transmettent de terrible façon parfois) et il est mort en HP étranglé dans ses liens. A 24 ans. Sacrée dolor, a bas les études et la prépa, je suis partie sur les routes du monde...
Marie Berchoud, voyageuse d'abord puis enseignante par goût et besoin du partage, en divers pays des séjours d'enseignement, Chine, Vietnam, Maroc, Algérie, Togo. Goût de l'écriture et de la recherche, thèse sur l'Algérie (une approche infrahistorique par les terres et les êtres), puis enseignement à l'université. Ecriture narrative, fiction et récits. Derniers ouvrages parus sur l'enfance des écrivains, Stendhal, Diderot, Cyrano de Bergerac...

Duo poétique pour "Veillées", voix et texte de Zohra Mrimi, poétesse,
Chorégraphie de Laurence Dubois, danseuse.
Vidéo-poème à découvrir sur notre chaîne YouTube :
J’ai veillé sur ton départ,
comme on surveille une horloge.
J’ai veillé à chaque vêtement,
chaque objet rangé dans la valise.
Les aiguilles bougent,
même lentement.
On dirait des tonnes de vêtements.
Qui pourra arrêter l’heure,
Seigneur des mondes ?
J’ai veillé ton absence,
comme une gardienne de cage.
L’animal était féroce.
J’ai reçu ses griffes.
Celles qui m’ont marquée,
m’ont éloignée du présent.
Je m’obstine à les caresser.
Je te veille
et je te crains.
Elle finira par me dévorer.
Puis je veille ton arrivée.
L’excès d’insomnie
est une identité.
Cet amour si vaste,
habité par nous deux.
Pour la liberté.
Pour cette année.
Pour les années à venir.
L’heure,
désormais,
est une alliée.
Zohra Mrimi est une poétesse française née au Maroc. Elle travaille en tant qu'auxiliaire de vie auprès de personnes âgées. Elle est l'auteure d'un premier recueil publié en 2019, Le jour fait l'adieu, éditions Z4, puis Le nom de mon éternité aux éditions L'harmattan.
Laurence Dubois
Chorégraphe, Danseuse, Masseuse basée dans la Drôme.
Création en cours.

Véronika Viviane Dimicoli, texte et création picturale "Mère Veille"
Véronika Viviane Dimicoli, "Mère Veille"
En Terre niée
En Terre raillée
En Terre réifiée
En Terre mitée
En Terre acier
En Terre assez !
Se terrer ?
Se taire ?
La même affaire !
Quel ver de terre
S’enorgueillirait
De desinterrêt ?
Enluminez
Enamourez
Les larmes
Des mers !
De mer en Mèritez
De mer en Mère
veillez
Véronika Viviane Dimicoli
Comédienne, autrice et metteuse en scène, Véronika Viviane Dimicoli fonde la Cie Folheliotrope en 2015, pour la création de spectacles vivants engagés au service du Vivant. Elle signe une première création primée au Festival Off d'Avignon en 2018, inspirée de témoignages d'enfants placés.
Deux contes musicaux suivent, dédiés aux forêts et aux Guarani, les gardiens de la Terre.
Lauréate du prix de poésie jeunes de la ville d'Angers en 1989, elle a publié depuis des poèmes, des nouvelles et des entretiens dans plusieurs revues littéraires. http://www.veroniquedimicoli.fr

Helena Barroso, "La rivière"
Ces nuits-là, tous les pas mènent à la rivière. On veille, on la surveille. On pose des pierres révélatrices du niveau de l’eau sur les marches du ponton. On la voit arriver en trombes, plus que vingt centimètres et elle submergera la route, inondera les potagers, fera tomber des arbres. On se souvient de la dernière fois, dix, vingt ans, le village transformé en lac, les maisons envahies de boue, les sauvetages, les abris, la peur. Alors, on déambule dans les rues, on les arpente, on voit venir la gendarmerie, on apprend les routes déjà coupées aux alentours, on calcule le temps qu’elle mettra jusqu’à envahir les rues, mais c’est déjà fait, les bottes en caoutchouc nous le disent, les lampadaires ne filtrent plus de lumière et la pluie ne traverse plus rien. On regarde, on attend. Si ça monte trop, les affaires sont préparées, on se sauve vers la partie haute, on s’abritera. On consulte la météo, dans quelques heures peut-être une accalmie, le temps d’un répit. Les marches du ponton ont disparu, elle avance vers la place, s’apprête à engloutir. On sent que cette fois-ci c’est pour de bon, il n’y a plus rien à faire. Les plus nerveux s’envolent, les autres discutent encore les causes. Pourtant, un reflux. Lentement, elle commence à battre en retraite, recule, baissant la tête, honteuse pour rien. On comprend. Un mur a dû se rompre quelque part, lui a offert l’espace qui lui manquait, elle a rassasié sa gourmandise. On continue notre veillée, de peur qu’elle ne revienne, mais elle a bel bien choisi d’autres campagnes. Une nuit sans rêves, sans cauchemars ni poésie.
Helena Barroso
Après plus de trente de vie citadine, je vis actuellement à la campagne, dans un petit village au sud du Portugal.

Création picturale d'Anne-Marie Pamelard
Texte de Fabienne Savarit
"A l'ombre des lumières"
à l’ombre des lumières
le grand calme pleure
sur les rives opaques
de chaque rivage
le monde tonne
de paroles de cendre
s’y nichent les secrets
à portée de langue
à fourmiller les doigts
et sur la rive
sur l’autre rive
elle joue de ses mains
ils dédoublent leurs pas
les pieds dans les flaques
et l’iode perlant les paupières
elle seule,
lui seul,
d’un espoir infime,
rétractent l’horizon
et sur la rive
sur l’autre rive
ils jouent leur vie
au clignement des souvenirs
à la mollesse de leurs peaux
le brouillard éclipse la lune
ils imaginent la houle
s’enflammer de fauves
seulement un chuchotement
tenant l’oubli en creux
ils croient à l’invisible
au ton mat des embruns
ressentent les picotements de fraîcheur
l’ondulation des écailles
ils lèvent le visage
et sur la rive
sur l’autre rive
dans un équilibre funambule
ils attrapent la mer
où leurs espoirs se perdent dans une poignée de terre
Fabienne Savarit : Je me nourris des couleurs du littoral et laisse les histoires m'emporter dans leur sillage poétique. J'aime la douceur des mots et cheminer à la lisière du rêve.
En ligne : Instagram : @fabienne_savarit / Facebook : fabienne savarit
Anne-Marie Pamelard : Souvent je dévisage des inconnu-e-s
Avec ma gouache et mes crayons de couleur je voyage sur leurs visages.
J'aime faire cohabiter les inattendus et composer des chimères.
En ligne : Instagram : @365zanne

Laure Humbel, "Veillées"
le monde est écartelé
un bras sous perfusion d’hydrocarbures
l’autre pompé de sa lymphe vitale
et méphitique
le reste recouvert d’une couverture
de survie
qui brille à la lumière intermittente des blocs
artificiels
l’œil bleu de la machine
fixe
le fauteuil de la veilleuse
une forme humaine y dort avec la mollesse de l’oubli
rêvant d’un réveil
réparé
dehors monte la marée noire
à travers le goudron du monde
voir
les yeux de l’aube
Laure Humbel cherche à interroger le rapport sensible au temps, au lieu, au monde. Autrice de Fadia Nicé ou l'histoire inventée d'une vraie esclave romaine et d’Une Piétonne à Marseille, elle écrit aussi pour la jeunesse et expérimente des formes littéraires sur ses tablettes en ligne (laurehumbel.fr).

Quelque part un corps
de douleurs à l’agonie
à veiller
quelqu’une souffreteuse
pleine peau pleine d’os
Quelque part
la cage fume
les poumons pleurent
un thorax feint
mais rien mais
de douleur le corps
Quelqu’une ne sait plus l’autour
les flammes au foie
des pinces en gorge
quelqu’une
des cheveux étrangers
un patch
Quelque part enfin
rassure quelqu’une
soulage quelque part un corps
ne frémit pas
Une voix
ne pas
ne pas
ne pas encore
encore
flancher encore
ne pas
veiller juste
veiller
encore
Quelque part
en bataille des oreillers
en plume plombés dans la joue
jetés quelque part
Et des traitements
pointus pointilleux
en morceaux les cellules
les bonnes mauvaises
Quelque part
une bouche si grande
avale un sourire
gratte et l’espérance
Quelqu’une d’infusions lourdes en veines
revient quelque part
se nourrir
engranger
suffoquer
Quelque je
quelque part
quelqu’une encore
encore
encore debout
couchées là encore
la chair gonflée
à veiller
Quelqu’une
quelque part
reste ici
encore
maintenant
Quelqu’une encore
quelque part
encore là
là encore
quelque part
Le vent sur les cils
brusque le monde
quelque part
encore
quelqu’une veille
encore
Jen Hendrycks
Je lis, j'écris, j'illustre, je traque l'indigne.
"Ici des hommes" et "Hommes sols" deux recueils parus aux éditions Gros Textes, ainsi qu'un album jeunesse "Bienvenue Loupiote" chez On ne compte pas pour du beurre.

Juliette Derimay, "Dans la lune"
C’est l’été. Il fait chaud, trop chaud, bien trop chaud. Quand on rencontre les gens on parle de canicule, quand on regarde les journaux, on voit la canicule, quand on écrit des lettres, on écrit canicule. Alors le soir on lit, au frais sur le balcon, on lit même dans le noir quand on lit sur écran, lettres pâles sur fond gris pour que le clair de l’écran ne vienne pas chasser le sombre du dehors. La nuit arrive doucement avec la fin du jour, elle cache le jaune des herbes déjà sèches, le rouille des feuilles flétries alors qu’elles viennent tout juste de se déplier. Le sombre du jour qui se couche va gommer les couleurs, d’abord les faire pâlir puis les faire basculer dans le monde des souvenirs. De même pour la forêt, qui perd sa profondeur, les formes des arbres ne sont plus que des découpes de papier, des ombres sans épaisseur qui créent des silhouettes sur le plus clair du ciel. Et entre deux sapins, une clarté apparaît, une clarté qui se hausse jusqu’à l’éblouissement, jusqu’au blanc qui nous fait détourner le regard. Alors on ne lit plus, l’écran s’éteint tout seul et la lune se lève. D’abord juste une lueur, comme une ville éclairée de trop de lampadaires, puis tel un béret blanc au sommet de la montagne, qui grossit, s’arrondit, jusqu’à s’en détacher et monter comme une goutte qui sortirait de l’eau. La lune est là, la lune luit, on ne pense plus à lire autre chose que la nuit.
Juliette Derimay vit actuellement dans les montagnes de Savoie et travaille dans un labo photo de tirages d’art, activité qui assure le quotidien ainsi qu'une bonne partie de son inspiration pour l'écriture. Ses textes laissent toujours une grande place au dehors, vous pouvez les retrouver sur son site https://www.les-enlivreurs.fr/ . Publications : « Voyage en Irréel » avec le photographe Nicolas Orillard-Demaire (https://nod-photography.com/) et nombreuses participations à des ouvrages collectifs.

Mokhtar El Amraoui, "La terrasse de nos veillées"
Ah ! Ce grand Ah ! pour toutes ces veillées que je baptise " Portes des braises" !
Leur centre d'enfantement onirique est le brasero, le kanoun où les magiques mains maternelles posent et font tournoyer les épis de maïs avec leurs gerbes d'étincelles en ce sublime lieu athanorique, la terrasse avec ses carreaux rouge brique sur lesquels je dessine les figures des contes avec du charbon qui alimente le brasero! Kanoun !
Et ce trou tout noir tout profond des chauves-souris connu seulement de moi que je protège secrètement de mes affectueux sourires complices !
Tous les autres, par peur superstitieuse, pourraient les détruire, brûler, anéantir !
Mes amies de la nuit ! Leurs si belles danses !
Ah ! Ces interminables veillées à la terrasse ! juste en face du cimetière avec ses soupirs des morts à côté du château d'eau perché là où viennent nicher les cigognes !
Tout en cette féerie nocturne devient si fluide, naviguant dans nos artères pendues aux lèvres de ma mère qui nous content les monstrueuses espiègles Obithas-Ogresses tintinnabulant de toutes leurs chaînes avançant de tous leurs voraces feux échevelés pour piéger les amoureux téméraires et les conduire dans leurs fatals châteaux remplis de victimes et d'esclaves trompés par leurs charmes.
Puis l'on s'envole avec toutes leurs épreuves du salut libérateur que l'on imagine épiques ! Et les héros se sauvent finalement des serres empoisonnées de la hideuse Obitha !
Ah ! Toutes ces veillées à la terrasse, notre cinéma, avec les intarissables lèvres de ma mère et les inextinguibles braseros de ses contes si enflammés crépitant pour toujours dans mon cœur d'éternel enfant !
© Mokhtar El Amraoui, poète tunisien.

Gaëlle Lavisse, Veille-Est (en langue oiseau)
Bonjour les yeux braqués sur le monde et ses dérives,
les oreilles sentinelles,
les visages ouverts dans la nuit ardente
d’une campagne ou d’une ville
où murmurent les souvenirs d’enfance et les bêtes
Bonjour écrans saturés de guerres
où des cartes s’embrasent
où des vies deviennent des chiffres en bas d’l’écran,
pendant que des mains anonymes signent des contrats
plus lourds que des bombes.
Bonjour scandales étouffés,
îles de silence et de mensonges,
affaires qu’on voudrait enterrer sous des dossiers classés,
enfants trahis par ceux qui auraient dû les protéger,
à ces vérités qui remontent à la surface comme des noyés.
Bonjour ombres qui rôdent
dans les palais, les plateaux télé, les coulisses du pouvoir,
à ces formes de cannibalisme moderne
où l’on dévore les corps, les terres, les rêves,
où l’on consomme l’autre comme un produit à avoir.
Bonjour aux rayons fluorescents qui vendent l’oubli
en portions individuelles,
aux pesticides dans les champs
aux publicités qui repeignent le poison en couleurs vives.
Bonjour foules épuisées,
travailleurs qui n’ont plus le temps de regarder le ciel,
mères inquiètes, aux pères perdus,
jeunes qui sentent confusément
que quelque chose cloche dans ce grand théâtre
où l’on demande d’applaudir sans comprendre la pièce.
Et pourtant…
Que se passerait-il
si, un matin, nous refusions de nourrir la bête immonde,
celle qui se repaît de notre peur,
de notre colère, de notre résignation grise ?
Gaëlle Lavisse parcourt toutes les régions et les écoles avec son bel atelier d'écriture "Dis Petite".

Simone Schwarz-Bart, extrait de Pluie et Vent surTélumée Miracle, Editions du Seuil, 1972.
Je me suis sentie légère et décidée, j'ai confectionné quelques torches, j'ai allumé les lampes et j'ai accueilli comme il fallait les gens qui commençaient d'affluer pour rendre hommage à Reine Sans Nom. On apportait des tasses, des verres, des marmites, du café grillé, des légumes pour le bouillon de l'aube, et chacun venait se recueillir et contempler le visage de grand-mère. Elle semblait enformie, un vague sourire flottait à ses lèvres et après avoir fait le signe de croix, jeté de l'eau bénite aux quatre coins de la pièce, on se demandait...
_ Qu'est-ce qu'elle a bien pu apercevoir, la Reine, pour qu'elle ait ce visage-là, mais qu'est-ce ?
Après un court échange de réflexions, certaines femmes tendirent des draps brodés du Vieux-Fort aux cloisons. Les prieuses, l'air effaré, s'installaient de chaque côté du lit mortuaire, commençaient à emplir la pièce de litanies et De profundis. De temps en temps l'une d'elles quittait sa chaise pour disposer une fleur à la cloison et la prière recommençait. Dehors, dans la cour, des hommes dressaient une bâche, installaient tables, tabourets, petits bancs personnels, et quelques commères hachaient menu les légumes de la soupe, tout en bavardant à bâtons rompus :
_ Il doit s'en passer des choses dans l'air, aujourd'hui... c'est Jérémie qui doit être aux huiles ce soir, malgré ça bon Dieu, après tant d'absence...
Sous la bâche, un homme était assis négligemment sur son tambour et d'autres discutaient, riaient fort, buvaient selon leur envie, organisaient des jeux. Il y avait dés, il y avait dominos et il y avait une roche qu'un groupe se faisait passer en martelant un chant âpre et monotone :
Maudit maudit
Même si ta mère est maudite
Dis une prière pour elle
Et la roche passait de main en main, de plus en plus vite, chacun la faisantsonner au sol avant de la donner au voisin. Le rythme se précipitait, le bruit de roche grandissait, la mélodie ne s'entendait plus guère quand un homme se leva et dit :
La Reine est morte, messieurs, a-t-elle vécu ?
Nous ne savons pas
Et si demain c'est mon tour, est-ce que j'aurai vécu ?
Je ne sais pas
Allez, buvons un peu
Une brise de mer s'était levée et des nuages clairs envahissaient les hauteurs de la nuit. Je m'étais assises sur un banc en plein milieu de ce branle-bas, et je frappais assidument une roche contre le bois, pour moi-même, à petits coups appliqués, en m'efforçant de cacher à tous les regards combien je me sentais perdue et déchirée sans le petit fanal de grand-mère.
Simone Schwarz-Bart, Pluie et Vent sur Télumée Miracle, chapitre 10.
L'autrice vous rencontre virituellement dans sa maison de Goyave en Guadeloupe. Dans cette courte vidéo (7mn), vous pourrez la voir dans son jardin et sa maison. Vous l'entendrez parler de sa famille, ses inspirations, ses romans et la culture créole.

Gracia Bejjani, Sobhiyé, Corps de femmes, Accro Editions, Bruxelles, 2026.
Nos veillées se tenaient sous terre, dans ces abris où l'on priait, mangeait, dormait sans dormir. Nous avons appris à veiller sur nos vies, cette attente-là, ensemble, seuls.
Les locataires du sixième étage, les premiers à se précipiter vers l'abri, à pied de peur d'être bloqués dans l'ascenseur en cas de panne d'électricité. Les habitants de l'immeuble rejoignent le sous-sol au rythme de leur peur. La grand-mère du premier se rebiffe : de toute manière, combien j'ai encore à vivre. Laissez-moi mourir en paix. Et sa petite-fille de s'accrocher : allez téta, je ne descends pas sans toi, tu es prévenue.
J'appartiens à l'Histoire ; je vis une guerre. Les habitants du cinquième déclinent l'invitation à ce regroupement collectif, jusqu'à l'effacement. Leur discrétion me fascine, ce mystère qui les isole. Inhabité, l'appartement du sous-sol est devenu notre refuge. Dans le double salon, les hommes se rassemblent autour de la radio ; elle organise l'espace, cœur vivant de l'abri. Imperturbable, elle poursuit ses analyses. Timbre détaché, comme si la speakerine n'était pas concernée ; on reconnaît sa voix atone dans la cacophonie ambiante.
Dans un coin de la cuisine, un mini-four. Tante Elham, la reine des desserts, promet des pâtisseries. Son appartement sent le sucre et le beurre, des odeurs qui transforment l'abri en paradis. On oublie la raison de nos assemblées. Se régaler, se brûler le palais avec plaisir. Nos cinq étages réunis, comme bouche unique. La plaque électrique chauffe en permanence, attroupement badin autour du café qui doit bouillir trois fois selon ma mère.
Certains jours, les bombardements se prolongent dans la nuit. Nous étendons les matelas au sol, marquant d'infimes séparations entre les familles. Elles ne nous protègent pas du brassage des vécus, nocturne intimité contrainte. Certains arrivent à s'endormir. D'autres n'essayent pas, regards perdus, lèvres froissées en une bouderie involontaire. Les voisins deviennent des étrangers à redécouvrir, désarmés dans leurs tenues à fleurs ou à rayures. Je ne veux pas m'abandonner à l'engourdissement collectif. Combattre le sommeil sous le drap qui me protège du monde.
Je retiens mes larmes quand la gravité de Fayrouz chante Beyrouth. Je pense les alliances en termes d'amour, les adversités, de haine. Pays et religions deviennent des personnages. Je guette l'injonction qui me dicterait quel pays haïr et quel pays nous aime. Je comprends tout et son contraire. Quelle guerre nous mobilise si l'on ne connaît pas son ennemi ? Les abris se taisent, sans proposer de réponse. Quel est le sens d'une guerre, sans adversaire identifié ?
Gracia Bejjani
Extrait de Sobhiyé – Corps de femmes, Accro Editions.


Nathalie Holt, "Veillée d'une seule nuit"
J’ai veillé dans une ville où le matin on dit bonsoir.
Sur une île, grecque je crois, regardé les étoiles se jeter dans un port.
Dans un train, assise par terre, veillé avec Herman Melville sans croiser de marin.
J’ai lutté toute une nuit avec personne ; mais dansé peau à peau
contre toi.
Quand on ne dort que d’un oeil, est-ce qu’on voit ?
Trois nuits j’ai surpris l’aube sur les pierres de ce mur antique :
on fabriquait de la lumière d’opéra.
Plus tard j’ai peint un ciel d’orage dans une cage noire;
des fantômes se penchaient aux passerelles.
J’ai vu ce personnage se répéter sa nuit ; cet autre, resté sans
voix, s’éteindre comme feu de joie.
Quand on ne dort que d’un oeil, est-ce qu’on rêve ?
J’ai marché une nuit dans un couloir, tout était blanc.
Ailleurs, dressé une table dans un hangar sans feu et tiré des
guirlandes de minuit à minuit en buvant trop.
J’ai veillé mon père mort ; pas l’enfant sorti trop tôt de mon corps.
Une autre nuit j’ai suivi la mort en direct sur un écran très grand;
je crois que tu dormais.
Quand on ne dort que d’un oeil qu’est-ce qu’on ne voit pas ?
Nathalie Holt scénographe de théâtre et d’opéra a publié aux éditions Un jeudi "Ils tombaient", 2021; "Averses", 2024 et "Couché on fait plus court" en 2026.

Mariroc Partoski, "Les Veilleurs"
Dans le froid du monde, de la terre jusqu’aux cieux, les maux blessent nos cœurs.
Les Veilleurs sont les anges d’en bas.
Ils intègrent la matière pour voir notre monde.
Ils anticipent bien des dangers et nous protègent de leurs ailes.
Ils soufflent l’espoir de vivre et nous enveloppent d’un manteau de soie.
On pense qu'ils n'existent pas.
Les guerres et les malheurs nous font douter de leur présence.
Pourtant les Veilleurs sont parmi nous : dans les nuages, dans les arbres et dans les pierres.
Elle le sait et sourit en y pensant.
Elle ressent leur lumière de la tête aux pieds, lui insufflant de l’espoir prêt à grandir.
Elle rassemble ses forces et recueille sa flamme vacillante dans son cœur meurtri.
Entre ses paumes, elle brille faiblement mais illumine déjà son regard.
Elle place la petite flamme devant elle et se nourrit de sa chaleur et de sa lumière.
Elle la protège et l'entoure de petits bois.
Chaque jour et chaque nuit, elle la regarde s'épanouir.
Allez savoir pourquoi, les Veilleurs ont dansé toute la nuit.
Et au matin venu, la petite souriait aux anges.
Mariroc Partoski © Texte et Illustration (Aquarelle fine et Encre)
Méditactivation artistique en couleurs et en mots. Jeux de lumière et d’expression, entre peinture et écriture. Autodidacte, je laisse mes ressentis guider mon exploration artistique, tissant un dialogue entre la peinture et les mots. Mon univers oscille entre la spontanéité brute et la douceur naïve, un mariage singulier où les couleurs et les lumières s’entrelacent aux récits. Je parle de « méditactivation » artistique : une création éveillée par la méditation, qui se déploie vers celles et ceux prêts à accueillir ces fragments de lumière, de sens et d’émotion.

Catherine Serre, confidences pour confidences...
Ce message de Catherine, reçu il y a quelques semaines, le 29 juin dernier :
J'étais aux Rencontres de Brangue hier, sous l'égide de Paul Claudel dans la propriété et château acheté à la fin des années 20 dans ce petit village de l'Isère - où une première maison de campagne nous avait amenés - le prix Paul Claudel a été remis pour la troisième fois, la première lauréate avait été Milene Tournier, cette année Samaële Steiner a été primée avec Poème bleu - je n’ai pu en entendre seulement qu’un début très intrigant et prometteur, et ce matin c’est une autre publication d’elle qui m’a happée," Aussi loin que possible" - éditions théâtrales- je te recommande fort si tu ne la connais de regarder du côté de cette écrivaine, je pense que la densité de ce que j’ai lu ce matin est très hors du commun, et inspirant... voilà gros coup de coeur !
Et aussi la joie immense de cette journée dont Milène était le centre ! Elle a donné La poétesse et la machine d'après 27 fois la Muraille de Chine, quel talent.... écriture et interprétation... puis une performance réussie aussi sur un rapport IA écriture, et lecture d’un travail en cours : La cinquième journée ( cf Le soulier de satin). Elle va bien ! Quelle joie de la revoir !
Catherine Serre, de l’écriture au montage son, de la vidéo à la performance, des mots aux arts plastiques, elle est bougée par une langue rythmée qui tente de revisiter ce monde désarticulé. La maison de Mues aux Editions L'Arbre à paroles parait février 2023, Soleil Ogre à la Maison de la poésie d'Amay (2025).

Texte inédit de Milène TOURNIER / Musique de Marion BOURDIER
"Aux balançoires qui puisent le flow dans la veine parlante"
Musique de la pianiste et compositrice Marion Bourdier :
Écouter Ritournelle Variation 3 sur #SoundCloud
Compo texte de Milène :
"Ce serait un film, un film joyeux, un film qu’on met sans l’avoir prévu, un après midi où il fait trop froid ou trop chaud pour sortir, un de ces films qu’avant l’on aurait eu en vhs, peut être pas la vhs du film directement mais parce qu’on l’aurait enregistré alors qu’il passait à la téle, le jour où le magnétoscope avait aussi fait enregistreur, un film familial mais qu’on pourrait regarder seul, un film d’amour qui ne ferait pas mal, si l’on n’est pas aimé, un film avec
Un plan d’oiseaux migrateurs, vus d’en bas, vus depuis leur ventre et leur long cou, ils volent en V, c’est géométrique et parfait
Un plan sur un petit congélateur tout givré, alors il n’y a plus de place pour faire passer le paquet de glaces, plutôt que le faire dégivrer, la fille sort les bâtonnets et jette le carton
Un plan sur des pieds en bout de couette, en métonymie de tendresse et d’amour, quatre pieds qui se touchent,
Un plan sur un enfant qui fait du toboggan, il descend et monte par la pente, et dédaigne l’échelle
L’histoire compterait peu mais serait aisément compréhensible, ce serait pour autre chose que son histoire qu’on serait attaché au film
Un jour on le montrera à nos enfants, des neveux, quand les vhs seront loin dans notre dos,
On surveillera leur visage pendant
S’ils aiment ou pas
Comme un diagnostic sur l’époque,
Le monde aujourd’hui
Et peut être que les enfants n’aimeront pas, ils se lèveront souvent
D’abord on serait triste,
Déçus, en colère, inquiet,
Et puis non, non, on comprendrait
On comprendrait bien,
C’est même pas que ça n’est pas de leur âge, c’est que ca n’est pas de leur époque
Mais un jour, peut être,
alors qu’on marcherait et que voleraient en vaste triangle des oiseaux
Les enfants nous le diraient,
-Comme dans le film tu sais
-Quel film?
-Ton film, tu sais,
Et ce seraient eux, finalement, qui nous le « souviendraient ».
Milène Tournier
Ecrit des livres de théâtre, poésie, et des poèmes vidéos. Son recueil (février 2023, Castor Astral) « Ce que m’a soufflé la ville », esquisse une écriture de la déambulation. Son recueil "Cent Portraits vagues" paraît aux Editions Lurlure.

Sébastien Bailly, "Veiller".
Les méandres se détournent, sans jamais rendre de comptes qu’à la pente. Elle parlera de loyauté mais creuse au hasard des berges. Elle parlera de compétence et laisse la vase sourdre en silence, patiente, méthodique, centimètre après centimètre.
Le courant ne juge pas. Il encaisse. Il contourne l’obstacle, et cette ressemblance glace : la bêtise et l’eau sale empruntent les mêmes détours. Elles emportent ce qui résiste par le fond.
Personne ne dénoncera l’ignominie. Il ne reste, à la fin, que deux yeux ouverts dans le noir, et la certitude froide qu’on peut empoisonner un fleuve sans élever la voix.
Au matin, rien n’aurait changé. C’est ainsi que l’incompétence gagne : personne ne voit la vase avant qu’elle ait tout recouvert. Et les coupables ont déjà trouvé d’autres terrains de jeu.
Sébastien Bailly est écrivain. Derniers livres parus : Parfois l'homme (Le Tripode, 2024), "Autoroute" , Le Tripode 2026 (article sur ce roman dans Les Villes en Voix).

Laure Cambau, "Les yeux des murs"
Les murs n'ont pas d'oreilles
Ils ont des yeux et des langues
Les murs aux yeux écaillés
Avancent avancent
Et toi fourmi à plumes
En attendant
Tu repeins ta cage
Aux couleurs du grave
Et les murs continuent d'avancer
Cherchant dans un dernier soubresaut
À unir leurs langues en papier
repeintes par tes soins
Langues folles langues molles
Les murs avancent avancent
Et toi tu avales des amulettes
Reliefs des oreilles
Récoltées au bout du Jour...
Laure Cambau est née et vit à Paris. Poète et pianiste, auteur de contes pour enfants et de paroles de chansons.« Grand Motel du Biotope » en 2021 aux éditions Apic (Alger), prix Léon Paul Fargue 2022.« Les yeux de la mouche » au Castor Astral. Elle fait partie de la Compagnia delle Poete (Mia Lecomte). Disque de musique romantique, avec hautbois ( Laurent Hacquard).

Catherine Plée
"Tes doigts en pluie d’abandon"
Je veille mon tout tendre je veille sur tes cauchemars et ton corps de pierre… je caresse tes pieds de cire ils sont doux comme des cierges je lisse tes cheveux flamme je veille sur toi en toi sur notre peu de souvenirs sur mon chagrin je veille je ne t’oublie pas
Je te merveille je plisse tes yeux de verre j’effleure tes doigts en pluie d’abandons
Je veux éteindre tes peurs tes pleurs notre soif notre tristesse notre folie…
Je masse longuement tes pieds gelés je déplie tes mains raides j’écoute ta parole arrêtée dans ce besoin insatiable d’un désir autre
Je suis moitié morte moitié ta vie
Ah ! seulement vivre...
Je veille
Tremblante
Lourde et sévère quand j’étaie nos douleurs
Je veille ta colère ta parole inextinguible comme un fleuve en furie ta parole de crécelle
Mensonge ! je flanche sous ta colère et me tais
Je ne m’élève pas je veille je fais les gestes en toute absence je dis les phrases sans les entendre
Vide
Affranchie de cette liberté redoutable où danser
Je veille et tu l’ignores
Je suis patelle sur un rocher je te veille
Me tenir au plus près de cette souffrance tienne c’est assez modeste
Amor fati. Point.
Je te veille longuement dans le tumulte de pensées que ton silence fait dans cette impossibilité de m’y taire dans ma peur que nous nous y noyions mon tendre martyre…
On n’est plus du temps où l’insolente jeunesse se jette à la face du monde
Le monde n’est qu’un ventre celui dont je sors comme celui où tu te tiens...
Tu es le monde
Nous habitons la contrée orgueilleuse des grandes souffrances
Je veille sur ton sommeil enténébré je veille en dépit des gens qui bruitent qui fuitent et profitent dans la crainte de tomber où nous sommes. En bas il n’y a plus de chute possible on y veille tranquille.
Les pensées courent vers l’avenir elles en sont obsédées
Le corps statufié veille fixé à demeure
Que serais-je sans veiller ?
Catherine Plée, préfère les levers du jour aux couchers, l’été à l’hiver, le printemps à l’automne, la joie au bonheur, c’est pourquoi elle a écrit un récit intitulé Être l’été, a écrit aussi des nouvelles, a de nombreux chantiers en cours, coud, brode, bidouille des tas de trucs pour que les heures content…








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